
PISTES :
1. Cosmic Velocity (4:33)
2. Consensus (6:33)
3. Lullaby (4:34)
4. Algo_Rhythm.C (5:22)
5. Caprice (1:32)
6. Spiral Motion (6:04)
7. Dahlia (6:47)
8. Pangea (5:05)
9. Organ Small Works No.4 (3:28)
10. Constellation (9:54)
FORMATION :
Shusei Tsukamoto
(claviers, Mellotron, orgue d'église, chant)
Nobuyuki Sakurai
(batterie)
Takashi Kawaguchi
(violon, violon alto)
Tadashi Sugimoto
(chant, basse, contrebasse, violoncelle, grandstick)
Takashi Aramaki
(guitare, chant)
OUTER LIMITS
"Stromatolite"
Japon - 2007
Muséa - 52:00
Qui aurait cru qu'un des plus grands groupes de rock symphonique japonais renaîtrait un jour ? On voit mal quelle autre reformation pourrait provoquer aujourd'hui une surprise de cette taille (mais tous les rêves sont permis) ! Car en 2007, Outer Limits sort un nouvel album, 20 ans après The Scene Of Pale Blue, et réapparaît surtout avec un line-up quasi complet. Le fait est suffisamment rare pour être souligné, tant on ne compte plus les "reformations" qui ne comptent fait qu'un ou deux membres des originaux. Ici on peut saluer le retour de Shusei Tsukamoto aux claviers, Takashi Aramaki à la guitare, Takashî Kawaguchi au violon, Nobuyuki Sakurai à là la batterie, tous membres de l'âge d'or du groupe (la période 1985-1988), et celui qui prend la double place du chanteur Tomoki Ueno et du bassiste Tadashi Ishikawa s'appelle Tadashi Sugimoto et a fait partie de la formation de ses débuts en 1979 jusqu'à son fameux essor en 1985. Il apparaît donc comme un membre tout à fait légitime, et on s'apercevra vite qu'il remplace avantageusement les deux absents.
Ce retour inespéré méritait donc que votre magazine préféré sorte le grand jeu, et en plus d'une chronique nous vous offrons une interview-fleuve que le groupe a très gentiment (et avec la surprise que cela vienne de France !) accepté de nous accorder.
Savez-vous ce qu'est la stromatolite ? Ce n'est pas un terme japonais intraduisible, mais une pierre fossile composée d'organismes microscopiques, datant de la période de la création de notre univers (il y a donc quelques 4,5 milliards d'années) et dont la particularité est d'avoir réussi à traverser les âges jusqu'à aujourd'hui ! Qui osera prétendre après ça que les nippons n'ont pas d'humour ?
Si Outer Limits a choisi ce nom pour son album de la renaissance, ce n'est évidemment pas par hasard. Les musiciens ont voulu marquer une continuité, à la fois dans leur musique et dans leur existence. Car le retour d'Outer Limits, on en a entendu parler dès 1999, à l'occasion de la célébration des 20 ans du groupe. Quelques concerts seront donnés au Japon cette année-là et la suivante (avec même Tomoki Ueno au chant), et puis plus rien, le silence se fait à nouveau. Silence enfin rompu l'an dernier, lorsque le groupe parvient à se retrouver suffisamment fréquemment et longtemps pour travailler les compositions élaborées essentiellement par le claviériste Shusei Tsukamoto. Et quelques mois plus tard, le quatrième album studio sort enfin (mettons à part le tout premier, Made In Japan, sorti en 1981 et partagé - une face de vinyl chacun - avec un autre groupe, Kanzeon - à ce jour jamais réédité en CD).
Il faudra quelques secondes à peine aux connaisseurs pour retrouver immédiatement le "son" Outer Limits dès le morceau d'ouverture «Cosmic Velocity». On est donc vite rassuré sur le potentiel et la qualité tant des musiciens que de la musique qu'ils vont nous offrir (vous vous doutez bien que si l'album ne valait rien, je ne serai pas en train de vous raconter tout ça !).
