BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Scarsick pochette

PISTES :

1. Scarsick (7:08)
2. Spitfall (7:17)
3. Cribcaged (5:56)
4. America (5:04)
5. Disco Queen (8.22)
6. Kingdom Of Loss (6:41)
7. Mrs Modern Mother Mary (4:14)
8. Idiocracy (7:04)
9. Flame To The Moth (5:58)
10. Enter Rain (10:03)

FORMATION :

Daniel Gildenlöw

(chant, basse)

Johan Hallgren

(guitares)

Fredrik Hermansson

(claviers)

Johan Langell

(batterie)

PAIN OF SALVATION

"Scarsick"

Suède - 2007

InsideOut - 67:54

 

 

Pain of Salvation est désormais une institution, un groupe reconnu dans le monde du hard-prog au sens large, dont il se différencie par certains parti pris (quasiment aucun solo mis en avant ici), et qu'il déborde d'ailleurs nettement. La sortie de leur nouvel album studio, le sixième, était donc très attendue, d'autant que le précédent, Be, était sorti en 2004. Dans l'intervalle, le groupe, en plus de tourner intensivement, a connu un remaniement de personnel, avec le départ de Kristoffer Gildenlöw parti fonder Dial, tandis que son frère Daniel, leader de la formation, participait à l'album d'Axameta, groupe de black metal, ainsi qu'au dernier volet de la trilogie Genius (voir notre prochaine livraison). C'est donc un combo légèrement resserré qui a procédé à l'enregistrement de Scarsick, Daniel assumant la basse lui-même, sans démériter, loin de là, tandis que les autres musiciens procédaient à l'élaboration des arrangements de manière plus démocratique que par le passé. Le résultat est en tout cas du Pain of Salvation pur jus, servi par une production toute en profondeur.

On retrouve en effet des riffs metalliques bien marqués, renforcés par des poussées vocales de Daniel Gildenlöw; son chant se fait parfois quasiment rap pour «Spitfall», et touche même au death metal sur «Flame to the Moth», pour un résultat dont il ne faudrait pas abuser... Mais au sein de chaque composition, cette énergie brûlante, à la Faith No More, alterne avec des passages nettement plus mélodiques et délicats, souvent portés par des interventions de claviers et un chant extrêmement émouvant. De manière plus générale, les sonorités possèdent toujours une palette diversifiée, tonalités tantôt électroniques tantôt jazzy, échos subtilement orientaux, arrangements de banjo ou de mandoline... Pour tous ces morceaux, qui constituent la majorité de l'album, on se retrouve dans un milieu assez proche de celui de Entropia et One Hour By The Concrete Lake. A contrario, des ballades romantiques et terriblement sensibles, qui évoquent d'ailleurs davantage Remedy Lane, sont également présentes : «Cribcaged», à la lente et frissonnante progression accompagnée de babillements d'enfant (celui du chanteur), ou le beau «Kingdom Of Loss», sans oublier le long et conclusif «Enter Rain», à la noirceur éclatante. Et puis il y a ces compositions plus surprenantes, presque inclassables, dont le groupe a le secret. Ici, il s'agit d'«America», qui reprend le thème de West Side Story (avec un clin d'œil au «Kids In America» de Kim Wilde) pour un traitement très amusant, et de «Disco Queen», qui, comme son titre l'indique, est une déclinaison du disco, dans une optique pas si éloigné d'un Zappa, mais plus sombre que l'original. On a donc tous les ingrédients pour hisser ce nouveau disque au rang de très bonne réalisation avec, survolant l'ensemble, la voix aux mille facettes de Daniel Gildenlöw, souvent démultipliée.

Néanmoins, on se contentera de mettre Scarsick aux côtés d'un Remedy Lane, ce qui est déjà un gage de qualité. La faute à la surprise la plus notable qu'il véhiculait : Scarsick est en effet le second volet de The Perfect Element de glorieuse mémoire, un statut simplement sous entendu dans le livret du disque, mais que les interviews ultérieures ont ensuite confirmé de manière définitive. Et sous cet angle là, outre l'absence de thèmes musicaux communs, ce qui est le plus regrettable, c'est le manque criant d'homogénéité et l'attente nécessairement placée très haut qu'une telle suite engendrait, attente qui laissera les auditeurs en grande partie sur leur faim. Pour ce qui est du concept, il reprend l'histoire en suivant cette fois le personnage masculin, à la découverte de notre société contemporaine à travers la télévision, d'où un certain éclatement musical, avec comme idée force la critique du gouvernement actuel des États-Unis et de la société ultra capitaliste que le pays incarne. Mais on a de quoi être surpris, surtout lorsque l'on relit l'interview de Daniel Gildenlöw dans notre n°55, où il annonçait qu'un album s'intercalerait entre Be et The Perfect Element Part 2, ce dernier étant en outre prévu pour être très orchestral... Quoi qu'il en soit, ne boudons pas notre plaisir, et savourons Scarsick pour ce qu'il est, un très bon album qui fera date, tout simplement !

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)