
PISTES :
1. The New Math (What He Said) (3:36)
2. OSI (3:48)
3. When You’re Ready (4:09)
4. Horseshoes And B-52s (4:18)
5. Head (5:17)
6. Hello, Helicopter ! (3:44)
7. ShutDOWN (10:35)
8. Dirt From A Holy Place (5:10)
9. Memory Daydreams Lapses 5:56)
10. Standby (Looks Like Rain) (2:09)
Vidéo : Horseshoes And B-52s
CD
2 (édition limitée) :
1. Set The Controls For The Heart Of The Sun (8:49)
2. New Mama (2:22)
3. The Thing That Never Was (17:21)
+ Documentaire Vidéo
FORMATION :
Jim Matheos
(guitare, claviers)
Kevin Moore
(chant, claviers)
Mike Portnoy
(batterie)
Sean Malone
(basse, stick)
INVITÉ :
Steven Wilson
(chant - piste 7)
OSI
"Office Of Strategic Influence"
États-Unis - 2003
Inside Out - 47:30 / 28:36
OSI, rappelons-le, est le nouveau supergroupe auquel participe Mike Portnoy, impressionnant batteur de Dream Theater, et qui réunit Jim Matheos, le guitariste de Fates Warning, et Kevin Moore, ancien claviériste de Dream Theater et leader de Chroma Key, sans oublier l'aide précieuse (et talentueuse !) de Sean Malone, l'âme de Gordian Knot, pour la basse. Pourtant, après la virtuosité instrumentale de Liquid Tension Experiment et le progressif seventies de Transatlantic, la cuisine servie par cet Office Of Strategic Influence (un nom repris d'une structure mise en place par le gouvernement des États-Unis pour stimuler l'information en sa faveur) explore de tout autres horizons. A l'écoute des dix titres enchaînés de ce premier disque, on a en effet l'impression de se trouver dans la bande originale d'un film de David Lynch (une impression renforcée par le clip présent en bonus sur le CD). Car c'est avant tout l'ambiance qui est privilégiée ici, avec une musique bâtie à l'aide de samples de voix (dont certaines en français sur «ShutDOWN»), de loops, d'éclairs de guitare obsédants et de la batterie énergique de Portnoy, qui est souvent retravaillée.
Si le morceau qui ouvre l'album, «The New Math (What He Said)», s'apparente presque à du Dream Theater (souvenez-vous de l'introduction de «6:00», sur Awake), le titre éponyme nous fait découvrir un style très influencé par l'électro, voire l'indus, avec un Kevin Moore au chant. C'est d'ailleurs lui qui officie à ce poste sur la quasi-totalité du disque, de manière presque susurrée, et on peut sans trop de risque d'erreur estimer qu'il est également une des principales chevilles ouvrières du son de cet OSI, avec ses effets et ses bidouillages en tout genre, qui évoquent en partie le style de Chroma Key. Au-delà des groupes dont sont issus les trois piliers de cette expérience, on peut citer la proximité de Radiohead, The Gathering ou Porcupine Tree. L'instrumental «Horseshoes And B-52's» (sic !) en est un bon exemple, avec ses guitares électriques monocordes et superposées, sa basse lancinante et ses sonorités synthétiques répétitives, le tout rythmé par la batterie solide de Portnoy. Steven Wilson en personne est même de la fête, puisqu'il chante sur «ShutDOWN», la plus longue composition (une dizaine de minutes), particulièrement planante et envoûtante, avec une seconde partie plus hard. Le travail sur les arrangements est donc fort conséquent, mais les mélodies ne sont pas pour autant oubliées, comme en témoignent le très bon instrumental «Dirt From A Holy Place», au lyrisme à fleur de peau, les lunatiques «Head» et «Memory Daydreams Lapses», ou les acoustiques «When You're Ready», «Hello, Helicopter !» et «Standby (Looks Like Rain)», proche de Pink Floyd.
