
PISTES :
1. Farlig Vandring (Pa Tynt Vann)
(8:33)
2. Ellipsoidisk Karusell (10:41)
3. Utrygge Trøfler (7:05)
4. Agraphia (6:55)
5. Sykkelgnomflaten (6:55)
6. Ompapaomompapa (9:42)
FORMATION :
Steinar Børve
(saxophones, claviers)
Trond Gjellum
(batterie, percussions acoustiques et électriques, balaphon, glockenspiel, métalophone, sampler, trondofon, mélodica)
Anders Krabberød
(basse, guitare, Chapman Stick, claviers additionnels)
Jarle Storløkken
(guitares électrique et acoustique, claviers, accordéon)
PANZERPAPPA
"Farlig Vandring" / Rétrospective
Suède - 2004
Autoprod. - 49:51
Deux CD-démos à la distribution confidentielle ont rapidement valu à ce groupe suédois un bouche-à-oreille flatteur. Pour tous ceux qui aiment leur progressif plutôt instrumental, plus sophistiqué que la moyenne, rehaussé d'harmonies jazzy, qui apprécient pêle-mêle King Crimson, Univers Zéro, Soft Machine et les grands noms du prog scandinave, Panzerpappa s'est peu à peu imposé comme une valeur consensuelle. Un état de fait qu'est venu entériner, début 2004, son premier véritable album, Farlig Vandring. Une corifirmation qui justifie de revenir sur la totalité de sa jeune carrière, afin de mieux connaître ces quatre musiciens désormais incontournables...
Depuis les débuts de Panzerpappa en tant que véritable groupe, en novembre 1998, le quatuor a connu plusieurs remaniements, avec pour conséquence, notamment, qu'aucun de ses trois albums ne présente le même effectif. L'une des explications de cette instabilité tient sans doute aux origines même de Panzerpappa, qui était au départ le projet solitaire du batteur Trond Gjellum, seul avec le saxophoniste-claviériste Steinar Børve à avoir été présent d'un bout à l'autre de l'aventure.
C'est pendant l'été 1996 que Gjellum enregistre une premier démo, influencée surtout par des groupes comme Univers Zéro et Samla Mammas Manna, comprenant des ébauches de deux pièces que l'on retrouvera sur le... second (!) album de Panzerpappa : "De 99 Trappetrinn" et "Verktøyet Er Den 23. Veien". Peu enclin à officier sous son propre nom, il met alors au point cette appellation hybride. Mais il faudra attendre plus de deux ans pour que, derrière cette bannière, on trouve enfin un groupe.
Faute de trouver immédiatement les bons camarades de jeu, Trond Gjellum offre ses services à diverses formations. L'un de ces projets, pendant l'été 1997, lui permettra de rencontrer Steinar Børve : il s'agit d'une (énième) tentative de transposition musicale du Seigneur des Anneaux de Tolkien. Se découvrant des influences communes, tous deux décident de s'associer. Quelques mois plus tard, à Londres, Gjellum fait la connaissance de Knut Tore Abrahamsen, guitariste de son état, venu comme lui de Norvège, pour la séance de présentation à la presse et aux fans de King Crimson du live The Night Watch.
Début 1998, Panzerpappa est officiellement constitué, mais ne peut toujours pas se mettre au travail, faute de bassiste. Jørgen Skjulstad, leader du groupe Agartha, est sollicité et accepte de les rejoindre. Mais les mois suivants ne verront qu'une poignée de séances de travail qu'il serait hasardeux de qualifier de "répétitions". Gjellum décide alors de se libérer de ses autres obligations musicales pour concentrer son énergie sur Panzerpappa. Nous sommes à la rentrée 1999 : après trois ans de préparation, le groupe est enfin totalement opérationnel. Il donne son premier concert le 10 novembre à Oslo, suivi d'un second le mois suivant en première partie de White Willow, puis d'un autre en mars 2000, cette fois avec Anekdoten. Les concerts vont ensuite se multiplier, et les répétitions (le quatuor dispose désormais d'un véritable local) se faire plus intensives.
Après en avoir peaufiné le contenu pendant l'été 2000, Panzerpappa enregistre en novembre son premier CD, ...Passer Gullfisk, publié le mois suivant en autoproduction. En fait, comme le suivant, cet album est plus proche d'une démo, fabriquée à la demande et distribuée au compte-gouttes, avec toutefois un certain retentissement, et des réactions enthousiastes de divers fanzines et distributeurs. Musicalement, il est vrai qu'on est déjà loin de l'amateurisme : les quatre musiciens jouent bien, affichent une réelle cohésion, et les compositions, dominées par une prédilection évidente pour les rythmes impairs, sont truffées de rebondissements.
