BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Kallocain pochette

PISTES :

1. Gasoline (5:55)
2. Holding On (5:00)
3. Happiness (5:20)
4. Absinth Minded (4:49)
5. Look At Us (5:25)
6. Reality (7:37)
7. Stream (5:17)
8. Won’t Be Coming Back (5:32)
9. In Time (6:34)

DVD (Edition limitée) :
1. Won't Be Coming Back
2. Gasoline
3. Reality
4. Hypnotique

FORMATION :

Petronella Nettermalm

(chant, violoncelle)

Ricard Nettermalm

(batterie, scie, delay)

Peter Nylander

(guitare)

Stefan Dimle

(basse, contrebasse)

Johan Wallen

(piano, Mellotron, orgue Hammond, synthétiseurs, samples, harmonium)

EXTRAITS AUDIO :

PAATOS

"Kallocain"

Suède - 2004

InsideOut - 51:36

 

 

Depuis deux ans qu'est sorti Timeloss, premier album de Paatos, on s'attendait à un grand retour gagnant du prog Suédois crimsonien. Mais, mis à part le superbe album d'Anekdoten sorti l'an dernier, les grands ténors du genre ont du mal à se faire entendre. Bien qu'Änglagård fournisse d'excellentes prestations scéniques, ceux-ci peinent à sortir leur tant attendu nouvel album. Sinkadus ne donne plus signe de vie, tandis que White Willow s'apprête enfin à sortir de son terrier. Inutile donc de préciser que Paatos était attendu au tournant avec le «toujours très difficile cap du second album».

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient peut-être de faire un petit retour en arrière afin de mieux appréhender Kallocain. Avec Timeloss, Paatos nous présentait une personnalité multiforme faite de calme et de douceur proche du trip-hop, voire de la folk ou plus conventionnellement progressif, proche des attentes de tout proguivores en puissance. Le point culminant de Timeloss est à mon sens à trouver avec «Quits» qui, après une intro trip-hoppisante à souhait, se conclue sur une effusion totalement ensorcelante, à la limite du Zeuhl. Ce titre de douze minutes est une réussite majeure du prog, donnant une saveur toute particulière à un album qui, sans cette sorte de «Starless» du 21ème siècle, n'aurait certainement pas été du même goût. A mi-chemin entre un Landberk et une certaine vision du trip-hop, Paatos a frappé vite et fort au point de se placer très haut sur l'échiquier du prog et de marquer les esprits d'un grand nombre de mélomanes.

Pour Kallocain, quelques changements significatifs sont à noter. Tout d'abord l'éviction du guitariste Reine Fiske, ensuite la signature chez InsideOut, et enfin l'intervention de Steven Wilson au mixage final de l'album. D'un strict point de vue musical, la perte du guitariste de Landberk pouvait faire craindre le pire tant celui-ci arrivait à illuminer les groupes dont il a fait partie (Landberk, Morte Macabre). Par contre la seule évocation de Steven Wilson au mixage final de l'album, donnant plus que de crédits à n'importe quel groupe, sert immanquablement aux Suédois tant l'homme inspire le respect. Quant au fait que Paatos ait signé sur InsideOut, voilà qui va certainement leur assurer une plus grande diffusion dans les médias avec très probablement des articles dans la presse hard rock. Par contre, pour un groupe qui ne se veut pas complètement prog (cf. l'interview), signer sur un label spécialisé peut aussi les limiter a un certain public et les cantonner à l'underground. Et, comme vous allez le voir tout au long de cet article, Paatos, sans s'éloigner totalement du prog, nous propose une nouvelle fois une musique sophistiquée, mais de plus en plus difficile à cataloguer.

Les ingrédients de la musique des Suédois restent approximativement les mêmes. Petronella et sa voix sont le centre de tous les débats. Même si celle-ci ne couvre pas une immensité d'octaves, son timbre et les mélodies égrenées sont suffisamment mélancoliques et sensuelles pour nous faire vibrer. J'ai pu lire ici ou là des comparaisons avec Björk. Mais, bien que ces deux bouts de femmes aient bien en commun un certain sens de la mélancolie, il est assez difficile de leur trouver des similitudes. J'irai plutôt chercher en Suède avec Anja Garbarek dont le timbre est assez proche de ce que peut évoquer la chanteuse de Paatos. D'ailleurs la comparaison n'est pas forcément anodine tant les deux univers musicaux sont proches. Steven Wilson ne s'y est pas trompé en co-produisant Smiling And Waving (2001 Virgin), dernier album en date de la fille du célèbre saxophoniste Suédois (pour les amateurs, Robert Wyatt a donné un petit coup de main à la demoiselle sur un titre : à découvrir d'urgence). On pense également à The Gathering, Portishead ou Massive Attack.

Comme je le précisais plus haut, le cpmbo suédois s'est offert un nouveau guitariste. Il est à ce titre regrettable de voir partir Reine Friske tant son jeu, reconnaissable entre mille, arrivait une nouvelle fois à faire merveille au sein de son nouveau groupe. Heureusement la nouvelle recrue nous fait vite oublier l'éviction de l'ex-Lanberk. Son jeu est sobre et tout en finesse. On sent le guitariste féru d'effets en tout genre, propres a créer des atmosphères envoûtantes et mélodiques. Le travail de la rythmique est assez similaire, personne n'est ici pour faire de l'esbroufe. La basse est ronde sans être complexe, tandis que le jeu de Huflux à la batterie fait parfois penser une nouvelle fois aux beats du trip-hop. A ce moment précis de la chronique, je suis sûr que vous pensez que Paatos en a fini avec le prog, s'en allant jouer une musique à mille lieux des clients habituels de Big Bang. Eh bien la réalité est plus nuancée que ça.

