
PISTES :
1. Ease Is Nowhere Near (8:22)
2. Remorse (16:41)
3. Phoenix Down (Release Me) (6:59)
4. Night Time (Part 1 & 2) (8:12)
5. Smoking With Sylvester (7:38)
6. Shame Culture (7:57)
7. Outside In (14:35)
FORMATION :
Wendelin Wisser
(chant)
David Marquart Scholtz
(guitare, didjeridoo, chœurs)
Rutger Vlek
(claviers, violoncelle, vocoder, chœurs)
Gerard Wolter
(basse)
Anne-Krijn Piersma
(batterie, percussions, chœurs)
ORPHEO
"Echoes"
Pays-Bas - 2005
Autoprod. - 70:21
Tout le monde le sait, il n'est plus guère possible d'inventer quoi que ce soit en musique, progressive ou non, à moins d'être le plus téméraire des avant-gardistes et de proposer un art abscon qui n'est le plus souvent en avance que sur le mauvais goût. Tout est donc histoire d'alchimie, d'agencement d'éléments clairement recensés, de dosage innovant, en un mot de capacité à faire du «neuf» avec du «vieux»... Orpheo a parfaitement compris cette «évidence», et s'est attaché à reprendre à son compte un heavy-prog symphonique («classique» donc «seventies») pour lui offrir une apparence des plus séduisantes et modernes, avec une autoproduction de qualité, au son bien clair, et un livret des plus soignés...
D'emblée, Orpheo nous invite à découvrir un membre de sa famille musicale. Dès la première écoute, Riverside s'impose en effet comme le proche cousin (le grand frère ?) du groupe batave ! Il faut dire qu'Echoes développe bon nombre des caractéristiques artistiques que les Polonais ont hissées au sommet du courant progressif en deux albums successifs. En premier lieu la volonté de dynamiser (dynamiter ?) les canons du prog symphonique, en les bousculant violemment et les électrisant d'une tension plus à même de les faire accepter par les adeptes d'une musique plus musclée. A l'évidence, Orpheo a également beaucoup écouté Ayreon, s'est accaparé certains de ses atours les plus mémorables («Night Time» en est la preuve à lui seul), et les a digérés puis reconstitués sous la forme de cet Echoes aux velléités plus typiquement néo-progressives. En ce sens, ce premier opus, qui en appellera sans doute bien d'autres, tisse en priorité de nombreux liens avec les compositions des deux opus de Riverside. Cette fusion d'éléments, qui ne se justifie finalement que par le talent qui y est inoculé, permet ainsi à Orpheo de côtoyer lui aussi les sommets de ce heavy-neo-progressif, tout à la fois respectueux des traditions (de petits échos au «Time» du Floyd sur le final de «Ease is Nowhere Near», tout comme certains soli aériens) et volontiers frondeur...
Paradoxe encore et toujours que la réussite en musique, Echoes ne peut prétendre faire l'unanimité, et il se trouve même une personne de fort bon goût qui n'a que peu goûté au propos dévastateur de ces jeunes néerlandais. Et pourtant, comment rester insensible à la moelle mélodique de «Smoking With Sylvester» à la tristesse lumineuse, du presque hard-prog «Outside In», aux atours contrastés, ou même de «Phoenix Down (Release Me)», malgré une narration un peu trop présente ? Comment ne pas succomber à «Remorse» qui, en un peu plus d'un quart d'heure, démontre combien le fabuleux potentiel de ses auteurs est d'ores et déjà considérablement exploité. L'une des plus enthousiasmantes compositions entendues cette année (avec, entre autres, «Second Life Syndrome»... de Riverside), pour nous tout au moins. L'atout maître d'Orpheo, celui qui permettra à ce dernier de remporter toutes les parties dans lesquelles il s'engagera à l'avenir, s'appelle David Marquart Scholtz. Formidable guitariste tout aussi à l'aise dans d'incroyables acrobaties instrumentales qu'au sein de séquences plus raffinées, acoustiques comme électriques surtout, celui-ci s'avère de plus le principal compositeur du présent opus, avec le claviériste Rutger Vlek, moins flamboyant mais également parfaitement maître de son art et de ses diverses sonorités (ses soli font toujours mouche, sur «Night Time» ou «Outside In» en particulier). Soutenus par une solide section rythmique, qui joue son rôle avec application et efficacité, ces deux instrumentistes bénéficient également du concours de Wendelin Visser, chanteuse (sa voix assez rauque en a trompé plus d'un sur son sexe) émérite, à la personnalité vocale déjà bien affirmée (ses montées sur «Night Time» en témoignent), qui offre à son tour la certitude pour l'auditeur d'avoir affaire à une formation de tout premier ordre... Signalons enfin la présence de quelques arrangements un peu plus exotiques, percussions et didgeridoo saupoudrés ici ou là.
Vous le voyez, Orpheo offre un véritable bain de jouvence rempli d'ondes positives à un style jusqu'alors parfaitement balisé, et lui offre une sophistication symphonique et une ambition instrumentale inédites pour en faire un haut lieu de créativité. Bien évidemment, Orpheo n'a pas vocation à faire l'unanimité autour de son propos malgré tout assez typé, mais la maîtrise dont fait preuve ce jeune groupe néerlandais a de quoi lui permettre de séduire le plus grand nombre. Encore et toujours, se situer au confluent de plusieurs genres peut s'avérer tout autant une formidable aubaine qu'un terrible handicap. A vous de faire de cet Echoes la réussite que son auteur est en droit de mériter...
Jean-Guillaume LANUQUE et Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

