BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Pineapple Thief - 12 Stories Down

PISTES :

CD 1 :
1. Prey For Me (6:54)
2. It's You And Me (4:54)
3. The World I Always Dreamed Of (6:31)
4. Oblivion (3:40)
5. From Where You're Standing (4:02)
6. Slip Away (8:07)
7. Watch The World (Turn Grey) (3:40)
8. Clapham (4:30)
9. Catch The Jumping Fool (6:28)
10. Start Your Descent (3:49)
11. Take Our Hands (8:34)
12. The Answers (5:51)

CD 2 "8 Years Later" (bonus) :
1. Sunday 8th August, 19:14 (6:22)
2. Monday 9th August, 18:23 (5:25)
3. Tuesday 10th August, 20:26 (9:08)
4. Wednesday 11th August, 20:45 (8:32)
5. Thursday 12th August, 17:45 (6:59)
6. Friday 13th August, 17:15 (5:13)
7. Saturday 14th August, 12:45 (8:23)
8. Sunday 15th August, 10:54 (8:29)
9. Who Will Be There (4:35)
10. Wretched Soul (5:05)
11. I Will Light Up Your Eyes (3:41)

FORMATION :

Bruce Soord

(chant, guitares, claviers)

Wayne Higgins

(guitares, chœurs)

Jon Sykes

(basse, chœurs)

Keith Harrison

(batterie, chœurs)

INVITÉS

Richard Hunt
(violons)

Libby Bramley
(chœurs)

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Persona Non Grata - The Fine Art Of Living

PISTES :

CD 1 :
1. A Thousand Julys (5:49)
2. It's Not How You Play The Game, It's Whether You Win Or Lose (4:27)
3. The Only Person I Hate More Than You, Is Me (4:19)
4. Lament For Mayer (5:10)
5. Parfait Amour (7:30)
6. Russian Satellites (2:55)
7. Gliders V1.1 (incl. Water Machine) (8:38)
8. Beachlife (4:59)
9. I wish That I Knew What I Know Now, When I Was Younger (4:42)

CD 2 (Vulgar Unicorn Demos) :
The History Of The World
1. Marco Polo's Lost His Way (4:21)
2. The Battle Of Kadesh (10:40)
3. Stile Over The World (10:18)
Under The Umbrella
4. The House At Fudge Corner (12:37)
5. By Post-Chaise To The Primrose League (12:47)
6. Waiting Under The Umbrella (18:20)
7. Kill Your Darlings (banished mix) (5:55)

FORMATION :

Neil Randall

(claviers, basse, chant)

Bruce Soord

(guitares, chant)

THE PINEAPPLE THIEF

"12 Stories Down"

Royaume-Uni - 2004 - Cyclops - 67:05/71:57

PERSONA NON GRATA

"The Fine Art Of Living"

Royaume-Uni - 2004 - Cyclops - 48:29/74:58

 

 

Actualité débordante pour Bruce Soord en cette fin d'année 2004. Le leader de The Pineapple Thief et co-leader de Vulgar Unicorn (ou plutôt Persona Non Grata) nous offre plus de quatre heures de musique à travers les nouveaux albums de ses deux formations, présentés chacun en version double CD. Ingurgiter autant de musique en si peu de temps (le Persona Non Grata est sorti fin septembre, le The Pineapple Thief fin novembre dans sa première édition limitée) a de quoi faire tourner la tête de plus d'un rédacteur de fanzine, et c'est pourquoi une idée saugrenue nous est venue. Au lieu de deux chroniques séparées, nous vous proposons une chronique double, dans laquelle vont s'entremêler les points de vue sur ces deux œuvres bien distinctes. Suivez-bien pour ne pas vous perdre dans tous ces pas de deux, c'est parti.

Bruce Soord est un musicien et un compositeur talentueux. On le sait depuis près de dix ans, avec ses débuts au sein de Vulgar Unicorn aux côtés de son complice de toujours Neil Randall. Plus récemment, le bonhomme a décidé de voler encore un peu plus de ses propres ailes, en créant The Pineapple Thief qui, à l'instar d'un autre groupe que j'essayerai de ne pas trop citer tout au long de cette chronique, a démarré avec un homme seul avant de devenir un véritable groupe de rock. Si Vulgar Unicorn n'est plus (voir interview) et a laissé la place à Persona Non Grata pour un quatrième album, c'est aussi le quatrième opus qui sort sous l'appellation (The) Pineapple Thief (notez l'apparition du «the»).

Si les deux formations s'inscrivent dans le courant progressif, elles n'en ont pourtant pas les clichés habituels, ou si peu. Certes Vulgar Unicorn a usé des longues suites et Pineapple Thief y a goûté aussi, mais globalement, il n'y a pas grand chose de commun entre les deux groupes et Genesis ou Yes pour les anciens, Spock's Beard ou The Flower Kings pour les modernes. Depuis toujours, VU et TPT flirtent avec une certaine pop sophistiquée, sans en avoir non plus les clichés. Naviguant adroitement entre tous ces courants, ils nous proposent une musique des plus originales, même si on est toujours tenté de la rapprocher d'autres formations (en particulier celle dont je m'obstine à taire le nom et qui pourrait tout à fait rentrer dans les critères sus-cités).