Le travail du claviériste est là pour nous rappeler que nous sommes en présence d'une musique raffinée et sophistiquée, jamais très éloignée du prog. Alternant piano, Fender Rhodes et mellotron, Johan Wallen apporte la touche «analogique» nécessaire pour nous faire frétiller les tympans. L'apport de violons ou de violoncelles sur certains titres offre également une belle richesse sonore supplémentaire. Mais bien que démarrant sur un morceau complexe et assez barré, «Gasoline», Paatos va ensuite développer une musique plutôt hybride, un mélange de pop atmosphérique sur des rythme trip-hop, tout en gardant un certain aspect progressif et même gothique parfois. Avec «Happiness» ou «Reality», les Suédois ont composé des morceaux au joli potentiel radiophonique. Paatos réussit à trouver ici des mélodies assez renversantes donnant tout simplement la chair de poule à chaque écoute. Certains passages sur «Stream» ou «In Time», par exemple, vont immanquablement vous faire penser à Landberk période Indian Summer. Mais là où ces derniers arrivaient à imprimer assez rapidement leurs mélodies dans nos crânes, Paatos demande un peu plus d'effort et d'écoute pour se laisser apprivoiser. Une fois le cap des quelques écoutes franchi, vous ne pourrez plus résister au charme vénéneux de leur musique.

Contrairement à Timeloss qui était inégal, mais traversé de fulgurances, Kallocain surprend par son homogénéité. Des deux albums c'est d'ailleurs celui qui arrivera le mieux à passer le cap des années. Avec son second album, Paatos a finalement réussi à imprimer plus spécifiquement sa marque au point de nous offrir un univers tout à fait personnel et maîtrise. Il ne sert à rien d'essayer de cataloguer la musique de Paatos, tout juste peut-on dire que sous des dehors mélancoliques (Scandinaves finalement), ces derniers arrivent à graver de leur empreinte nos petites têtes au point qu'il est assez difficile de se détacher de leur charmante personnalité : l'album de la maturité.

Julien GOARNISSON

Entretien avec Stefan DIMLE :

Stefan Dimle

Vous n'avez eu besoin que de deux ans pour sortir un deuxième album. Vous n'avez pas perdu votre temps !

C'est vrai... On était tous très impatient d'enregistrer ce nouvel album, de plus nous travaillions déjà sur du nouveau matériel quand nous avons fini Timeloss. Donc, quand Peter nous a rejoint, la machine s'est remise en route très naturellement. Je n'en peux déjà plus d'attendre l'enregistrement du prochain album, il va être terrible j'en suis déjà sûr !!!

Comment se passe le travail de composition ? Ricard Nettermalm en est-il toujours le principal instigateur ?

On a tous mis un peu de soi dans toutes les compositions finalement... Souvent quelqu'un venait en studio avec une idée de musique que les autres aidaient à faire évoluer. D'autres fois, il pouvait y avoir des morceaux qui arrivaient quasi finis dans lesquels chacun ajoutait son grain de sel. Pour les paroles, la plupart ont été écrite par Ricard pour essayer de garder une espèce de fil conducteur à l'album.

Votre musique semble plus variée qu'auparavant, allant ainsi de la pop au gothic en passant par le prog ou encore le trip-hop.

Oui, c'est exact, mais nous ne pensons pas vraiment en terme de style. On a simplement essayé de jouer la musique qui sortait de nos tripes afin de vous procurer un maximum de plaisir. On espère sincèrement avoir réussi.

Comment s'est passé l'enregistrement de l'album  en lui-même et quel a été le rôle exact de Steven Wilson ?

On a produit nous même cet album. Je l'ai enregistré sur mon ordinateur portable avec des micros de merde. Quant à Peter, il a enregistré certaines parties de guitares dans sa chambre avec du matériel encore plus pourri. Steven quant à lui a été embauché pour son excellent travail de mixage. Il n'a pas vraiment influencé le travail de composition, mais a, d'une certaine manière, amené les morceaux à un niveau inespéré. C'est comme le fait d'avoir un son dans sa tête sans savoir exactement comment lui donner vie... Steven était l'homme de la situation ! On le respecte énormément ce Mr Wilson. (rires)

Reine Friske vous a quitté juste après Timeloss. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Il n'y a pas vraiment grand chose à dire. On ne pouvait tout simplement plus travailler ensemble. Il ne partageait plus les mêmes motivations que le reste du groupe, donc il a fallu qu'il s'en aille... Ce n'était juste qu'une question de don de soi et de respect...

Pourquoi avoir abandonné complètement le suédois au profit de l'anglais ?

On préfère l'anglais, c'est tout simplement une jolie langue comprise par beaucoup plus de monde...

Vous avez signé sur un gros label de prog. Qu'est-ce que cela a changé pour vous ?

InsideOut est un label très sérieux et compétent. C'est vraiment une chance pour nous de pouvoir bénéficier de leur réseau. Ils voulaient changer un peu en s'éloignant quelque peu du prog. C'est là que nous entrons en jeu.

On a hâte de vous voir sur une scène. Est-ce que le public français a une chance de vous voir un jour sur ses routes ?

Si l'occasion se présente, il n'y aura aucune hésitation de notre part pour venir vous voir. On adore tous la France !!! Je trouve d'ailleurs que votre scène musicale nationale est des plus intéressante.

Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter pour votre public Français ?

Mon français est assez mauvais. Je ne connais d'ailleurs que cette phrase : «Est-ce que je pourrais avoir un calmant pour les douleurs ?». Allez, à la prochaine !!!

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)