Cette guitare au son reconnaissable entre tous, forte d'une tension contenue, mélange de Robert Fripp et de Steve Hackett, cette jolie basse grondante, et ce violon inimitable qui apporte la touche symphonique; ces breaks pas faciles, entre des thèmes lumineux et d'autres plus sombres et inquiétants; enfin cette explosion symphonique grandiose qui réunit tous les musiciens : tout le pouvoir d'attraction du groupe est bel et bien là, même si curieusement les claviers sont un peu en retrait, et si... c'est trop court ! Ce seront un peu les constantes de l'album : finies les grandes épopées de plus de 10 minutes (voire 20), le groupe a resserré son propos (10 titres de 1:31 pour un solo du violoniste à 9:54 tout de même, mais la majorité tourne autour des 5-6 minutes), et les claviers sont assez peu mis en avant, exceptions faites de toujours magnifiques parties de piano répondant au violon (la marque de fabrique du groupe) et de l'orgue d'église qu'affectionne tout particulièrement le claviériste. Petit reproche tout de même à ce niveau : les sons de synthés employés donnent parfois un caractère très daté années 80, comme si le groupe avait voulu conserver un pied dans son passé encore plus évident. De la même manière, on a souvent reproché aux groupes japonais de cette époque d'être à la limite (et parfois d'y verser) du kitsch, et cette fois encore, Outer Limits tombe dans le panneau (l'intro pompière de «Pangea» ou des petits passages de «Constellation»).
Comment ? Des reproches après tout ce qui a précédé de flatteur ? Tout ne pouvait sans doute pas être parfait, mais ce seront là les seules petites fautes que je relèverai. Et qui ne gâche en rien l'impression d'ensemble. Car pour le reste, Outer Limits semble avoir retrouvé une seconde jeunesse, plus mûre mais toute aussi fougueuse. L'écriture est toujours aussi fouillée et minutieuse, avec constamment cette impression que chaque instrumentiste joue une partition bien à lui, offrant ainsi plusieurs niveaux d'écoute. Un peu comme Steve Hackett dans les premiers Genesis, Takashi Aramaki distille ses petites touches au compte-gouttes, faite de stridences contenues et d'envolées sublimes; le violon de Takashi Kawaguchi sautille (encore une réminiscence du passé) ou se fait plus classique; le jeu du bassiste Tadashi Sugimoto est enrichi par son emploi de la contrebasse, du Stick et même du violoncelle - quant à son chant (présent sur quatre titres seulement), il est tout à fait correct (meilleur à mon avis que celui de son prédécesseur), avec un anglais très appliqué et une voix médium à grave qui évoque parfois celle de David Gilmour.
Les moments intimistes (le violon solo de «Caprice») ou solennels (l'orgue d'église du bien nommé «Organ Small Works N°4») côtoient les plus belles envolée symphoniques («Spiral Motion» ou «Consensus» pas si éloigné d'un After Crying) ou ces moments de tension dissonants, pas toujours perceptibles de prime abord, mais qu'une écoute attentive (ou au casque) fait ressurgir («Pangea», «Algo Rhythm C»). Sans s'être totalement éloigné de son style d'origine, le groupe a su évoluer, que ce soit dans sa manière de construire les morceaux ou de les interpréter. Et cette évolution aboutit à un résultat qui dépasse finalement les espérances. Pouvait-on rêver mieux ?
Il est peut-être un peu tôt pour le dire, mais Stromatolite pourrait bien vite rivaliser avec Misty Moon ou The Scene Of Pale Blue dans le cœur des fans (A Boy Playing The Magical Bugle Horn demeurant un peu à part compte tenu de son aspect opéra-rock plus controversé, même s'il contient contradictoirement peut-être la meilleure pièce du groupe avec «Beyond Good And Evil»). Sans doute a-t-il moins de morceaux aussi splendides pris individuellement, mais son tout ne souffre quasiment pas de faiblesses, ce qui n'a pas été toujours le cas par le passé. Outer Limits nous gratifie ainsi d'un opus de retour totalement inattendu et inespéré à ce niveau. On aimerait donc beaucoup (pour ne pas dire énormément, à la folie !) que ce ce retour ne soit pas éphémère, mais qu'il engage le groupe vers une seconde carrière. Même s'il faut patienter quelques années entre deux albums (l'époque n'est plus guère à sortir des albums tous les ans de toute façon). Grâce à Outer Limits, les limites de notre bonheur musical sont définitivement repoussées loin, très loin. Et (la) Stromatolite a encore de beaux jours devant elle.
