
PISTES :
1. Cat DNA (6:28)
2. Ahu Belahu (2:55)
3. Ghedengi (5:41)
4. Wob Glass (7:50)
5. Neurochasm (6:47)
6. Become The Other (6:24)
7. Vibuthi (10:52)
8. Plurnstyle (7:46)
FORMATION :
Ed Wynne
(guitares, synthétiseurs, samples)
Christoper Lenox-Smith
(synthétiseurs, textures)
Zia Geelani
(basse, castagnettes)
John Egan
(flûte)
Rad [Conrad Prince]
(batterie)
Jim O'Roon
(percussions)
OZRIC TENTACLES
"Become The Other"
Royaume-Uni - 1995
Dovetail Records - 54:27
Le nouvel album d'Ozric Tentacles, c'est un peu comme le beaujolais nouveau : chaque année, il débarque à date fixe (en l'occurrence au beau milieu de l'été). Mais la comparaison s'arrête heureusement là : les disques d'Ozric Tentacles sont généralement de très bonne qualité, et ne donnent pas la colique pendant deux jours !
Quoi qu'il en soit, la vendange 1995 aura été tardive, puisque Become The Other n'a fait son apparition sur toutes les bonnes tables que le 23 octobre, avec donc plus de deux mois de retard sur la date prévue. Retard qu'il faut sans doute attribuer au changement de personnel qui a récemment affecté la tribu anglaise : les départs de Joie Hinton (synthés) et Mervyn Pepler (batterie), deux de ses piliers, qui ont décidé de rejoindre à plein temps Eat Static, formation de dance-techno-ambient qu'ils menaient jusqu'ici en parallèle.
Malgré ces bouleversements, il n'y a comme d'habitude pas d'énorme surprise au menu. Dès la première gorgée, on reconnaît ce goût si particulier, sans doute la marque de fabrique du leader et principal compositeur d'Ozric Tentacles, le guitariste Ed Wynne. Et pourtant, ce cru 1995, bien qu'ayant fermenté dans les mêmes fûts que ses prédécesseurs, nous réserve son lot de nouveautés...
La principale est la montée en puissance d'un élément jusqu'ici marginal dans le style du groupe, à savoir son côté ambient-techno. Certes, Ozric Tentacles ne s'est jamais plus revendiqué du progressif ou du rock psychédélique que de l'ambient ou de la techno (l'ambiance féerique et colorée de sa musique et de ses concerts étant d'ailleurs susceptible de séduire les amateurs de ces styles), mais cette dimension n'avait été prédominante que sur certaines œuvres de jeunesse, voire quelques titres de Strangeitude.
Cette nouvelle direction est illustrée par "Wob Glass" (7:50), dans un style assez proche de Massive Attack, avec sa batterie "flangée' très en avant, sa basse ronronnante et sa ritournelle synthétique hypnotisante. Le groupe n'en délaisse pas pour autant ses caractéristiques habituelles : guitares hystériques, sonorités évolutives et hallucinogènes des synthés du petit nouveau, Seaweed, délire organisé...
Plus typiquement 'ambient' est l'ultime contribution de Joie Hinton, "Plurnstyle" (7:46), qui repose sur des séquences électroniques minimalistes, tout juste habillées de guitares acoustique et électrique, de samples (du style 'ressorts bavards' !)... Reposant !
Mais la nouveauté ne s'exprime pas uniquement, sur cet album, dans un style 'techno-ambient' : le morceau titre (6:24) est par exemple une splendide ballade, qui débute sur un thème lugubre pour ensuite monter en crescendo (flûtes, nappes de synthés...) puis finir en apothéose sur des volutes de fumée...
Pour le reste, Become The Other reste dans la lignée de ses prédécesseurs, avec quelques grands moments. "Cat DNA" (6:28), morceau d'ouverture, est un excellent 'concentré', un futur classique (au même titre que "White Rhino Tea" ou "Erpland"). "Vibuthi" (10:52), 'dilué', construit autour d'un motif de guitare hispanisante, voit s'exprimer successivement tout notre petit monde, pour terminer en apothéose furieuse et complètement dingue !... C'est sûr, ils l'ont fumé eux, le livret de Jurassic Shift !
"Ahu Delahu" (2:55), au charme hypnotiseur ("Vous dormez...") profond et accompagné de bruitages (dans le genre "réveil d'un jeune ptéranodon au bord du ruisseau"), et "Neurochasm" (6:47), avec ses délires sonores, sa rythmique bétonnée et ses percus-tout-partout, complètent le tableau avec un certain génie et toujours la grande classe habituelle.
On pensait avoir tout dit sur Ozric Tentacles... C'était sous-estimer les ressources créatives du groupe anglais qui, tout en perpétuant un style qu'il maîtrise à la perfection, n'hésite pas à se remettre en question. Mais l'évolution amorcée est-elle pour autant la bonne ? L'avenir nous le dira...
Olivier VIBERT & Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°14 - Hiver 1995-96)

