
PISTES :
1. Le Temps des Pissenlits (9:09)
2. Il était Magicien (11:44)
3. Les Saigneurs (9:22)
4. Le Bal (5:41)
5. Contre Courant (3:54)
FORMATION :
Olivier Duplessis
(claviers, chant)
Luc Gauthier
(guitares, chant)
Serge Nolet
(flûte, chant)
Christian Leon Racine
(basse, chant)
Jean-Pierre Racicot
(chant, percussions)
OPUS 5
"Contre-Courant"
Canada - 1976
Unidisc - 40:20
Issu de la scène Québécoise des années 70, Opus 5 est auteur de deux albums, Contre-Courant, aujourd'hui réédité et que beaucoup vont sans doute découvrir, et Sérieux Ou Pas (1977), qui n'a connu son premier pressage officiel qu'en 1989, sur un label Japonais. Le style de la formation est fortement influencé par la musique classique et le jazz. Son progressif léger, subtil et principalement acoustique renvoie à des groupes italiens tels Apoteosi, Quella Vecchia Locanda, Locanda Delle Fate mais aussi à Carpe Diem ou encore Gotic, et bien sûr à Maneige et Harmonium, deux illustres représentants du progressif Canadien. Cette dernière référence se ressent notamment au niveau du chant (soliste et chœurs) et de certains passages à la flûte. Quant on sait par ailleurs que le label Célébration, producteur des deux premiers albums d'Harmonium, a ensuite hébergé Opus 5 (à la recherche sans doute d'un digne successeur), le rapprochement prend tout son sens.
Contre-Courant contient cinq morceaux, trois longs (autour de 10 minutes) et deux plus courts (5 et 3 minutes). Au-delà des paroles imagées et engagées, le propos ne manque assurément pas de saveur et d'assurance; la technique avec laquelle les musiciens s'expriment est sûre, brillante même. Les développements instrumentaux sont conséquents, souvent menés sur un rythme sautillant à la Gentle Giant mais avec une coloration plus pastel et davantage de fluidité. Le piano et la flûte sont vifs et se livrent à des échanges intenses et savoureux. Véritable noyau dur des compositions, ce duo offre une multiplicité de visages et varie ainsi à merveille les plaisirs.
Autour de ces deux instrumentistes rivalisant de dextérité et d'ingéniosité, le guitariste est plus discret et n'intervient en tant que soliste qu'en une seule occasion, son rôle étant la plupart du temps limité à un accompagnement acoustique (avec notamment les fameux arpèges de la 12 cordes). Le jeu du batteur Jean-Pierre Racicot, caractérisé par de fréquents 'roulements de tambour' (un peu à la manière d'André Fisichella de Shylock) ainsi que le chant androgyne contribuent à renforcer la personnalité du groupe. Quelques synthés, aux sonorités caractéristiques de la seconde moitié des années 70 (certains aiment, d'autres pas), se font également entendre.
L'originalité est ici teintée d'une pointe d'extravagance suscitant la curiosité mais qui peut éventuellement déranger les esprits les plus conventionnels. Opus 5 est pourtant plus typiquement progressif que la plupart de ses compatriotes (on met évidemment de côté le très yessien Pollen), et semble donc en mesure de toucher un public assez large. Voluptueux, audacieux, flamboyant, raffiné, aérien, Contre-Courant est un album qui se révèle hautement attachant. La fraîcheur et le naturel qui en émanent sont un vrai remède contre la morosité.
Voici donc une réédition de tout premier choix, à même de susciter le plus vif intérêt chez les amateurs de prog seventies pur jus mais aussi chez tous ceux qui apprécient les échanges instrumentaux bien construits, aussi agiles que consistants.
Yann CARREAU et Philippe LOMBARD
(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)

