
PISTES :
1. Lay On The Tracks (4:44)
2. Perpetual Night Shift (5:27)
3. Kid Chameleon (6:56)
4. Incubate (3:28)
5. Doppler (7:33)
6. Ster (4:05)
7. Release The Tether (5:09)
8. How Did We Find Our Way ? (3:54)
9. 137 (5:09)
10. Reserve (5:44)
11. Warm Me (3:36)
12. Pvs (11:29)
13. Md One (3:48)
FORMATION :
Bruce Soord
(guitares, chant, claviers, samples, programmations)
Adrian Soord
(mellotron, fender rhodes, piano, synthétiseurs)
Nick Lang
(batteries, percussions, chœurs)
Mark Harris
(basse)
PINEAPPLE THIEF
"137"
Royaume-Uni - 2002
Cyclops - 71:21
Le progressif d'aujourd'hui fait rarement étalage de qualités «progressistes», en ce sens qu'à la fin des années 60, si certains groupes tentaient d'élargir leur champ musical, autrement dit de progresser, il est plus difficile depuis les années 80 de dénicher les formations innovantes. Au mieux, on fait du neuf avec du vieux, et on le fait superbement (d'où le renouveau de ce style musical de par le monde). Écouter un album qui soit à la fois original, abouti, avec une pointe de jamais entendu et beaucoup de personnalité tient même de la prouesse.
Pourtant, parfois, on découvre au hasard des sorties des groupes singuliers et talentueux. L'exemple le plus frappant fut l'an dernier le Kid A de Radiohead, ou encore Godspeed You Black Emperor ! et dans une moindre mesure l'œuvre de Porcupine Tree et d'Echolyn, voire de Björk. Certes, ces instigateurs s'émancipent parfois du progressif, piochant ailleurs leur inspiration, mais leur approche de la musique possède un caractère progressif : richesse technique et sonore, symphonisme, rythmes contrastés, inspiration classique...
Si Pineapple Thief s'apparente plus directement au progressif que nous connaissons, ce deuxième album crée tout de même la surprise puisque nous pourrions le placer à la lisière entre un progressif connu (Pink Floyd, Vulgar Unicorn) et un progressif en devenir (Radiohead, Porcupine Tree). Ces 'british' ont le don pour construire des morceaux au symphonisme planant et mélodique, un peu électronique, un peu branché (les claviers analogiques reviennent à la mode dans la pop-music !). Les guitares acoustiques, issues de l'imagerie musicale floydienne, évoquent aussi le travail propre à Vulgar Unicorn (pour rappel, nos garçons bien dans le vent font partie des 2 groupes !) suscitant une vaporeuse mélancolie tout au long de l'album. Le chant joue aussi dans ce registre, en demi-teinte, entre désenchanté et enchanteur. A côté de cela, Pineapple Thief trouve des mélodies de toute beauté pour égayer son propos, embellissant chaque composition d'émotions tenaces que ce soit par des envolées symphoniques ou de simples ritournelles de claviers et de guitares acoustiques. Le rock progressif se montre ici hors des normes 'seventies', néo-progressives, symphoniques, ou prog-métal, faisant son chemin de façon personnelle. Il sait mettre en avant une identité. Ainsi, on écoute l'album de bout en bout, en se laissant tantôt bercer, tantôt émouvoir, tantôt surprendre par des notes cachées qui se révèlent peu à peu. Nul doute que la richesse mélodique recréera ce bonheur musical au fil des années.
Certains pourront encore reprocher une filiation trop marquée avec les Floyd, comme on pourrait le faire pour Radiohead et Soft Machine sur Kid A. Mais qu'importe, la digestion des influences musicales est aboutie ici aussi, le résultat est mûr, concentré de talents et d'idées. D'autres pourraient aussi critiquer l'album sur sa mise en forme, la production manquant de relief et de caractère; c'est vrai. Pineapple Thief n'a pas eu les moyens de se payer l'ingénieur du son des groupes cités précédemment, et cela l'empêchera peut-être de prétendre à leurs succès planétaires. Mais bon, ce défaut est relatif. En la matière, le progressif a fait des progrès, et le son du CD s'avère au dessus de la moyenne, c'est dire qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
Plus typiquement progressif que les derniers Porcupine Tree ou Radiohead, plus actuel que Pink Floyd, Pineapple Thief s'avère également moins 'intégriste' que bon nombre de productions étiquetées progressives : occasion rêvée de laisser tomber les étiquettes !
Octave GARDENNE
(chronique parue dans Big Bang n°43 - Mars 2002)