Christian AUPETIT
PS : A noter que comme à leur habitude, les versions japonaises et "reste du monde" ont un morceau différent : "Dhalia" (6:47), est remplacé par "Lunatic Game" (4:54, seul morceau chanté en japonais et placé en dernier sur la version Muséa).
Entretien avec Takashi ARMAKI,
Shusei TSUKAMOTO,
Tadashi SUGIMOTO & Takashi KAWAGUCHI :
Nous avions entendu parler de votre come-back en 1999, à l'occasion de concerts au Japon. Qu'est-ce qui vous a réuni ? Pourquoi Tomoki Ueno (chanteur originel du groupe, ndr) n'est-il pas de la partie ?
Shusei Tsukamoto : Outer Limits a été le point de départ de ma carrière de musicien rock. Après notre séparation en 1989, j'ai été impliqué dans d'autres activités musicales. Et puis, au bout d'un moment, j'en suis venu à me poser la question de ce que j'avais vraiment envie de faire. Notre réunion de 1999 avait été organisée pour célébrer les 20 ans de la naissance du groupe. Et c'est une chance qu'on ait pu enregistrer un nouvel album aujourd'hui. Tomoki Ueno s'était joint à nous pour le concert de 1999, mais il n'est pas resté en contact après pour des motifs personnels.
Qu'êtes vous devenus pendant toutes ces années ? Etiez-vous toujours dans le monde de la musique ?
ST : Après Outer Limits, j'ai eu la chance de continuer ma carrière au sein de Vienna et de pénétrer ainsi dans le monde du hard rock et du heavy métal. J'ai travaillé avec des musiciens comme Minoru Niihara (chanteur de Loadness et Dead Chaplin) et Toshi (chanteur d'X-Japan). Tous les deux étaient très connus à ce moment là. J'ai participé à des shows télévisés et de gros festivals avec eux. J'avais eu l'occasion de jouer du hard rock lorsque j'étais à l'université, et je m'étais également pris de passion pour l'orgue Hammond. Passer du progressif au métal n'a donc pas été trop difficile pour moi. Par contre, c'était une agréable surprise de voir que j'étais très bien accepté par les musiciens de hard rock. Peut-être était-ce parce qu'il y avait certains points communs entre leur univers et celui du progressif, notamment du point de vue des influences de la musique classique. Mon bagage classique était d'ailleurs un atout pour ce genre d'activités. A l'époque, le hard rock marchait bien, et d'un point de vue financier, je m'en sortais bien. Mais c'était assez contraignant, particulièrement avec les tournées qui m'obligeaient à m'éloigner longtemps de ma famille. De ce point de vue, la situation était parfois difficile à gérer. Alors au bout d'un moment, j'ai fini par me sentir de plus en plus mal à l'aise, et j'ai réalisé que je souhaitais passer plus de temps avec ma famille, et avoir aussi plus de temps pour me consacrer à la composition musicale. Finalement, je me suis rendu compte que j'avais très envie de renouer avec mes premières passions musicales : l'idée de faire revivre Outer Limits est donc apparue à ce moment-là. C'était en 1998.
Je continue à travailler dans le domaine de la musique, mais au niveau production et enregistrement. Je ne pars plus en tournée. Je pense que toutes ces années d'expérience ont été un plus pour parvenir à la réalisation de Stromatolite.
Takashi Aramaki : J'ai été moi aussi impliqué dans divers projets musicaux avec différents musiciens. L'un d'entre eux a été une collaboration en 1990 avec Motoi Semba, ex-claviériste de Pale Acute Moon et Teru's Symphonia. C'était très intéressant et parfois surprenant car nous nous découvrions pas mal de points communs dans nos goûts musicaux. Ce que nous faisions était un mélange de parties écrites et improvisées, dans l'esprit de Rain Tree Crow (quasi reformation éclair du groupe Japan en 1990, ndr) ou de la collaboration David Torn / Mark Isham (musiciens ayant collaboré avec du beau monde comme Bill Bruford, Tony Levin ou Terry Bozzio, ndr). Nous avons fait quelques concerts, mais aucun enregistrement n'a été réalisé, ce qui est bien dommage.
