BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Climbing The Air pochette

PISTES :

1. Climbing the Air (8:53)
2. Red Roses (4:43)
3. Resistance (7:45)
4. Moneypenny (7:58)
5. Herois (8:25)
6. Blackmail (6:56)
7. Skeptic (8:44)

FORMATION :

Alex Ojea

(batterie)

Jordi Amela

(claviers)

Jordi Prats

(guitares)

Pep Espasa

(saxophone, flûte)

Toni Sanchez

(basse)

INVITÉS

Cristina Falcinella
(chant)

Samuel Garcia
(trompette, violon)

ON THE RAW

"Climbing The Air"

Espagne - 2019

Red Phone Records - 54:24

 

 

Même si ses membres ont tous de la bouteille en tant qu'instrumentistes, On The Raw demeure une formation encore jeune et publie ici son deuxième album après le déjà fort réussi Big City Awakes (2017), qui fut suivi d'une activité scénique régulière (dont une prestation remarquée au festival Crescendo en 2018).

De la même manière que son line-up n'a pas bougé d'un iota, sa recette musicale est restée fondamentalement la même, à savoir un rock progressif instrumental et coloré fortement mâtiné de jazz-rock. A ce titre, le groupe rappelle de nouveau les défunts italiens de DFA, et on peut même parler de digne successeur : même virtuosité utilisée à bon escient, des inclinaisons fusion, en particulier les fréquents chorus, qui ne tirent jamais vers le superflu et le démonstratif, et même recherche mélodique, avec des titres solidement structurés, centrés sur des thèmes forts et marquants.   

Rien à voir avec un vulgaire clonage, et les espagnols possèdent aussi leurs caractéristiques propres, en l'occurrence la place centrale dans l'effectif et dans le son du groupe du saxophoniste/flûtiste Pep Espasa, au jeu souvent flamboyant, mais aussi par l'ajout subtil de touches flamenco ou bossa.

Pas de doute, le quintet brille par sa technique impeccable, avec une section rythmique dont la cohésion à toute épreuve fournit un ciment de premier choix aux épanchements des claviers et de la guitare... c'est tight comme diraient les anglophones ! Le tout sonne extrêmement professionnel, par moments un peu trop même si cela vient surtout de la production moderne et un peu lisse (certains instruments notamment le basse/batterie paraissent trop compressés).  

Rien de méchant, car la richesse thématique qui caractérise Climbing The Air fait vite oublier ce bémol formel.

Avec des morceaux pour leur majorité situés entre 7 et 9 minutes, le groupe s'est donné l'espace nécessaire pour multiplier les changements d'ambiance. Ce dont il ne se prive pas, cultivant avec bonheur les contrastes, séquences intenses et foisonnantes alternant avec phases plus apaisées, parfois acoustiques.

Ce qui est certain c'est qu'il n'y a pas vraiment de place pour l'ennui et que l'énergie déborde, à l'image de "Blackmail", démarrant au quart de tour avec son orgue hammond groovy au diable, "Resistance" et sa partie centrale frénétique, mettant en scène un duo entre violon (tenu par l'invité Samuel Garcia) et claviers digne de KBB, ou encore le morceau titre et son final à la Santana... Dans un autre registre, avec son thème de flûte puis de guitare camelien, les vocalises aériennes de Christina Falcinella, son pont au piano acoustique aux réminiscences d'Erik Satie, et un final lyrique emmené par le sax, un titre comme "Herois" balance même franchement (et magnifiquement) vers le progressif symphonique.

"Skeptic", dévoile au contraire une facette parfois plus sombre, plus tendue, avant de déboucher sur cette dernière partie surprenante, alliance peu commune d'une guitare flamenco et des accords ténébreux du Mellotron se terminant sur un ultime accord empli de mystère.

C'est le genre de moments inattendus qui parsèment le disque, et que finalement l'on guette avec avidité dans tout bon disque de musique progressive. Avec sa fusion maline et parfaitement maîtrisée, On The Raw ne déçoit pas après son premier opus prometteur. Bien au contraire, la maturité accrue dans l'écriture et la plus grande variété sonore de Climbing The Air en font un successeur en bien des points supérieur, même si les deux disques demeurent de proches cousins, et à ce titre tout autant recommandables.

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°106 - Mai 2019)