La différence majeure qui apparaît assez vite entre The Fine Art Of Living et 12 Stories Down est liée à la ligne directrice liant les compositions : si pour le second on note une certaine rigidité, le premier paraît beaucoup plus libre de ses mouvements. Là où 12 Stories Down offre douze titres (de 3:40 à 8:44) construits sensiblement sur le même moule, à savoir une pop tantôt nerveuse, tantôt plus douce, qui s'échappe toutefois régulièrement du modèle classique couplet-refrain mais qui demeure des «chansons» avant tout, The Fine Art Of Living passe allègrement d'un rock furieux à une pièce romantique au piano. Tout comme ses prédécesseurs immédiats (Sleep With Fishes et Jet Set Radio), l'album du duo Soord-Randall part dans de multiples directions sans barrières ni limitations d'aucune sorte. C'est ce qui fait bien sur tout son charme (on est surpris à chaque nouvelle composition, au nombre de 9 de 2:55 à 8:38), si on est sensible à ce style de patchwork musical. Evidemment, on pourra regretter qu'aucun intervenant supplémentaire ne vienne enrichir la palette du duo (la batterie notamment est programmée et sans être vraiment rédhibitoire, cela s'entend quand même souvent). Mais si vous recherchez quelque chose de différent dans le progressif, nul doute que ce Persona Non Grata devrait vous séduire.

D'un autre côté, l'univers pop de Pineapple Thief n'est pas mal non plus. Par rapport aux autres albums du groupe, un virage sensible se dessine. Si on pouvait déjà ressentir l'influence de la bande à Thom Yorke (notamment par la voix de Bruce Soord, et cette fois encore le mimétisme plaide en faveur de ce dernier !), d'autres comme Travis (l'utilisation intensive de la guitare acoustique) ou Coldplay font leur apparition. Mais loin de se limiter à une suite de chansons, 12 Stories Down hausse régulièrement le niveau en s'épanchant durablement dans des détours instrumentaux inattendus et bougrement réussis («The World I Always Dreamed Of» ou «Slip Away» par exemple). Le groupe (au line-up totalement renouvelé par rapport à Variations On A Dream, excepté son leader bien sur) est aussi efficace sur des titres puissants (l'introductif «Prey For Me») que lors d'accalmies bienvenues (le superbe «The Answers» qui conclut l'album). Autant dire que si vous avez aimé Pineapple Thief jusqu'ici, même s'il faut un petit temps d'adaptation, vous ne serez pas déçus par ce nouvel opus. Quant à savoir si son accroche à priori plus large lui ouvrira les portes d'un public plus nombreux, on ne peut que le souhaiter même si rien n'est moins sûr.

Comme si ces deux albums déjà copieux ne suffisaient pas, une seconde galette est associée à chacun. Dans le cas de Persona Non Grata, l'objet est plus à prendre comme un document d'archive qu'autre chose. On y retrouve en effet une version démo de la suite «Under The Umbrella» (44 minutes) du premier album du même nom, avec quelques différences notables; une autre suite, «The History Of The World» (25 minutes), encore plus ancienne et qui rappelle que la new-wave a laissé des traces, même si nos deux compères font déjà montre d'un goût prononcé pour les arrangements sophistiqués (violon, trompette, etc.), et un dernier morceau instrumental (5:55) très réussi. La qualité sonore n'est pas exceptionnelle mais demeure globalement correcte.

Par contre, pour The Pineapple Thief, le second CD est à ne manquer sous aucun prétexte. Comme il l'avait fait pour Variations On A Dream avec 8 Days, Bruce Soord s'est renfermé dans un studio, tout seul (ou presque), pendant huit jours complets, afin d'y concocter une sorte de «suite» justement intitulé 8 Days Later (huit morceaux donc pour près d'une heure de musique). Pour tout dire, cet autre «album» devrait plaire encore plus aux amateurs de progressif «classique». Très largement instrumentales (la plupart le sont intégralement), les compositions sont presque toutes construites sur un modèle identique, mais ô combien efficace : un thème est dévoilé, puis progressivement développé, enrichi, et sa répétition l'emporte dans un crescendo dévastateur. Il faut avouer que le concept de création de cet opus laisse rêveur quant aux capacités de certains artistes ! Et même si certains morceaux sont plus faibles (l'ironique «5 Minutes Song»), on ne peut que rester pantois d'admiration devant le résultat global. A cela s'ajoute trois titres bonus de 12 Stories Down (pour 13 minutes), tout aussi réussis, et qui risquent fort d'apparaître finalement sur l'édition officielle de l'album (à paraître en janvier 2005).

