
PISTES :
CD 1 :
1. Angelique (4:40)
2. Blackbird (4:39)
3. The Gate (4:14)
4. First Steps (10:02)
5. Closer (2:51)
6. Our Father (6:50)
7. Rocky (3:19)
8. Sunset (4:47)
CD 2 :
1. Quicksilver (5:55)
2. Resolution (4:33)
3. Slipstream (5:15)
4. Surfing (5:36)
5. Tears Of An Angel (5:38)
6. Romance (4:00)
7. Ringscape (4:22)
8. Nightshade (5:11)
FORMATION :
Mike Oldfield
(tous instruments)
Robyn Smith
(arrangements de claviers [CD1: 4, CD2: 7])
Christopher Von Deylen
(arrangements de claviers [CD2: 8])
MIKE OLDFIELD
"Light + Shade"
Royaume-Uni - 2005
Mercury - 41:27 / 40:32
Depuis le «chef d'œuvre» que fut Amarok et les réussites que furent, chacun à sa manière, Tubular Bells II et Songs Of Distant Earth, Mike Oldfield a plutôt eu tendance à décevoir (cf. rétropective...). Ce n'est pas pour rien que parmi ses dernières réalisations, la plus appréciée fut Tubular Bells 2003 ! A côté de ce classique, The Millenium Bell ou Tr3s Lunas faisaient en effet pâle figure. Dès lors, la sortie d'un double album avait de quoi faire espérer, tout au moins pour les amateurs de l'artiste qui n'avaient pas encore cédé à la résignation.
A l'arrivée, les effets d'annonce sont démentis par une réalité plus terre à terre. Le double album en question aurait ainsi parfaitement pu être concentré sur un seul CD, au vu de la durée des deux disques. La dichotomie entre une moitié plutôt légère et une autre plus torturée est également loin d'être évidente, laissant davantage la place à un dyptique CD cool / CD plus influencé par la techno. Enfin, les voix synthétiques qui remplacent les arrangements vocaux authentiques, loin d'être novatrices, évoquent celles utilisées par Nick Magnus sur Inhaling Green, un album datant de... 1999 ! La seule véritable innovation réside en fait dans la possibilité, pour quatre morceaux, d'utiliser le procédé u-myx et de modifier le mixage de ces compositions. Cerise sur le gâteau, le service marketing a trouvé utile de faire figurer sur la jaquette un bandeau désignant Mike Oldfield comme «le légendaire musicien des temps modernes» ! A vous de déchiffrer le sens de cette formule que pour ma part, je trouve totalement creuse...
Tentons tout de même d'aller au-delà de ces déceptions partielles pour essayer de juger sereinement le contenu de ce Light + Shade. Car sur les seize morceaux, quelques-uns sont en effet des réussites. «Angelique», qui ouvre Light, mêle ainsi un air émouvant au piano, soutenu par quelques vocalises et une rythmique synthétique plutôt bien équilibrée, avec ces notes de guitare fines et racées caractéristiques de Mike Oldfield. De même, les dix minutes de «First Steps» retrouvent en partie l'inspiration d'un Tubular Bells II, dont cette guitare électrique unique et ces quelques notes de piano qui tissent une trame musicale s'enrichissant au fil du temps, même si on peut critiquer certains arrangements électroniques et une longueur un peu forcée. On peut y adjoindre, un cran en dessous toutefois, «Blackbird» et sa mélodie au piano efficace (mais qui a tendance là aussi à s'étirer en longueur), le court «Closer», écho des morceaux à teinte celtique de la deuxième moitié des années 70, «Gate» et ses deux temps, vocal pour commencer, guitare acoustique et piano ensuite, évoquant les ambiances de Songs Of Distant Earth. Les autres titres font preuve d'un même minimalisme mais surtout d'une pauvreté musicale et d'une relative inefficacité mélodique qui déçoivent inévitablement de la part d'un compositeur comme Mike Oldfield. «Our Father» et «Sunset», avec leur rythmique un peu trop lourde, qui ont de surcroît tendance à répéter les mêmes recettes que «Angelique» ou «First Steps», et «Rocky», morceau au piano légèrement soporifique, sont ainsi la moitié la moins intéressante de Light, se rapprochant de Tr3s Lunas.
Mais c'est surtout sur Shade que l'artiste a tendance à noyer son identité personnelle dans une mixture technoïsante sans grand intérêt : le répétitif et plat «Slipstream», écrit d'ailleurs avec Cluts, un intervenant extérieur, tout comme «Nightshade», aux velléités légèrement dissonantes, «Resolution» et «Surfing», où les «voix» sonnent plus électroniques et agaçantes que jamais, en dépit d'un solo de guitare, en sont de bons exemples. On songe ainsi à ce qu'on avait appelé en son temps la dream music, dont un certain Robert Miles fut la star. «Romance» s'apparente même à du Jean-Michel Jarre récent ! Sur «Quicksilver», la guitare électrique et le piano ne suffisent pas à faire de cette composition, imprégnée de sonorités électroniques, un nouveau «Far Above The Clouds», en tirant trop vers «The Millenium Bell», malgré quelques idées mélodiques intéressantes. «Tears Of An Angel» évoque également ce dernier album, en particulier avec ses violons («The Doge's Palace»); notons toutefois que la ligne mélodique et les voix sont ici plus réussies. Quant à «Ringscape», il s'agit clairement d'un blues modernisé et simplifié. Light + Shade n'apparaît donc pas comme sensationnel, confirmant la tendance de Mike Oldfield à épurer sa musique tout en conservant certaines de ses sonorités typiques, mais en tentant également de coller à l'air du temps, pour un résultat qui le dessert immanquablement : pour quelques morceaux réussis, combien de titres décevants ! Il est de plus en plus difficile dans ce contexte de spéculer sur un éventuel retour de l'artiste à une ambition d'envergure...
Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)

