BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Rondo Argentin (6:32)
2. Métamorphose (6:20)
3. Sans Réponse (5:30)
4. Bruine (6:31)
5. Le Dernier Mot (8:00)
6. Hannibal à Capoue (9:30)
7. Campanile (5:28)

FORMATION :

Frédéric L'Epée

(guitares, piano)

Bernard Ros

(Warr guitare)

Volodia Brice

(batterie)

PHILHARMONIE

"Le Dernier Mot"

France - 1999

Cuneiform Records - 47:44

 

 

Il va falloir se faire une raison : Philharmonie, c'est bel et bien terminé... Après dix ans de bons et loyaux services, le groupe a pris en octobre 1997 la décision de se séparer, non sans décider de se réunir une dernière fois afin de laisser en guise d'épitaphe ce cinquième et dernier album. Il va sans dire que cette séparation est pour nous difficile à accepter, et au-delà des arguments avancés par les musiciens pour l'expliquer, qu'il convient de respecter, un tel renoncement laisse un goût amer alors que la scène progressive française semble, par ailleurs, reprendre du poil de la bête.

Philharmonie est peut-être tout simplement arrivé trop tôt, et ses années d'efforts n'ont été récompensées que trop tardivement, et de toute façon trop pauvrement eu égard à l'énergie investie. Les problèmes rencontrés par Philharmonie pour se produire hors de son berceau originel, la région niçoise, à l'exception de quelques concerts à l'étranger, et sa signature sur le label américain Cuneiform, à la distribution longtemps aléatoire, n'ont fait qu'ajouter à ces obstacles...

Reste la musique. Si les albums précédents manifestaient la volonté d'avancer chaque fois vers une nouvelle direction, Le Dernier Mot se veut logiquement une synthèse de l'œuvre décennale du groupe. En dépit du départ du troisième guitariste (Laurent Chalef) - et remarquons aussi le remplacement avantageux du batteur Jean-Louis Boutin par le très talentueux Volodia Brice -, le trio n'a rien perdu de sa force et de sa cohésion. Au contraire, même : les musiciens semblent plus soudés que jamais, et nous enchantent encore et toujours avec leurs savoureuses arabesques guitaristiques (en l'occurrence guitare accordée en quintes et guitare Warr) subtilement crimsoniennes.

On retrouve alors les ingrédients qui ont fait le succès (au moins sur le plan artistique) de jadis. «Rondo Argentin» (6:22) ou «Sans Réponse» (5:30) évoquent par exemple la douce quiétude, teintée de mélancolie, de Nord (1994) ou Les Eléphants Carillonneurs (1993). D'autres titres, plus nombreux, puisent dans la fureur introvertie de Rage (1996), mais ici celle-ci paraît contrainte, presque mêlée à la résignation.

Enfin, en conclusion naturelle de ce testament, Frédéric L'Epée et Bernard Ros nous proposent «Campanile», duo de guitares composé en 1987 peu après la naissance de la formation. Ce titre permet d'une part de retrouver la douceur d'une nuit d'été de Beau Soleil (premier album autoproduit du groupe), et d'autre part de 'boucler la boucle', et conclure ainsi l'œuvre de Philharmonie de bien belle manière.

On s'arrêtera aussi sur deux autres titres, dont la nature est inédite dans la discographie du groupe. L'Epée et Ros ont apporté chacun une composition - respectivement «Sans Réponse», dont l'idée a germé lors d'un appel téléphonique infructueux, et «Bruine» (6:31) - qu'ils interprètent en solo, en se servant d'un répétiteur numérique (effet qui permet de répéter ad libitum des phrases musicales sur plusieurs dizaines de secondes) : les boucles s'accumulent et s'entremêlent pas à pas, pour générer un magma pénétrant et subliminal qui provoque chez l'auditeur (pourvu qu'il veuille bien se laisser transporter) une sensation de doux vertige hypnotique.

Ces deux morceaux, qui s'intègrent parfaitement à l'ensemble, et ne sont pas loin d'être les sommets du disque, sont de plus à considérer comme une note d'espoir. Ce sentiment peut paraître paradoxal, mais il a été conforté par une série de concerts que l'Epée a donnés en solo, et dont j'ai assisté à la première représentation il y a deux ans. Ces morceaux montrent que l'esprit de Philharmonie peut très bien être perpétué par chacun des musiciens au-delà de leur séparation. L'Epée, qui prépare un album tiré des prestations évoquées plus haut, devrait confirmer ou infirmer très rapidement cette opinion...

Olivier VIBERT

(chronique parue dans Big Bang n°31 - Juillet 1999)