
PISTES :
1. La Fontaine (2:50)
2. Arlequins (2:28)
3. Pierrots (1:17)
4. Etats de Joie (5:23)
5. Dance Vivace pour Six Cordes (3:02)
6. Au Bois Variations (4:39)
7. La Manège aux Songes (2:20)
8. Les Trois Dames de Mantoue I (Prélude) (1:43)
9. Les Trois Dames de Mantoue II (L'Enjôleuse) (1:57)
10. Les Trois Dames de Mantoue III (La Rêveuse) (4:35)
11. Les Trois Dames de Mantoue IV (La Fougeuse) (1:14)
12. Gaillarde Napolitaine (2:59)
13. Larme Bleu (4:04)
14. Complainte Ancienne (1:37)
FORMATION :
Jean-Luc Payssan
(guitare classique, théorbe, guitare acoustique, luth, mandoline, cistre, chant, percussions)
Sonia Nedelec
(chant)
Thierry Payssan
(orgue, claviers, chant)
Bernard Milon
(violon)
JEAN-LUC PAYSSAN
"Pierrots et Arlequins"
France - 2006
Muséa - 40:08
On était habitué à plus de léthargie de la part des jumeaux Thierry (claviers) et Jean-Luc (guitares) Payssan, et des musiciens de Minimum Vital en général. Ceux-ci avaient en effet la fâcheuse manie d'espacer chacune des productions de leurs différents projets par des délais bien trop raisonnables. Mais depuis la sortie d'Atlas il y a deux ans, la troupe semble avoir trouvé un nouveau souffle et ose mener plusieurs projets de front. Outre la participation à «Odyssey» sur laquelle on ne va pas revenir, Vital Duo a proposé sa vision personnelle du fameux «La Dawotsin» pour la non moins fameuse compilation hommage à Christian Vander «Hamtaï» (à paraître ces prochaines semaines), Jean-Luc présente son premier album solo, et le groupe au grand complet s'apprête à investir les studios pour enregistrer un nouvel opus. Ce n'est certes pas le bouillonnement de la nébuleuse Flower Kings, mais cette activité riche nous rassure quant à la motivation des Bèglais !
Attardons-nous donc sur l'album du guitariste. Pierrots et Arlequins n'a pas forcément l'ambition de bouleverser quoi que ce soit, le compositeur se conforme à la tradition très personnelle qu'il s'est forgé avec ces comparses depuis déjà une bonne vingtaine d'années (eh oui !), pour en proposer une version acoustique, plus légère et éthérée, moins baroque.
On peut diviser les quatorze courts (de une à cinq minutes et demi) morceaux en deux catégories. Suivant une tradition classique déjà présente par petites touches sur les albums du groupe, la moitié des titres sont des pièces pour guitares acoustiques seules (dans son acception large : classique, folk et même mandoline, théorbe, cistre, luth etc.). Marquée autant par la beauté pastorale des thèmes que par la virtuosité de son interprète, elles rappellent forcément (on a les références que l'on a, désolé) les travaux similaires de Steve Hackett.
Les autres morceaux sont exécutés en comité restreint. Entouré par le violoniste Bernard Milon, par son frère au moog ou à l'orgue et par la chanteuse de Minimum Vital Sonia Nedelec, Jean-Luc Payssan offre une vision sobre et sereine de la musique vitale de ces dernières années. On retrouve cet esprit joyeux emprunt d'une légère mélancolie; ces chants harmonisés, parfois légèrement mièvres, en «vitalien» (cette étrange langue imaginaire empruntant quelques mots au français et ponctuée de «lalalalala»), et ces références aux musiques médiévales et de la renaissance. Comme le titre peut le laisser imaginer, le mélange de chaleur et de mélancolie qui entoure les compositions (sans parler des quelques parties de mandoline) donne à cet album un accent latin qui peut évoquer la Comedia Del Arte.
Vous l'aurez compris, le rock est ici totalement absent... C'est a la fois la force et la fragilité de cet album : en excluant toutes les composantes que l'on peut considérer comme discutables de Minimum Vital (le côté froid de la section rythmique, les sonorités de claviers parfois pompières) on gagne en cohérence, en homogénéité, mais inversement on y perd un peu de fougue et d'accessibilité.
En se concentrant sur l'essentiel, c'est-à-dire la qualité mélodique, la chaleur des instruments et de l'interprétation, Jean-Luc Payssan s'offre une parenthèse bien sympathique et agréable. Il est vrai que la portée de cette œuvre n'est pas majeure, mais ses nombreux très beaux moments tels «Au Bois Variations» et «Le Manège aux Songes» sont vraiment délectables. Il y a donc de quoi faire patienter tout bon amateur de Minimum Vital jusqu'à leur sortie des studios. Et comme c'est parti, c'est certainement pour très bientôt...
Olivier VIBERT
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