L'édition limitée de l'album, toujours particulièrement soignée chez InsideOut, comprend d'ailleurs un deuxième CD qui offre une reprise originale et très aérienne de «Set The Controls For The Heart Of The Sun», des mêmes Pink Floyd. On y trouve également, à côté de petits extraits vidéos sur l'enregistrement du disque, une reprise plutôt anecdotique du «New Mama» de Neil Young (qui figurait sur le classique Tonight's The Night de 1975), et surtout un instrumental de dix-sept minutes, «The Thing That Never Was», qui reprend plusieurs des thèmes de l'album pour une suite enthousiasmante qui mérite à elle seule le détour. OSI, incontestablement prog dans sa démarche, est une expérience musicale à la fois originale et dans l'air du temps, qui témoigne de l'ouverture dont sont capables les représentants parmi les plus prestigieux du hard-prog, et de l'incontestable vitalité de notre univers. Vivement conseillé.
Jean-Guillaume LANUQUE
Entretien avec Jim MATHEOS :
(par John 'Bo Bo' Bollenberg)
Je n'ai jamais vraiment su de quoi parlait la fameuse chanson de Deep Purple, «Speed King» («roi de la vitesse»), mais après avoir discuté avec Jim Matheos, le guitariste de Fates Warning, j'ai une idée de qui aurait pu inspirer ce titre ! Plus rapide que la lumière, Jim est capable de répondre à plus de vingt-cinq questions en moins d'une demi-heure. Pas de doute, le temps c'est de l'argent, et évidemment pour un musicien, chaque minute est mieux utilisée à créer qu'à raconter une énième fois les mêmes histoires... Pourtant, Mr Matheos se devait de nous initier un peu plus à l'univers d'OSI, car c'est une de ses idées qui a été à l'origine de ce projet. «Il serait faux de penser que j'étais amer après que Roine Stolt rejoigne TransAtlantic à ma place. C'est vrai, Mike Ponnoy m'avait sollicité en premier, mais j'étais tellement occupé par la réalisation de mon second album solo à l'époque que j'ai dû décliner son offre. Mike n'a pas eu de mal à comprendre, car il sait ce que c'est d'être pris par différents projets et de ne plus avoir la moindre place dans son agenda pour autre chose. Bon, avec le recul, je me dis qu'en fait j'aurais pu mener mon album solo et TransAtlantic de front, mais... Ce n'est pas bien grave, la vie continue ! OSI ne devrait pas poser tant de problèmes, car cette fois nous ne sommes pas partis avec l'intention de devenir un pur collectif svmphonique. L'idée d'OSI est venue de moi, et j'ai écrit et enregistré tout l'album, à part une chanson, dans mon propre home-studio. Notre but n'était pas de faire un disque de musique instrumentale hyper-technique dans le style de Liquid Tension Experiment. Dès le début nous avions en tête d'avoir un chanteur. Nous avons pensé à Daniel Gildenlow de Pain of Salvation; Steve Walsh nous a dit qu'il était intéressé... Et puis tout d'un coup Mike a dit que Kevin Moore pourrait faire parfaitement l'affaire ! Le projet prit alors une direction différente. En effet nous avions toujours dit que le chanteur avec lequel nous travaillerions écrirait ses propres textes. Ce qui a forcément influé sur les arrangements. Au final, la musique s'est fortement rapprochée du prog-métal. Ecoutez «The Thing That Never Was», sur l'édition limitée de l'album, et vous aurez une bonne idée du style de choses que nous faisions avant l'arrivée de Kevin. Au départ, le morceau durait 25 minutes. Maintenant, il est divisé en cinq titres plus courts disséminés au fil de l'album. Il ne fait aucun doute que l'arrivée de Kevin a donné à OSI une autre dimension. Je connaissais son travail avec Chroma Key, qui est musicalement très frais, pas du tout un clone de Dream Theater. Pour moi, la musique de Chroma Key est plus atmosphérique, pas forcément plus commerciale. L'apport créatif de Kevin a donné au groupe son propre son, une identité collective et non une réunion de brillants solistes. Je ne crois pas que l'on puisse comparer OSI à un autre groupe. Est-ce du prog, du rock, du métal ? Je dirais que c'est quelque-chose d'assez unique. Et j'en suis très fier !».