"Billettkontrollorenes Inntogsmarsj" ouvre les festivités avec une pêche irrésistible, entraînant l'auditeur à travers une succession de thèmes en forme de "trip" musical. A l'inverse, un titre comme "Malist" joue la carte d'un contraste radical, avec pendant huit minutes, une instrumentation réduite aux percussions mélodiques, au sax et à la guitare. Le double rôle instrumental de Steinar Børve vient renforcer cette diversité, même si les claviers sont encore, à ce stade, réduits à la portion congrue. Si l'ensemble évoque par certains aspects (l'écriture mélodique, les harmonies parfois contrapuntales entre sax et guitare, qui vont devenir une signature du groupe) le rock de chambre qui est au cœur des influences communes des musiciens, il est aussi nourri d'une authentique énergie rock, dans l'esprit des 'jam-bands' à la Ozric Tentacles, brodant avec fougue sur des trames parfois minimales. "Landsbysladder" est le plus représentatif de cet esprit, mais c'est aussi le morceau qui peine le plus à décoller vraiment. Un reste d'immaturité, sans doute. Tout n'est, du reste, pas parfait sur ce galop d'essai, à l'image de ce titre de clôture (dont on se gardera de citer l'intitulé, absolument interminable) construit un peu maladroitement, avec son intro vaguement bossa, suivie d'un apaisement plus folkisant, point de départ d'une longue montée en puissance, avec apogée collectif à mi-course, puis un retour à l'acoustique pour finir sur un accord majestueux de piano... Drôle de conclusion pour l'album d'un groupe dans lequel cet instrument n'est censé jouer qu'un rôle subalterne...
Stimulé par les réactions positives suscitées par ...Passer Gullfisk, Panzerpappa se met rapidement au travail sur son successeur. Mais son élan va se trouver brisé - temporairement - avec le départ, au printemps 2001, de son guitariste, parti vivre maritalement au Danemark. Par chance, un remplaçant sera vite trouvé, en la personne d'Endre Begby, un fan du groupe. Les répétitions reprennent donc vite, et des séances d'enregistrement sont programmées pour la rentrée. Un calendrier qui s'avère trop ambitieux : le quatuor se présente au studio avec un matériau qu'il estime insuffisamment mûri. Il n'empêche, ce qui s'annonce comme une catastrophe potentielle prend finalement des allures d'expérience positive, qui se prolonge d'ailleurs jusqu'en février de l'année suivante. Hulemysteriet est publié, dans les mêmes modalités que le précédent, en août 2002. Entre-temps, à peine la réalisation du CD bouclée, Panzerpappa connaît non pas une, mais deux nouvelles défections... Mais parlons d'abord de l'album !
La
première
écoute de Hulemysteriet
est l'occasion de faire connaissance
avec le nouveau-venu, dont le jeu de guitare se
révèle assez différent de celui de son
prédécesseur : plus dissonant, avec des
stridences frippiennes mais aussi des colorations plus
psychédéliques par moments ("Kamel Uten Filter").
Mais c'est à un niveau plus global que
l'évolution, ou plutôt les progrès,
s'avèrent particulièrement
conséquents. Les arrangements apparaissent plus
travaillés, tout en multipliant dans les
intitulés des morceaux les clins-d'œil aux
vocables musicaux les plus divers et, dans ce contexte, improbables :
ainsi, ce "Spacefunk Opera" (en matière de
prétentions classisantes, on ne déplorera qu'un
détour par le boléro), cette "Jiddisk Juksepolka"
aux fortes réminiscences folkloriques, ou cette "Syk Samba"
qui risque fort de rappeler aux amateurs de King Crimson la charpente
rythmique de "One Time" !
On perçoit également une volonté, de la part de Panzerpappa, de se "dévergonder" un peu par rapport au côté un peu trop "sage" de son premier opus, avec notamment un glissement vers des ambiances plus sombres et ambiguës. Paradoxalement (ou pas), c'est précisément sur les deux titres retravaillés de la démo originelle de 1996 que cette évolution s'avère la plus probante : "Verktøyet Er Den 23. Veien", avec son mélange de rythmique zeuhl et de rock musclé et majestueux façon Anekdoten; et surtout le puissant "De 99 Treppetrinn", qui culmine à dix minutes, qui donne pour la première fois l'impression d'un groupe capable de "casser la baraque" sur scène, avec des cycles rythmiques obsessionnels et des accents "rock de chambre" façon Henry Cow première période. L'utilisation du Fender Rhodes vient confirmer ce glissement ostensible vers l'école de Canterbury, une influence que Gjellum a toujours revendiquée (cf. entretien).
