
PISTES :
1. Carroussel Of The Old Foolishness
(5:40)
2. Paper's Elephants (5:06)
3. Who Turns And Who Dreams (5:45)
4. Illusion On Seven Eighths (4:51)
5. Shareholder (3:17)
6. Inside The Stable (6:03)
7. Vanishing Spirit (3:53)
8. Paul's Inheritance (7:17)
Pistes live bonus :
9. Sky Skyblue (3:44)
10. Bananas (3:04)
11. Be your clown (5:51)
12. The Games Of Men (4:52)
FORMATION :
Jorge Antun
(synthétiseurs, orgue Hammond)
Marcelo Sali
(batterie)
Jose Maria Blanc
(guitares électrique et acoustique, basse, chant)
Omar Lopez
(piano électrique, synthétiseurs)
PABLO EL ENTERRADOR
"Pablo El Enterrador"
Argentine - 1983
PRW - 41:54
Après les récentes rééditions de Marco Antonio Araujo, le label PRW sort encore une fois de son chapeau une œuvre de tout premier ordre qui devrait combler les amateurs de belles mélodies. Ce groupe argentin, formé au tout début des années 70, est une véritable légende dans son pays, acquise certainement du fait de ses prises de position courageuses contre les persécutions commises par le gouvernement militaire (une dictature, ni plus ni moins) entre 1976 et 1983. Il tire son nom du fossoyeur d'un cimetière dissident de Rosario, la ville d'origine des musiciens.
La formation qui enregistra cet album s'est constituée en 1979 - José Maria Blanc (chant, guitare, basse), Jorge Anton (claviers), Omar Lopez (claviers) et Marcelo Sali (batterie) - et s'est reconstituée l'année dernière, pour un album "live" qui devrait sortir d'ici peu.
A l'instar de plusieurs autres groupes sud-américains des années 70, Pablo El Enterrador adressait sa musique au public le plus large. On cherchera donc vainement ici de quelconques expérimentations : l'accent est avant tout mis sur la confection de mélodies sereines, simples, à tel point qu'on ne parvient pas tout de suite à identifier un morceau par rapport à un autre. Cette impression "première" se trouve renforcée par le fait que la durée des morceaux est peu dispersée (de 3:17 à 7:17). Et ce n'est qu'après plusieurs écputes que l'on parvient à discerner les nombreuses subtilités de cette musique, ce qui n'est pas le moindre des charmes de cet album.
En fait, la conclusion qui s'impose rapidement est que l'on a affaire à huit petits bijoux (dont deux instrumentaux), riches de multiples thèmes partagés entre guitare et claviers, Ces derniers, de par leur importance numérique, dominent les débats et s'avèrent tour à tour virevoltants, éthérés ou même rythmiques (le piano électrique renvoie d'ailleurs nettement à Supertramp). La guitare, pour sa part, prend souvent le relais au sein de duels débridés, ou s'impose lors de solos lyriques à souhait comme nous les adorons. Le chant, finalement assez rare, et légèrement aigu, est séduisant (pour peu que l'on apprécie les couleurs de la langue espagnole), et impose des accalmies aux instrumentistes.
Vous le constatez, pour s'extirper de sa structure formelle quelque peu exiguë, Pablo El Enterrador n'a pas ménagé ses efforts dans le renouvellement sonore de sa musique. La réussite finale est telle qu'on se surprend à réprimer naturellement la frustration initiale créée par l'absence de compositions plus étendues. Car, chose éminemment rare, le talent des instrumentistes parvient à se fondre en un tout cohérent d'une incroyable densité, duquel fuse une multitude de joyaux mélodiques. Pablo El Enterrador déborde d'un trop-plein d'émotion dont il inonde chaque morceau en de fulgurantes harmonies.
Ce quatuor argentin est tout bonnement exceptionnel, en ce sens qu'il a réussi ce que la plupart des formations du début des années 80, avant que le rock néo-progressif anglais ne s'impose comme symbole du renouveau, ont tenté en vain de réaliser : la conciliation de la concision et de la profondeur (c'est-à-dire le mariage d'une forme inédite - et "imposée" par l'environnement économique - et d'un fond fidèle aux valeurs passées).
Pour cela, Pablo El Enterrador mérite une place, sûrement plus importante que les apparences ne le laissent présager, dans l'Histoire des musiques progressives... A découvrir impérativement !
Christian AUPETIT et Olivier PELLETANT
PS : Nous reproduisons ici la pochette originelle (qui explicite en un dessin humoristique le nom du groupe) et non celle qui orne la réédition CD. Cette dernière est tellement horrible (il s'agit d'une photo, floue et exagérément pixelisée, des visages des quatre membres de la formation - mais la pochette originelle est toutefois présente à son verso) que l'on s'interroge vraiment sur la raison qui a pu pousser PRW à effectuer cette substitution...
(chronique parue dans Big Bang n°13 - Septembre/Octobre 1995)

