BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. Prologue (3:16)
2. The King & His Land pt. I (6:41)
3. The Gate Of Lost Souls (4:43)
4. Pride - The Path Of Thorns (5:28)
5. Envy pt. I - In Shadow (11:06)
6. Envy pt. II - Broken Glass (7:23)
7. Wrath pt. I - A Wandering In The Dark (3:41)
8. Wrath pt. II - The Beast Within (10:06)
9. Gluttony - Corrosion Of Flesh (7:21)

CD 2 :
1. Sloth pt. I - Retrospective Visions (4:24)
2. Sloth pt. II - Red Sunset & A Drowning Fly (9:14)
3. Greed pt. I - The Golden Path (7:46)
4. Greed pt. II - Warning Not Heard (11:12)
5. Lust pt. I - The Temptress Of Unchastity (7:03)
6. Lust pt. II - A Sleeper´s Awakening (9:50)
7. The King & His Land pt. II - Pensiveness (2:55)

FORMATION :

Tomas di Sansimone

(batterie)

Idar Eidsaune

(basse)

Paal Selsjord Björseth

(piano, orgue, harpsichord)

Per Christian Jörstad

(violoncelle)

Synne Teiseth Norbeck

(flûte)

Staale Storlökken

(synthétiseur)

Sigrid Inderberg

(flûte)

Hanna Haugan

(violoncelle)

Mattis Sörum

(guitares, sitar électrique, orgue, claviers)

Petter Selliseth
Ingrid Strid
Lise Granden Berg
Gry Tronslien
Eva Marianne Olsson
Stian Leknes
Mattis Sörum
Martin Adams Kvam
Nina Utbjör Guldal

(chœurs)

PICTORIAL WAND

"A Sleeper's Awakening"

Norvège - 2006

Unicorn Records - 59:45 / 52:24

 

 

La nouvelle production de chez Unicorn est en fait le projet d'un seul homme, le multi instrumentiste Mattis Sörum, qui fait avec ce double album concept, élaboré trois années durant, une entrée en fanfare dans notre univers. Prenant en charge, outre la totalité de la composition, les guitares et les claviers, il est assisté de Tomas di Sansimone à la batterie, Idar Eidsaune à la basse et de quelques invités pour la flûte, le violoncelle ou l'harpsichord, sans oublier cinq chanteurs et chanteuses. L'entreprise est ambitieuse, surtout pour une première réalisation. Mattis Sörum a donc d'autant plus de mérite, dans la mesure où l'on peut sans hésitation parler de grande réussite. Ce véritable opéra rock, avec bruitages et narration, s'articule autour d'une réflexion sur les sept péchés capitaux, basée surtout sur de longues compositions (entre sept et onze minutes), avec quelques morceaux plus courts en introduction et conclusion du second disque, et plus dispersés sur le premier.

Initialement, la musique proposée, plutôt folk, évoque un groupe comme Blackmore's Night, voire Mostly Autumn pour les moments plus rock (le doux «Prologue», avec flûte et guitare acoustique, «Sloth Part I - Retrospective Visions», «The King And His Land Part I», au symphonisme plus dynamique, ou «The Gate Of Lost Souls» et ses très belles vocalises féminines). L'atmosphère médiévale est encore sensible sur l'instrumental «Wrath Part I - Wandering In The Dark», dominé par le violoncelle et la flûte, ou avec le dernier morceau de l'ensemble, «The King And His Land Part II - Pensiveness», basé sur l'harpsichord. Mais assez rapidement, le parallèle principal s'impose : Ayreon, en particulier The Human Equation, du fait de fréquents arrangements orchestraux (réalisés pour l'essentiel de manière synthétique par Mattis Sörum). Nombre de morceaux sont en effet basés sur des rythmes de guitare électrique bien appuyés (sur «Pride - The Path Of Thorns», par exemple), avec une voix masculine pour les couplets et une voix féminine en contrepoint, et certaines mélodies pleines d'emphase se rapprochent également de celles typiques du géant batave. C'est particulièrement vrai pour le beau «Wrath Part II - The Beast Within», au piano très mélancolique, «Gluttony - Corrosion Of Flesh», «Greed Part II - Warning Not Heard» et ses thèmes entêtants, «Sloth Part II - Red Sunset And A Drowning Fly», magnifié par le piano, le xylophone et le violon, sans oublier le solennel «Lust Part II - A Sleeper's Awakening». «Lust Part I - The Temptress Of Unchastity», quant à lui, se rapprocherait presque de Deep Purple, si ce n'était ses voix féminines très pures.

Cependant, le projet de Mattis Sörum s'avère globalement plus progressif que hard, les arrangements de cordes et de flûte étant légions, et fait ainsi preuve d'une assez grande diversité. «Envy Part I - In Shadow» témoigne bien de ce symphonisme large, avec en outre de très belles interventions de guitare gilmourienne et un clavier fort planant, influence floydienne (modernisée à la sauce Lucassen) que l'on retrouve également sur les débuts de «Envy Part II - Broken Glass» et de «Greed Part I - The Golden Path». Quant aux soli de guitare et de claviers, justement, sans être envahissants ni très longs, ils apparaissent régulièrement au fil de l'écoute avec un rendu généralement très mélodique (à l'instar de «Pride - The Path Of Thorns»). Bien sûr, tout n'est pas parfait dans ce double album : l'incorporation des arrangements orchestraux sonne parfois faux, tout comme de rares lignes vocales, et certains sons de claviers apparaissent trop pompiers. Il n'en reste pas moins que la grande richesse de A Sleeper's Awakening en fait un double album luxuriant et très maîtrisé, susceptible de plaire à un public sans doute même plus large que celui d'Ayreon. Nous serons donc très attentifs à la suite que donnera Mattis Sörum quand à sa carrière musicale initiée ici sous les meilleurs auspices.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)