BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Babysteps pochette

PISTES :

1. Café 1 (2:10)
2. I Don't Need You (5:20)
3. No Tree To Sit Under (3:36)
4. Listen To Me (7:01)
5. Café 2 (1:26)
6. Not Just A Piece Of Paper (7:19)
7. Whenever You Dream (5:39)
8. Café 3 (3:33)
9. A Place In Time (9:13)
10. What Do You Know ? (5:40)
11. Café 4 (3:09)
12. The Door (4:44)
13. I See (7:00)
14. The Last Song (6:24)
15. Café 5 (3:19)

FORMATION :

Henning Pauly

(guitare, claviers, basse, batterie virtuelle, chœurs)

Michael Sadler

(chant)

James Labrie

(chant)

Matt Cash

(chant)

Jody Ashworth

(chant)

Ian Crichton

(guitare)

Jim Gilmour

(claviers)

Marcus Geminder

(piano)

HENNING PAULY

"Babysteps"

États-Unis - 2006

Progrock Records - 75:37

 

 

À force de persévérance et d'un indéniable talent, le multi-instrumentiste Henning Pauly s'est définitivement imposé comme une des valeurs sûres du hard-prog, entendu au sens le plus large.

Véritable bête de travail, il a su nous séduire avec son groupe Chain (voir Big Bang n°56), avec Unweaving the Rainbow, le très beau premier volet de son projet Frameshift chanté par James Labrie (n°53), et même avec son album solo, aussi varié que séduisant (n°60). Le bébé (sic) dont il est ici question devait initialement être un double, mais cet unique CD largement rempli vaut bien en durée un double album des années 70 ! Assurant seul les guitares, claviers et batterie, ainsi qu'une production toujours aussi léchée, Henning Pauly a en outre sollicité plusieurs pointures, issues de Saga (Michael Sadler, mais aussi Ian Crichton et Jim Gilmour), ainsi que du milieu hard-prog, avec James Labrie, Matt Cash (chanteur de Chain) et Jody Ashworth, vocaliste du Trans Siberian Orchestra, un projet parallèle au groupe Savatage.

Cet opéra rock baigné par des arrangements orchestraux synthétiques décline un concept très ancré dans le réel, à l'instar du Human Equation d'Ayreon : un athlète (Jody Ashworth) se retrouve en convalescence dans un hôpital afin de retrouver l'usage de ses jambes, mais il finit par rompre brutalement avec son médecin (James Labrie); sur les conseils d'un autre patient devenu son ami (Matt Cash), il se fie aux conseils d'un second docteur (Michael Sadler) et va peu à peu retrouver le chemin de la guérison. Les quinze morceaux relatent donc cette histoire, avec parmi eux cinq instrumentaux délicatement ciselés déclinant le même thème, tous baptisés «Café» étant donné qu'ils font référence à la cafétéria de l'hôpital, lieu d'une tranquillité retrouvée. «Café 1» et «Café 3» sont parmi les plus beaux d'entre eux, avec leur délicat piano et une guitare plaintive à souhait, «Café 2» et «Café 5» s'inscrivent dans la même veine, basse en avant pour le premier, quelques arrangements électroniques en prime pour le second. «Café 4», au contraire, avec sa guitare électrique et ses arrangements orchestraux, est plus violent en restant très mélodique.

Pour ce qui est des chansons, la plupart affichent des durées conséquentes, qui permettent des structures riches et diversifiées. «I Don't Need You» met ainsi en valeur la voix de Jody Ashworth, très grave et parfois saccadée, la puissance de la guitare étant contrebalancée par le symphonisme du piano, pour un résultat à l'emphase parfaitement contrôlée. Avec «No Tree to Sit Under» pour Matt Cash et «Listen to Me» pour Labrie, pourvu d'un très beau passage de piano solo, on évolue dans le registre du hard-prog le plus inspiré, avec des soli de guitare très lyriques. Encore meilleur, «What Do You Know !?» est une confrontation forte et intense entre Labrie et Ashworth, qui démarre sur les chapeaux de roue pour devenir ensuite plus apaisée et s'envoler peu à peu. Rares sont en fait les titres plus faibles : «I See», avec un James Labrie qui force dans l'agressivité sur sa première partie, est ainsi racheté par une jolie séquence centrale à base de chant plus posé et, dans une moindre mesure, par la dernière partie acoustique, au final plus lyrique. De rares ballades sont également présentes, et pour être légèrement moins convaincantes, elles constituent d'agréables moments d'accalmie (les acoustiques «The Door» et «The Last Song», ou surtout la première partie de «Whenever You Dream», la seconde renouant avec le hard-prog dominant sur le disque).

Mais les compositions les plus longues sont souvent les plus intéressantes. «Not Just a Piece of Paper» débute et se termine ainsi par une ambiance très cool, avec une guitare évocatrice d'un Clapton ou d'un Rea : entre-temps, on aura eu droit à une chanson très théâtrale et à quelques breaks instrumentaux, dont un bon solo de clavier signé Jim Gilmour. Le climax du disque est sans doute «A Place in Time» et ses neuf minutes : chanté par Michael Sadler, avec un refrain très évocateur de son travail dans Saga, il abrite également un bel échange en canon entre tous les personnages, un long et sensible solo de guitare signé Ian Crichton, sans oublier un piano très présent, comme sur une bonne partie du disque d'ailleurs, ce qui autorise le rapprochement avec le style de Savatage. Album constant et inspiré, Babysteps est assurément une des œuvres les plus abouties et les plus convaincantes de Henning Pauly, avec Unweaving the Rainbow. Vivement la suite !

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)