Toutefois, l'éclectisme reste plus que jamais à l'ordre du jour, à l'instar du morceau-titre mêlant séquences contemplatives (très belle section dominée par le glockenspiel et le synthé) et envolées psyché-zeuhl... Cette volonté s'appuie sur un travail d'écriture dont la sophistication rythmique se double toujours d'un authentique souci mélodique, admirablement servi par le jeu de saxophone très pur (et jamais free, pour ceux que cela inquiète) de Steinar Børve, beaucoup plus présent que précédemment aux claviers (orgue "leslifié", piano façon Wurlitzer, Mellotron...), assurant souvent les deux rôles simultanément - d'où un point d'interrogation quant à la façon dont le groupe se tire de ce casse-tête en concert... Bref, un second album qui enfonce fort brillamment le clou, même si une nouvelle fois le groupe conclut les festivités d'une manière aussi erratique qu'il les avait débutées en fanfare...
Nous avions déjà révélé un peu plus haut (quel pauvre sens du suspense !) que Panzerpappa s'était retrouvé réduit de moitié dès la fin des séances de Hulemysteriet. En fait, c'est pire que ça : pendant six mois, Trond Gjellum va se retrouver à nouveau seul ! Car en plus des départs du guitariste et du bassiste, c'est le fidèle Steinar Børve qui joue un mauvais tour à son complice en décidant de s'expatrier pendant un semestre en Australie (!) pour y poursuivre ses études. Panzerpappa est en stand-by, mais cette situation délicate sera de courte durée : sollicité par Richard Sinclair pour constituer un 'backing band' à l'occasion de sa venue en Scandinavie en mars 2002, le batteur déniche le guitariste Jarle Storløkken (influencé par Zappa et les grands groups progressifs des années 70) et le bassiste Anders Krabberød (fan pour sa part de VdGG et de musique contemporaine) qui, suite à cette expérience concluante, s'empresseront d'accepter sa proposition de rejoindre Panzerpappa.
Des séances de travail en trio ont lieu pendant l'été et, en septembre, Børve revient comme prévu au bercail : c'est reparti pour un tour ! Le 25 octobre, le nouveau quatuor fait ses débuts sur scène lors du festival Oslo Prog '02. Début 2003, le groupe annonce sa décision de créer son propre label, Avant Audio Recordings, dont la première publication doit initialement être une compilation des deux "démos" complétée par deux nouveaux enregistrements. Les séances se déroulent en juin, mais le projet est finalement abandonné, d'abord au profit d'un EP comprenant les deux nouveaux titres ainsi qu'un "remake" de "Billettkontrollorenes Inntogsmarsj", le morceau d'ouverture du premier CD, avant d'être reporté aux calendes grecques lorsque Panzerpappa s'estime finalement prêt à enregistrer un album complet. Les séances débutent le 21 novembre 2003, s'achèvent le mois suivant, et Farlig Vandring voit officiellement le jour en février 2004.
L'histoire de Panzerpappa telle qu'elle vient de vous être contée nous invite à rester mesuré quant aux conclusions à tirer de ce troisième opus. Evidemment, on espère que l'équipe actuelle est partie pour durer, permettant au groupe de réaliser enfin la totalité de son potentiel. Avec Farlig Vandring, le moins que l'on puisse dire est qu'il est en très bonne voie. Les compétences instrumentales sont supérieures à tout ce qu'il nous avait été donné d'entendre jusqu'ici, pourtant déjà impressionnant; et pour ce qui est du contenu musical, l'excellence est le plus souvent au rendez-vous.
Les premiers et derniers morceaux, "Farlig Vandring" (8:33) et "Ompapaomompapa" [sic] (9:43), sont les seuls signés par l'ensemble du groupe, et s'imposent comme les plus réussis. L'égalitarisme de l'écriture trouve son pendant dans le résultat final, chacun des musiciens se montrant à son avantage tout en participant pleinement à la dynamique collective. Saxophone et guitare se partagent ainsi le champ mélodique avec un total à-propos, Steinar Børve officiant de plus en plus souvent au Mellotron (l'envolée symphonique finale de "Ompapa..." devrait rallier tous les suffrages !), laissant avec élégance la vedette à son collègue, dont le jeu de guitare n'est pas sans rappeler celui de Roger Trigaux (Présent).