Ensuite, j'ai eu d'autres activités, mais sans rapport avec la musique. Et puis un jour, j'ai voulu essayer la nouvelle technique d'accordage de la guitare (NST ou New Standard Tuning, technique mise au point par Robert Fripp dans les années 80, ndr). C'était comme redécouvrir l'instrument. Et c'était aussi un bon moyen pour moi de savoir si je voulais vraiment m'y remettre ! Et puis en 1996 ou 1997 (ma mémoire me fait défaut !), j'ai reçu un coup de fil de Motoi Sakuraba qui cherchait un guitariste pour l'enregistrement d'un nouveau CD consacré à des musiques de jeux vidéo, c'était pour Shining Force 3. Cela m'a beaucoup plu, et peu de temps après, j'étais de retour avec Outer Limits.
Tadashi Sugimoto avait quitté le groupe en 1985, avant que le premier album officiel ne soit publié, il est donc peut-être un peu moins connu que les autres membres. Aujourd'hui il est de retour au poste de bassiste et chanteur. Quel a été son parcours ?
Tadashi Sugimoto : C'est avec Cream et Mountain que j'ai découvert la musique à l'âge de 12 ans. Le progressif, je l'ai découvert avec PPM et l'album The World Became The World (version anglaise de L'Isola Di Niente, ndr). En même temps que je commençais à écouter du rock, j'ai commencé à jouer de la guitare. En fait, je me suis mis à la basse par hasard, avec le premier groupe auquel j'ai participé. Par la suite, j'ai surtout joué de la basse, et c'est pour cela que j'ai eu le poste dans Outer Limits. Mais il m'arrive encore de faire des sessions en tant que guitariste.
Les premiers morceaux que j'ai joués avec Outer Limits étaient «Running Away» (un morceau qui est encore inédit) et une reprise de King Crimson, «Larks' Tongue In Aspic Part 2». Et puis j'ai quitté le groupe en 1985 et Takashi Aramaki m'a remplacé en tant que guitariste. A l'époque, j'étais démotivé parce que la collaboration entre les musiciens du groupe n'était plus aussi importante qu'au tout début. Et puis j'avais du mal à concilier ma participation dans Outer Limits avec le poste de contrebassiste que je venais d'obtenir dans un orchestre symphonique, et qui me faisait vivre !
Aujourd'hui, des gens me disent qu'ils ressentent des différences entre mon style de jeu d'avant 1985 et ce que je fais depuis mon retour en 1998. Je crois que cela tient beaucoup au fait que j'écoute maintenant des styles de musique différents, et que j'ai changé ma façon d'aborder les parties de basse. Avant, j'aimais beaucoup les phrasés acrobatiques, alors qu'aujourd'hui je suis plus attiré par des motifs et des tons plus subtils.
Pourquoi vous a-t-il fallu autant de temps entre vos retrouvailles et la réalisation de ce nouvel album ?
ST : Avant 1998, Outer Limits n'existait plus du tout. Certains parmi nous n'étaient plus dans le monde du rock, d'autres même plus dans la musique tout court. Alors il nous a fallu beaucoup de temps pour retrouver le niveau d'énergie que nous avions dans les années 80. Cela n'a pas été un processus facile. Nous avons eu plusieurs séances de répétition, et joué quelques concerts avant de voir si nous pouvions envisager de retourner en studio pour enregistrer un album. La direction musicale à prendre a nécessité aussi un long temps de réflexion. Ce que nous voulons exprimer et ce que nous sommes capables de jouer aujourd'hui est bien différent des années 80, certainement plus varié.
Pendant les années 80, le Japon avait beaucoup de groupes très talentueux en matière de rock symphonique, mais pratiquement tous ont fini par disparaître. Aujourd'hui vous êtes de retour. Qu'est-ce qui vous semble différent dans le métier ? Etes-vous toujours déterminés à jouer ce style de musique ?
