BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Ed Palermo Big Band pochette

PISTES :

1. RDNZL
2. Take Your Clothes Off When You Dance
3. Dwarf Nebula Processional March & Dwarf Nebula
4. Pound For A Brown On The Bus
5. Sleep Dirt
6. Gumbo Variations
7. Mom And Dad/Oh No
8. Moggio

FORMATION :

Paul Adamy

(basse électrique)

Bob Quaranta

(piano)

Ray Marchica

(batterie)

Ted Kooshian

(Kurzweil)

Cliff Lyons

(saxophone alto, clarinette)

Phil Chester

(saxophones alto et soprano, flûte, piccolo)

Bill Straub

(saxophone ténor, clarinette)

Ben Kono

(saxophone ténor, flûte)

Barbara Cifelli

(saxophone baryton)

Charles Gordon

(trombone)

Joe Fiedler

(trombone)

Matt Ingman

(trombone basse)

Ronnie Buttacavoli

(trompette)

John Hines

(trompette)

Carl Restivo

(chant, guitare)

Ed Palermo

(arrangements, saxophone alto)

EXTRAITS AUDIO :

ED PALERMO BIG BAND

"Take Your Clothes Off When You Dance"

États-Unis - 2006

Cuneiform - 53:42

 

 

Plus d'une décennie après sa disparition, la musique de Frank Zappa continue à être jouée par d'innombrables orchestres de par le monde, y compris en France qui compte deux des meilleures formations du genre, le Nasal Retentive Orchestra et Le Bocal. Le big-band d'Ed Palermo, saxophoniste américain de 52 ans, s'est fait connaître en 1997 avec un premier album (aujourd'hui épuisé) auquel participaient des invités prestigieux comme Mike Keneally, Mike Stern, Chris Potter ou Bob Mintzer, et par une résidence de près d'une décennie dans le mythique (et aujourd'hui défunt) club new-yorkais le Bottom Line.

Evidemment, le choix de jouer du Zappa en grande formation cuivrée n'a rien d'iconoclaste, car le maestro lui-même était friand d'orchestrations étoffées : les Mothers époque Uncle Meat ou Burnt Weeny Sandwich avec sa 'frontline' de saxophones, le Grand Wazoo Orchestra de 1972, le groupe augmenté (avec, entre autres, les frères Brecker) des concerts au Palladium fin 1976, immortalisé sur le Live In New York, ou encore celui de l'ultime tournée européenne de 1988 (dont on recommandera tout particulièrement le double-CD Make A Jazz Noise Here)... C'est ce Zappa «cuivré» qui, de l'avis de beaucoup d'amateurs (dont votre serviteur), nous aura laissé certains de ses travaux les plus mémorables.

Autant dire qu'Ed Palermo disposait dès le départ d'une excellente base de travail, avec des compositions déjà taillées sur mesure pour un tel effectif (l'EPBB compte 16 musiciens, dont cinq saxophonistes, trois trombonistes et deux trompettistes). On retrouvait certaines («Waka/Jawaka», «King Kong», «Sofa #1», «Little House I Used To Live In», «Peaches En Regalia») au sommaire de son premier opus, aux côtés de relectures beaucoup plus inattendues («Twenty Small Cigars», «Toads Of The Short Forest») car radicalement «réinstrumentalisées».

Ce mélange réussi, fidèle à l'esprit mais pas toujours à la lettre, a été reconduit sur ce second opus. Celui-ci débute en fanfare avec un «RDNZL» absolument époustouflant - qui place d'ailleurs la barre tellement haut que l'on a du mal à ne pas être déçu par certains des thèmes suivants, à commencer par la version salsa un peu trop kitsch du morceau-titre... Il faut dire que «RDNZL» compte parmi les compositions les plus séduisantes de Zappa, véritable feu d'artifice de mélodies et riffs tous plus somptueux les uns que les autres. Porté ici par une énergie décoiffante et un brio instrumental hors du commun, il a tout d'un «tube» progressif en puissance.

Tout aussi remarquable, mais plus subtile, est la métamorphose radicale appliquée à «Sleep Dirt» : duo de guitares dans son incarnation originelle, il révêle dans cet arrangement foisonnant une grandeur insoupçonnée. Palermo nous donne ici la preuve de son grand talent d'orchestrateur, également mis à contribution dans le très pointilliste «Dwarf Nebula», dont les contrepoints subtils évoquent la musique de chambre, ou dans un genre différent, l'incontournable «Pound For A Brown On The Bus», au traitement rythmique original et rehaussé de très beaux développements.

La précision a son importance tant cet aspect a toujours été diversement apprécié chez Frank Zappa, mais Ed Palermo a opté pour un répertoire exclusivement instrumental... avec toutefois une (unique) exception, un medley de «Mom And Dad / Oh No», chanté par le guitariste Carl Restivo. Le résultat n'a rien de déplaisant, mais à tout prendre, on aurait préféré que l'orchestre s'en tienne à son choix du tout-instrumental. Par ailleurs, pour en rester aux critiques, on est en droit de trouver ce Take Your Clothes Off When You Dance un peu court, connaissant l'étendue du répertoire joué en concert : on n'aurait pas craché sur quinze ou vingt minutes supplémentaires...

Un très bel album, quoi qu'il en soit (même s'il n'est pas dénué de quelques imperfections), auquel on ne peut que souhaiter de nombreux successeurs. La musique de Frank Zappa a trouvé en Ed Palermo et sa bande de talentueux serviteurs. Grâce à eux, et à quelques autres, son immortalité est décidément bien assurée...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)