C'est le même Børve qui signe, seul, deux autres morceaux, "Utrygge Trøfler" (7:06) et "Sykkelgnomflatten" (6:55), qui confirment son talent d'arrangeur, proposant une suite de séquences contrastées et habilement enchaînées, avec quelques séquences expérimentales, quasi abstraites (avec notamment l'utilisation de guitares à l'envers), qui ont toutefois le mérite de rester brèves, et toujours une grande abondance de cassures de rythme qui contribuent grandement au renouvellement constant du propos.
On sera un peu moins mitigé à propos des contributions des deux nouveaux-venus. "Agraphia" (6:56), œuvre d'Andres Krabberad, dont le Stick tient pour l'occasion la vedette, est une vraie réussite, dans une veine assez contemplative (présence bienvenue des percussions mélodiques), toutefois secouée de beaux emportements plus rythmés. Par contre, "Ellipsoidisk Karusell" (10:41), qu'il co-signe avec Jarle Storløkken, est d'assez loin le morceau le plus faible de Farlig Vandring. L'influence jazz-fusion que semble avoir apporté Krabberad, et qui fonctionne plutôt bien sur le morceau-titre (on pense par moments à Aka Moon), tourne ici à vide, avec des tourneries rythmiques complaisantes, tartinées de Mellotron comme chez le Djam Karet des mauvais jours. Seule la fin du morceau, où intervient un quatuor à cordes, sauve l'ensemble de la monotonie. Comme quoi, le morceau le plus long d'un album n'est pas toujours le meilleur, et peut même parfois être le moins bon !
Le bilan d'ensemble n'en demeure pas moins extrêmement positif. Avec son mélange de progressif crimsonnien, de rock de chambre, de colorations jazzy canterburiennes et d'effluves folkloriques typiquement scandinaves, Panzerpappa a réussi à défricher une voie musicale à la fois originale et relativement consensuelle. En effet, pourvu qu'on ne soit pas irrémédiablement allergique au saxophone (totalement dénué ici, rappelons-le, de velléités free), la richesse de sa musique, son sens des climats et son énergie communicative font assurément du quatuor norvégien l'une des formations les plus enthousiasmantes et prometteuses du moment. A surveiller de très près, donc...
Aymeric LEROY
Entretien avec Trond GJELLUM :
L'effectif de Panzerpappa a connu plusieurs modifications au cours de vos cinq ans d'activité... Comment la personnalité musicale du groupe s'est-elle affirmée au gré de ces changements ?
En fait, Panzerpappa a toujours fonctionné de façon très démocratique. J'ai décidé de m'associer à Steinar, Knut Tore et Jørgen car c'étaient de très bons musiciens avec beaucoup d'idées intéressantes, et pas seulement parce que j'avais besoin d'exécutants pour ma musique. Knut Tore avait un très beau son et un vrai sens mélodique. Le dernier morceau de ...Passer Gullfisk, "Kliving I Masti...", était une de ses compositions, et résume assez bien son style. Jørgen était plus intéressé par le folk des Balkans, mais aussi par Magma et la zeuhl. Sa contribution au groupe allait dans le sens d'une plus grande expérimentation à base de mesures composées et de collages de thèmes. Des titres comm "Spacefunkopera" ou "Juddisk Juksepolka" sont peu ou prou de lui. Endre Begby, notre deuxième guitariste, n'est pas resté très longtemps parmi nous. Il ne composait pas, mais son style a profondément imprégné l'album Hulemysteriet. L'héritage de tous ces musiciens demeure, je pense, dans l'actuelle formation, ne serait-ce qu'en fixant un niveau de qualité assez haut que leurs remplaçants ont dû égaler et dépasser ! L'équipe actuelle fonctionne très bien. Nous partageons globalement la même vision de notre musique, ce qui facilite l'écriture d'un répertoire plus cohérent.
L'une des originalités de Panzerpappa est le double rôle instrumental de Steinar Børve, qui alterne saxophone et claviers...
Les claviers sont devenus un élément essentiel du son de Panzerpappa. Ils nous autorisent une palette de sons plus diversifiée et, en cela, permettent une plus grande variété dynamique. Nous les utilisons en soutien harmonique, mais aussi pour jouer certaines lignes mélodiques que les autres instruments ne peuvent pas prendre en charge. Le fait que Steinar passe sans cesse d'un instrument à l'autre contribue, je crois, à l'impression d'énergie qui se dégage du groupe...