ST : A mon avis, une des choses les plus importantes qui permet à un groupe de durer est le soutien financier, ce qui était et continue d'être très problématique pour un groupe qui joue du rock progressif, tout spécialement au Japon (heu, c'est le cas partout dans le monde, ndr !). En fait, ce qui nous permet aujourd'hui de sortir ce nouvel album, c'est de ne pas prêter trop d'attention au succès commercial qu'il obtiendra. Et puis à notre époque, les moyens technologiques rendent plus faciles et moins onéreux la réalisation d'albums. Avec Internet et iTunes par exemple, on peut aussi toucher plus de gens, cela peut donc être positif pour nous et la suite de nos activités. Pour le moment, nous n'avons pas décidé du futur d'Outer Limits. Nous avons envie de poursuivre notre évolution musicale, comme nous avons pu le faire sur Stromatolite.
TA : C'est sans doute un peu différent à l'ouest du Japon (la région d'Osaka et Kyoto), mais beaucoup de groupes de rock à Tokyo naissent alors que les musiciens sont de jeunes étudiants, puis se dispersent lorsque ceux-ci deviennent diplômés. A mon avis, c'est un des éléments clés qui explique le fait que peu de groupes ici font de longues carrières. C'est ce qui s'est passé pour Outer Limits, puisque nous avons connu deux crises (ou devrais-je dire opportunités) en 1982 puis 1988. En 1984, après une série de déboires, le groupe s'est finalement stabilisé grâce à un noyau solide. Peu de temps après, de nouveaux membres sont arrivés (Tomoki Ueno au chant en 1984, moi-même en 1985 et Tadashi Ishikawa à la basse en 1987), et le groupe a connu son "âge d'or" jusqu'en 1988, date à laquelle ces nouveaux membres sont devenus à leur tour de jeunes diplômés.
Pendant cette période, Outer Limits était composé de musiciens de deux générations différentes : ceux qui adoraient les années 70, et ceux qui étaient plus ancrés dans leur époque, donc les années 80. C'était quelque chose de très important pour nous. Et aujourd'hui, cette singularité est toujours présente parmi nous. Comme le dit Shusei Tsukamoto, nous évoluons. Mais en même temps, c'est peut-être cette diversité de vues qui fait que nous sommes de retour aujourd'hui. J'ignore si nous allons continuer à jouer du rock progressif, mais ce dont je suis sûr, c'est que nous évoluons avec le temps qui passe.
Le genre progressif est toujours underground dans le monde entier, mais il y a partout dans le monde ou presque de très bons groupes. Pensez-vous qu'Outer Limits puisse redevenir un pilier du genre au Japon, et susciter un retour de vocations ?
ST : Nous ne cherchons pas à prendre la tête d'un mouvement progressif au Japon. D'abord parce que ce style a déjà sa place en fait, que ce soit dans la scène J-Pop (appellation générique de la pop japonaise, mais qui englobe en fait toute la musique d'influence occidentale, ndr) ou au niveau des musiques de jeux vidéos. Je ne pense pas de toute façon qu'il y ait une forte demande pour ce style musical en tant que tel, étant entendu qu'aujourd'hui il est très souvent associé à autre chose, comme les jeux vidéos.
Dans la carrière passée d'Outer Limits, on retient surtout les longues pièces comme «Misty Moon», «Beyond Good And Evil» ou «The Scene of Pale Blue». Sur Stromatolite, il n'y a qu'un seul véritable long morceau et plusieurs titres en forme de solos. Est-ce que cet album est vraiment le fruit d'une collaboration ? Comment l'avez-vous réalisé ?
ST : A nos débuts, plusieurs morceaux étaient composés et arrangés par le groupe entier. Cette fois, la totalité de la musique (excepté «Caprice», le titre au violon solo) a été composée par moi. Par contre les arrangements ont été effectués avec les autres musiciens, dans mon propre studio, et comme nous avions de fait pas mal de temps à disposition, nous avons pu discuter longuement des arrangements à faire et des meilleures prises à conserver. Au niveau des paroles, nous avions choisi au départ de les écrire en japonais, mais finalement, un seul morceau est dans ce cas-là, il s'agit de «Lunatic Game» qui figure sur la version Muséa, les autres sont en anglais.
