
PISTES :
1. Now (9:59)
2. Distracted (7:40)
3. Dirty Mind (9:21)
4. Another Vision (7:08)
5. Some Fear Growing Old (6:57)
6. Between Me And The End (5:56)
7. Modern Times (21:09)
FORMATION :
Matthew Parmenter
(chant, piano, guitare, batterie, saxophone, violon, orgue, synthétiseurs, marimba, theremin, Mellotron)
Mathew Kennedy
(basse)
MATTHEW PARMENTER
"Astray"
États-Unis - 2004
Strung Out Records - 68:12
La sortie du premier album solo de Matthew Parmenter marque-t-elle la fin de l'aventure Discipline ? Sans nouvelles du groupe Américain depuis 1997 on peut légitimement se poser la question. Il semblerait que certains membres aient souhaité prendre un peu de recul et de repos, sans que nous sachions si leurs activités artistiques sont simplement mises en veilleuse ou définitivement stoppées.
En attendant d'en savoir plus, accueillons Astray comme il se doit, c'est à dire sans les a priori que l'on peut avoir sur une œuvre entièrement composée, produite et interprétée par un seul... j'ai failli dire une bêtise, la basse est tenue par Mathew Kennedy, membre de Discipline et ami d'enfance de notre homme à tout faire. Matthew Parmenter chante, c'est sa vocation première, toujours en fidèle adorateur de Peter Hammill et joue d'une multitude d'instruments : claviers (piano, mellotron, orgue, synthétiseur...), guitares, violon, saxophone, percussions et même batterie. Ses capacités techniques semblent certes limitées (notamment en ce qui concerne le maniement des baguettes) mais il s'en sort avec les honneurs. Il faut dire que les compositions mettent l'accent sur les atmosphères plutôt que sur la débauche de virtuosité. Celles-ci, au nombre de sept, peuvent être qualifiées de chansons progressives, à l'exception de la suite finale de 21 minutes dont on reparlera un peu plus loin.
Sur les six premiers morceaux donc, les structures sont simples, le chant tient le rôle principal (il est d'ailleurs plutôt convaincant) et ne laisse que peu de place aux développements instrumentaux, hormis quelques sobres envolées du violon ou de la guitare sur fond de Mellotron (la seconde moitié du titre d'ouverture). Les thèmes mélodiques sont soignés, les arrangements riches et raffinés, le piano omniprésent. Les ambiances sombres évoquent indubitablement Van Der Graaf Generator mais d'une manière plus générale la coloration de l'album fait penser au rock symphonique anglais du début des années 70 : les sonorités analogiques des claviers, la rugosité de la guitare, une certaine spontanéité (même si ici elle est très contenue) voire quelques séquences improvisées...
Tout cela est sincère et s'écoute avec plaisir (le talent mélodique est évident) mais on ne saute pas au plafond, la faute à une trop grande linéarité, une certaine monotonie qui finit par lasser sur la longueur.
La suite qui clôt Astray est plus typiquement progressive et inspirée. Faut-il en conclure que les capacités créatrices de Matthew Parmenter s'expriment pleinement ? Certes, «Modern Times» n'est pas aussi jubilatoire que «Canto IV (Limbo)» par exemple (morceau figurant sur Unfolded Like Staircase de Discipline, œuvre majeure du patrimoine progressif américain des années 90), notamment parce que la guitare n'y est pas aussi superbe, mais les thèmes se suivent avec bonheur et les parties instrumentales sont assez conséquentes, apportant d'appréciables contrastes. On a droit ici à quelques accélérations mais il est vrai que cette pièce peut paraître un peu collée au sol, la production, sourde, accentuant par ailleurs la sensation de pesanteur ressentie par moments.
A l'arrivée, Astray peut être qualifié d'album sympathique, parfois très bon, parfois fade, bâti autour de belles mélodies mais à l'ambition progressive limitée. Ceux qui espéraient revivre l'expérience Discipline ne seront que partiellement satisfaits et sans doute un peu déçus. Par contre, on peut conseiller aux fans de Peter Hammill voire à ceux du Marillion époque Hogarth de (mieux) faire connaissance avec Matthew Parmenter.
Yann CARREAU
(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)