Votre musique est totalement instrumentale. Etait-ce un choix dès le départ ?
Lorsque j'ai enregistré ma première démo en 1996, tous les morceaux étaient instrumentaux. J'ai fait ce choix parce que la musique peut ainsi être comprise de tous, il n'y a pas de barrière de langue... Quand j'écoute de la musique instrumentale, elle fonctionne comme la "bande-son" de mon imagination... J'espère que Panzerpappa arrive à produire cet effet chez nos auditeurs. Depuis le début, nous avons clairement décidé de ne pas utiliser le chant. En effet, si nous chantons en norvégien, la plupart des gens n'y comprendront rien; à l'inverse, si nous optons pour l'anglais, tout le monde se rendrait compte à quel point nos textes sont mauvais... Alors, au lieu d'écrire des médiocrités pseudo-poétiques, nous focalisons notre énergie créative sur la musique. En outre, aucun de nous n'est bon chanteur. Si nous changions d'optique à ce niveau, il faudrait que quelqu'un de compétent nous rejoigne...
Selon les cas, vos morceaux sont signés collectivement ou par l'un des membres du groupe. Comment se déroule le processus d'arrangement à partir des maquettes initiales ?
Cela dépend des cas. Steinar arrive le plus souvent avec des morceaux terminés. C'est un excellent compositeur, et donc nous gardons généralement les parties telles qu'il les avait écrites. Pour Anders, c'est à peu près pareil, mais il est plus ouvert aux suggestions. Quant à moi, j'amène le plus souvent des idées rythmiques et quelques fragments mélodiques, puis le reste du groupe retravaille le tout. C'est ainsi que sont nés des morceaux comme "Skolepiano" sur le premier CD, "Verktøyet Er Den 23. Veien" sur le deuxième ou "Farlig Vandring" et "Uhmpahpahuhmuhmpahpah" sur le nouvel album. Jarle n'a pas encore beaucoup composé pour l'instant, mais il joue un rôle très important au niveau des arrangements, dans la structuration des idées. Tout le matériau harmonique de "Farlig Vandring" a été assemblé par lui à partir d'improvisations du groupe. Idem pour "Uhmpah...", dont les idées mélodiques et rythmiques étaient de moi, mais dont Jarle a tiré un véritable morceau.
Vos deux premiers CD semblent avoir un statut de "démo". Est-ce lié à leur distribution limitée, ou à votre sentiment sur leur aboutissement artistique ?
C'est une question un peu délicate... Farlig Vandring est notre premier "vrai" album, mais les morceaux des deux CD précédents font pleinement partie du patrimoine de Panzerpappa... Je dirais que le nouveau CD est plus proche d'un véritable album dans le sens où nous avons beaucoup réfléchi à son contenu et composé des morceaux expressément en vue de son enregistrement. Les deux autres sont constitués de titres que nous avions pioché parmi un répertoire beaucoup plus large.
Comment voyez-vous l'avenir immédiat du groupe ? Pensez-vous déjà au prochain CD ? Vos divers groupes parallèles vont-ils aussi donner lieu à des albums ?
Panzerpappa ne cesse jamais d'explorer les voies musicales les plus diverses, et notre son évolue constamment. Nous travaillons actuellement à un album conceptuel inspiré par un livre, mais ça n'a rien à voir avec la science-fiction ou l'héroïc-fantasy. Les derniers morceaux en date restent dans la lignée des précédents, dans cette veine "Rock In Opposition mélodique". Notre intention est de développer les directions explorées dans "Farlig Vandring" tout en apportant des ingrédients nouveaux...
Quant aux projets parallèles, l'un des principaux est une collaboration entre la formation actuelle de Panzerpappa et notre ancien bassiste, Jergen, impliquant également des membres de son nouveau groupe et divers amis musiciens. Nous préparons pour septembre une représentation publique de "MDK" de Magma. Le groupe Bad Alchemy, qui reprend les grands classiques du courant RIO, doit également donner des concerts en 2004. Enfin, il y a mon projet tr-Ond, une musique à base de percussions et d'électronique, dont un CD est prévu plus tard dans l'année...
A part ça, nous aimerions organiser une tournée européenne de Panzerpappa, car nous semblons avoir beaucoup d'amateurs en Allemagne, en France, en Belgique et en Italie. Comme nous sommes très amis avec White Willow, nous discutions d'une éventuelle tournée commune... J'espère que cela pourra se faire tôt ou tard !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°53 - Mai 2004)