Takashi Kawaguchi : «Spiral Motion» et «Caprice» sont mes morceaux favoris sur Stromatolite en tant que violoniste. Je voulais composer et jouer quelque chose qui soit le plus original possible, c'était ma principale motivation pour le solo de «Caprice». C'est une composition qui m'est venue de manière très libre, et que j'ai essayé de capter comme toutes les choses qui me passent par l'esprit subitement. De même sur «Spiral Motion», je ne sais pas comment j'ai joué la partie centrale et celle qui suit le solo de guitare. Plusieurs personnes m'ont dit adorer les parties de violon de ce titre. Peut-être que j'ai commencé à jouer en me figurant un sentiment de passion, et j'ai poursuivi comme ça. Ou alors j'étais dans un espace vide, en ne pensant à rien, juste à rester concentré sur ces accords et à y puiser toute leur énergie.
TS : Aux débuts d'Outer Limits, comme nous étions de jeunes étudiants, nous avions beaucoup de temps et nous vivions très proches les uns des autres. Nous avions beaucoup de chances de pouvoir ainsi créer quelque chose. La plupart du temps, chacun apportait des bribes d'idées, et nous en discutions longuement, ce qui aboutissait à de nouvelles idées, au choix de tel instrument pour telle partie, etc. C'est au cours de ce type de séances que nous avons élaboré des morceaux comme «The Scene of Pale Blue», «Misty Moon», «Mixer» ou «Antipodean». Par la suite, au fur et à mesure que nous obtenions nos diplômes, il était plus difficile d'avoir ce type de séance de travail collective.
En ce qui me concerne, mon morceau favori de l'album est «Pangea», car j'y joue du Grand Stick à 12 cordes pour la première fois avec Outer Limits. C'était une expérience inédite pour moi mais très amusante !
Je joue aussi d'autres instruments à cordes comme de la contrebasse et du violoncelle. La contrebasse est l'instrument avec lequel je joue depuis le plus de temps, et c'est avec lui que je parviens le plus facilement à exprimer ce que j'ai en tête. Le violoncelle est un instrument également très expressif, et je me sens aussi très à l'aise lorsque j'en joue. Quant au Stick, c'est plus difficile à le maîtriser, mais ses possibilités sont infinies, alors j'y vois un grand potentiel pour moi en tant que musicien.
TA : Il n'y avait pas beaucoup de sections pré-définies pour les parties de guitare (en fait si, il y en avait, mais elles ont été volontairement supprimées). La plupart ont été saisies "au vol", d'autres après débats, et d'autres encore aux tout derniers moments de l'enregistrement. Je dois reconnaître que plusieurs sons et styles de jeu que j'ai choisis s'inspirent des groupes de hard-rock et rap-métal actuels, ce qui finalement donne un coté assez unique au son global de l'album.
Peut-on espérer un successeur à Stromatolite ? Est-ce un nouveau départ pour le groupe ?
ST : Ce n'était pas évident pour nous de rester concentré sur la réalisation de cet album. Et je crois qu'on a besoin de prendre un peu de distance par rapport à cela. Mais j'ai tout de même déjà commencé à réfléchir aux prochaines étapes de nos activités.
Est-ce qu'il y a des projets de ressorties de vos vieux albums ? Peut-être un DVD en projet ?
TA : Nos vieux albums sont déjà ressortis en version remasterisée au printemps 2006, il y a même eu une version limitée en coffret (hélas à prix d'or et difficile à trouver hors Japon, ndr). Par contre, il n'y a rien de prévu concernant un DVD.
Dernière question pour Shusei Tsukamoto : que devient Vienna dont on est sans nouvelles depuis le retour surprise de 1998 ?
ST : Il me parait difficile de voir Vienna se réunir à nouveau. Certains des membres collaborent depuis dix ans avec un musicien très connu de la J-Pop, Gackt. En particulier, le chanteur et guitariste ChaChamaru (de son vrai nom Yukihiro Fujimura, ndr) est avec lui non seulement pour les enregistrements sur disque mais aussi sur les tournées, ce qui compromet beaucoup les chances de voir se réunir de nouveau Vienna. Mais Gackt est le genre de type qui aime bien le progressif et le rock symphonique. C'est pour ça qu'il est entré en relation avec des musiciens de ce genre. Et je suis moi aussi impliqué dans certains de ses projets, en particulier comme claviériste et arrangeur pour les parties orchestrales.
Interview
réalisée par Christian AUPETIT
(merci à Shingo UENO pour la mise en relation avec le groupe)
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°66 - Été 2007)

