BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Oresund Space Collective

PISTES :

1. Faked It All The Way (6:21)
2. Consumed By The Goblin (14:51)
3. OSC Bolero (5:22)
4. Falling Stardrops (15:46)
5. Grab A Cab (7:16)
6. Moonhead (2:29)
7. Sundown (17:40)

FORMATION :

Magnus

(guitares, synthétiseurs)

Ola 

(piano, synthétiseurs)

Mogens

(synthétiseurs)

Scott

(synthétiseur)

Sebastian

(guitare)

Michael

(basse)

Dave

(basse)

Soren

(batterie)

ØRESUND SPACE COLLECTIVE

"Øresund Space Collective"

Suède - 2005

Transubstans - 69:41

 

 

Comme le suggèrent les nombreuses chroniques réalisées depuis quelques temps par mon collègue Fabien Clair, les musiques dites «psychédéliques» se portent à merveille. Et la Scandinavie revient à ce titre sur le devant de la scène, à la périphérie du progressif, certes, après l'explosion d'Änglagård il y a déjà 10 ans. Mais, tout comme le terme générique de «progressif», ces musiques regroupent nombre de courants aux influences diverses, dont les plus importants sont le heavy space rock, voire le stoner rock dans la lignée de Hawkwind, les musiques planantes dans celle de Tangerine Dream, et pour finir, celle qui nous intéresse, l'école post Gong (encore et toujours celui de You, œuvre majeure s'il en est) et surtout d'Ozric Tentacles. On ne lui rend pas toujours suffisamment justice, mais Ed Wynne a exercé une influence majeure sur de nombreux musiciens, auxquels il a montré une voie où peuvent cohabiter sans vergogne ambition musicale, voire virtuosité instrumentale, et philosophie psychédélique vers une sorte de fusion, au sens noble du terme.

Øresund Space Collective, alias ØSC, est un collectif multinational composé de musiciens issus de divers combos d'obédience space rock progressif : les Danois de Gas Giant et Mantric Muse (auteurs d'un excellent mini-album, Pick's n' Space), les Suédois de Blandbladen (dont l'unique album autoproduit, I Grevens Tid, restera sans successeur puisque le groupe a splitté pour se concentrer sur les projets Kaabel et ØSC), et un musicien américain, Scott Heller, qui est aussi leur manager. On compte également des apparitions de membres de Carpet Knights et Sgt. Sunshine. ØSC est un projet dont l'ambition est de proposer un space rock totalement improvisé. Voilà une ambition tout à fait louable, mais qui fait courir le risque de tomber dans les travers de nombreux jam bands, à savoir des thèmes introductifs étirés jusqu'à l'écœurement pendant des durées irraisonnables.

Soyez de suite rassurés, car ØSC a gardé, pour ce premier opus, la quintessence de son travail pour commercialiser le meilleur témoignage possible de son indéniable talent. Il suffit de jeter une oreille sur les nombreuses jams disponibles gracieusement sur leur site web, pour vite réaliser que l'expérience est très concluante. Sans être des virtuoses, les musiciens, à l'image de ceux de Hidria Spacefolk, arrivent tout de même à créer une musique fort passionnante, grâce à une cohésion sans faille et une créativité sans limites. La musique peut être qualifiée de psychédélique, électronique, funky, jazz fusion (ouf !). Il n'y a donc aucun risque de lassitude, puisque l'univers musical proposé semble sans limite.

Ce premier album qui est véritable «trip» musical, regroupe en fait deux catégories de pièces : la première est composée de trois plages assez courtes et climatiques, la seconde de trois compositions à la fois plus longues (près de 15 minutes chacune) et ambitieuses (c'est souvent un pléonasme). La pièce «Consumed By The Goblin» est à mettre en exergue, car à mon sens, elle représente le travail le plus abouti de la formation. La philosophie y est quasi jazz, puisque le thème principal sert de fil conducteur à des expressions solistes de tous bords et qui naviguent sur plusieurs univers musicaux, du Miles Davis de In A Silent Way à l'ambient le plus contemporain. Tout cela est réalisé avec un tel bon goût qu'il est difficile de résister à cette invitation pour un voyage musical dont le seul défaut est d'être... trop court !

Bref, il y a «Consumed By The Goblin» et le reste, bien que sur les deux autres longs morceaux, ØSC ne démérite pas. «Falling Stardrops», un tantinet plus technoïde, est tout de même très bon, et «Sundown» est plus contemplatif, sorte de version longue des travaux les plus ambient d'Ozric Tentacles. Evidemment, l'originalité de ce projet multiforme est rarement au rendez-vous, mais les influences sont tellement bien assimilées que le propos musical ne souffre jamais du syndrome de la redite. ØSC est actuellement en train d'enregistrer son second opus qui, à l'écoute des jams les plus récentes, laisse présager un propos plus contemporain mais toujours aussi créatif.

Olivier PAUTONNIER

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)