
PISTES :
1. Metaepitome (19:40)
2. WARNING: Ending (Without Warning) (7:56)
3. Point Of View (5:17)
4. Butterfly's Cry (7:05)
5. Arrival Of The Red Bumblebee (instrumental) (2:16)
6. Dawn (16:22)
FORMATION :
Alex Keskitalo
(chant, flûte)
Jaako Kettunen
(guitare)
Tarmo Simonen
(piano, claviers)
Janne Pylkkönen
(basse)
Ville Sjöblom
(batterie)
OVERHEAD
"Metaepitome"
Finlande - 2005
Muséa - 58:38
Rares sont les groupes qui parviennent, dès leur premier album, à associer fraîcheur, enthousiasme et maîtrise. Découvert en 2002 avec Zumanthum, Overhead est de ceux-là. Comme pour confirmer cette étonnante maturité, la jeune formation finlandaise (25 ans de moyenne d'âge) a pris son temps pour élaborer son second opus, au titre toujours aussi étrange et mystérieux. Metaepitome, c'est son nom, reprend la démarche entamée trois années plus tôt et enclenche la vitesse supérieure.
Si le line-up est resté quasi-inchangé (seul le batteur est un nouveau venu) et si l'on reste globalement dans le même cadre stylistique, à savoir un progressif symphonique racé et puissant aux influences évidentes (Pink Floyd, Genesis, Rush...) mais bien digérées et jamais envahissantes, les améliorations sont légions. Que ce soit dans l'interprétation globale, la qualité de l'écriture, ou même la production. Cette dernière est au passage particulièrement réussie, à la fois ample et soyeuse, assurant un confort d'écoute optimum.
Metaepitome reprend, volontairement ou non, la même construction que Zumanthum, avec les deux plus longues compositions (19 et 16 minutes) encadrant une série de morceaux plus courts (ici entre 2 et 8 minutes). La suite-titre placée en ouverture est d'emblée à mettre en exergue, tant elle semble bien résumer la musique qui s'offre à nos oreilles : un mélange d'impulsions rock parfois pas si éloignées du metal (quelques riffs plombés font leur apparition, mais que les réfractaires au style se rassurent, pas de double grosse caisse en rafale au programme) et de parties plus intimistes à la douce mélancolie (on pense parfois à White Willow ou à Anathema), souvent à base de piano, parfois rejoint par d'envoûtantes nappes de Mellotron. Trait d'union entre les deux, le chant d'Alex Keskitalo, qui a gagné en assurance ce qu'il a perdu en variété, à l'aise dans divers registres émotionnels, de l'aigu au grave, de la colère au recueillement. C'est toutefois dans le bas du spectre que ses progrès sont les plus marquants.
Si ce schéma peut s'appliquer à une bonne partie de l'album, tout n'est heureusement pas aussi simple. L'autre longue pièce, «Dawn», se caractérise par son côté répétitif, limite planant (c'est peut-être là que l'influence floydienne est la plus évidente), avec son riff de basse lancinant et ses claviers aériens. Dans un autre genre, «Butterfly's Cry» est plus enlevé et déluré (ah, cette guitare wah-wah !), contrastant avec l'ambiance générale plus sombre. Et que dire de ce passage space-rock hypnotique et endiablé au cœur du morceau-titre, avec sa rythmique technoïde littéralement irrésistible. Bref, le groupe sait varier les plaisirs, à l'image également des quelques (trop rares) parties de flûte traversière, tenues par le chanteur, qui apportent une couleur supplémentaire aux nombreux développements instrumentaux.
L'interprétation est le fait de musiciens visiblement doués, à commencer par l'excellent guitariste Jaakko Kettunen, qui fait mouche à chacune de ses interventions, parmi lesquelles on citera son solo mémorable et très 'gilmourien' de trois minutes sur «Point Of View» (on croirait entendre la six-cordes chanter). Le claviériste Tarmo Simonen privilégie toujours le piano mais manie tout aussi bien l'orgue hammond, sait parfaitement diversifier son jeu et a droit à quelques belles échappées solistes. De son côté, la section rythmique est efficace et fine, notamment la basse, qui se met en avant à plusieurs reprises. Les morceaux sont donc menés avec un indéniable savoir-faire, les différentes parties s'enchaînent avec fluidité et l'inspiration mélodique est quasi-constante. Quasi, car le seul élément un peu gênant provient de certains 'refrains' chantés un peu faciles, comme sur «WARNING : Ending (Without Warning)», où l'on frôle le Nu-Metal (alors que par ailleurs le reste du morceau est tout à fait réussi). Souci de sonner dans l'air du temps ? Possible mais on peut s'interroger sur l'intérêt et l'impact de ce genre d'initiative.
Avec ce Metaepitome, Overhead n'est pas loin d'entrer dans la cour des grands. A la fois moderne et respectueuse de ses aînés, ambitieuse et accessible, leur musique, qui au passage s'est débarrassée d'une partie de l'influence néo-prog présente sur le premier album, a tout pour plaire à un large public progressif. Une personnalité plus affirmée, voilà ce qu'il manque encore au groupe. Mais gageons que nous ne sommes qu'au début d'une belle et longue carrière...
Clément CURAUDEAU, avec Julien GOARNISSON
(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)