Avec cet accent mis sur les atmosphères au lieu de la technique individuelle, on est tenté de citer Porcupine Tree en référence... «Je suis un énorme fan de ce groupe, de longue date. Je n'ai aucune envie de le nier. Toutefois je n'ai pas l'impression qu'il y ait de grosses similitudes entre OSI et PT. Nous n'avions pas non plus envie de sonner comme TransAtlantic, mais en fait rien n'a été calculé dans un sens ou dans l'autre. Mike et moi nous connaissons depuis des années. Nous n'avons pas eu besoin d'échanger des démos pour lancer l'histoire. La principale difficulté fut de trouver du temps. L'aspect le plus important de ce projet, pour moi, c'est l'écriture. Je me suis plongé dans la composition sans idées préconçues. Steven Wilson fut impliqué très tôt. Nous avons pensé à faire appel à lui comme producteur ou pour assurer le mixage, mais il n'avait tout simplement pas le temps. Peut-être lui demanderai-je de produire le prochain Fates Warning ? A ce propos, nous sommes en train de mettre en chantier un nouvel album que nous espérons enregistrer d'ici la fin de l'année. Donc on peut espérer le prochain Fates Warning aux environs de mars 2004».
L'édition limitée de l'album, Office Of Strategic Influence, contient trois morceaux supplémentaires, contenus sur un disque bonus. Sur la version japonaise, ils sont tous réunis sur un seul CD. OSI voudrait-il perpétuer la tradition de TransAtlantic d'enregistrer des reprises ? «Je ne suis pas sûr que l'édition japonaise ne soit pas un double également... Franchement, je préfère que ces titres bonus ne figurent pas sur l'album lui-même car ils n'y ont pas vraiment leur place. Sur un disque indépendant, ça va encore... Nous sommes tous les trois de grands fans de Pink Floyd. L'un d'entre nous a suggéré de reprendre un de leurs morceaux. Nous avons cherché lequel, et quelqu un s'est exclamé «Ummagumma» !! Et avant d'avoir eu le temps de dire ouf, nous étions en train d'enregistrer «Set The Controls For The Heart Of The Sun»... Mais ce n'est pas quelque-chose que nous comptons systématiser. Il n'y aura peut-être pas de reprise sur notre futur second album... Du fait de nos occupations respectives, ce second album reste hypothétique, mais nous aimerions quand même faire une petite tournée pour jouer tous ces morceaux. D'abord, nous allons voir comment le premier album sera accueilli. A ce stade, les Etats-Unis ont l'air d'aimer beaucoup, et l'Europe est davantage sur la réserve. Mais nous n'en sommes encore qu'au début, personne ne sait comment cela évoluera. Nous envisageons aussi de sortir le morceau «OSI» en single sur le marché américain. J'aurais aussi aimé faire une version plus longue de «Standby» mais les autres étaient contre».
Le partenariat Matheos-Portnoy n'est pas forcément restreint au projet OSI, donc on pourrait très bien retrouver les deux compères dans d'autres aventures communes... «Ah ah... On pourrait penser que ça fonctionne comme ça, mais ça n'est pas tout à fait vrai ! La vérité, c'est que l'aspect financier n'intervient jamais dans nos décisions, seulement nos préférences artistiques. Par exemple, je joue sur le nouveau Gordian Knot simplement parce que cette musique me plaît et que j'admire le travail de Sean Malone. Quand Mike et moi avons réfléchi à de possibles bassistes, Sean était en tête de notre liste. Comme vous le savez certainement, Mike et moi jouerons sur le mini-album de John Arch, «A Twist Of Fate». Evidemment, ça peut donner l'impression que nous sommes inséparables, un peu comme des frères siamois musicaux ! Mais ce n'est pas vrai... John Arch est venu me voir un jour avec sa liste de batteurs préférés, et Mike était le numéro 1 ! Comme je travaillais sur l'album d'OSI à ce moment-là, j'en ai parlé à Mike et il a eu la gentillesse d'accepter d'y participer... Aux fans de Fates Warning qui se demanderaient si John Arch va revenir dans le groupe, je peux vous assurer que ça n'arrivera jamais. Mais en dehors de ça, j'aime ce qu'il fait. C'est quelqu'un de très grand talent !».
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°48 - Mars 2003)