Pour Bruce Soord (et dans une moindre mesure Neil Randall), la quantité n'écrase donc pas la qualité, loin s'en faut. Ce musicien aux talents multiples (il chante de mieux en mieux, et tâte d'un peu tous les instruments même si la guitare demeure son outil de prédilection) n'a certainement pas fini de nous surprendre et de nous faire encore rêver. Avec ses deux doubles CD (à considérer surtout comme trois albums), il nous dévoile plus que jamais l'étendue de ses capacités, et elles sont grandes. Aux frontières du progressif, voici de belles découvertes à faire, de celles qui vous nourriront l'esprit pour longtemps.

Christian AUPETIT

Entretien avec Bruce SOORD :

Bruce SoordPourquoi avoir changé le nom du groupe pour la sortie de The Fine Art Of Living ? Doit-on en conclure que Vulgar Unicorn a cessé d'exister ?

Pour répondre à la première question, le mieux serait de demander à Neil (Randall), car c'est lui qui était le plus décidé à tuer l'étiquette Vulgar Unicorn ! Le problème avec l'appellation VU est que ce nom représente une musique que nous ne faisons plus aujourd'hui. Si les gens achètent nos disques en pensant trouver de longues suites dans la lignée de notre premier album Under The Umbrella, alors ils risquent d'être très déçus. Je pense sincèrement que nous sommes au bout du chemin pour Vulgar Unicorn. Persona Non Grata est un nouveau nom qui reflète notre musique actuelle. Et puis, d'un autre côté, Vulgar Unicorn est un nom assez affreux, qu'on a trouvé lorsqu'on avait 14 ans !

Aucun invité n'est crédité sur l'album. N'avez-vous réellement travaillé qu'à deux ? Est-ce une volonté de votre part de ne plus avoir d'intervenant extérieur ?

La raison principale au fait que nous n'avons pas convié d'invités est que nous souhaitions avoir un contrôle absolu sur tout (en plus d'être fauchés). Si nous avions le luxe d'avoir beaucoup d'argent et de temps de studio, alors bien sur qu'on emploierait des musiciens de session. La prochaine fois, j'aimerai louer les services de l'orchestre philharmonique de Londres. Pour l'album Sleep With Fishes, on avait invité des copains de lycée, mais ils ont eu pas mal de problèmes lorsqu'ils se sont retrouvés dans un environnement de studio pour enregistrer. Alors avec les merveilles de la technologie moderne, on peut se débrouiller avec des machines et des batteurs virtuels !

Comment fais-tu la différence entre ton travail, plutôt solitaire au niveau composition, avec The Pineapple Thief et celui avec Neil pour Vulgar Unicorn-Persona Non Grata ?

Il faut que je fasse très attention pour bien les distinguer. Avec PNG, c'est toujours Neil qui démarre l'écriture des morceaux, et ensuite je rapplique avec ma guitare, le chant et la production. De cette façon, cela ne sonne jamais réellement comme The Pineapple Thief, à l'exception de ma voix bien sur. Neil a une façon d'écrire bien particulière, tant pour la musique que pour les paroles, mais comme nous travaillons ensemble depuis l'époque où on portait encore des couches-culottes, le fait est que nous travaillons à l'unisson. On s'amuse bien à écrire ensemble, et ça fait toute la différence. Neil n'a jamais peur de me dire que la partie de guitare sur laquelle je m'escrime depuis dix heures est à jeter à la poubelle... (ce qui est plutôt une bonne chose).

Selon moi, Pineapple Thief évolue dans une direction bien précise, alors que Persona Non Grata donne l'impression d'explorer plusieurs voies très différentes. Quel est ton avis sur chaque groupe ?

Oui, c'est vrai. 12 Stories Down est une collection de douze chansons tandis que The Fine Art Of Living prend un peu plus de risques du point de vue structure et composition. Mais avec chacun de ces albums, nous n'avions pas un but bien précis au départ. On a juste écrit des morceaux jusqu'à ce qu'on ait l'impression d'avoir abouti à quelque chose de finalisé. Personnellement, je pense que cette façon de faire aurait pu agir de façon négative, mais prises individuellement, j'aime autant les chansons de l'un que de l'autre.

12 Stories Down est sans doute un peu plus orienté «chansons» que les précédents albums, même si les barrières classiques de la pop sont souvent franchies. Avais-tu une idée précise en tête au moment d'enregistrer ?

Peu de gens m'ont fait ce genre de remarque, et je ne sais vraiment pas quel était mon but. Je ne me suis pas assis en me disant que j'allai écrire un album plus commercial en espérant pouvoir ainsi toucher un plus vaste public, au contraire, si je voulais vendre plus d'albums, je ferais un album de prog classique avec deux morceaux ! En toute honnêteté, mon but était d'écrire douze chansons qui me remuent, des chansons que je puisse me repasser en ressentant l'état d'esprit dans lequel j'étais au moment de les écrire. J'ai pris un peu de recul maintenant sur l'édition limitée, et je peux vous dire que l'édition «officielle» qui sortira en février 2005 sera différente. Je suis très fier de 12 Stories Down mais je sens que tout n'est pas encore fini. En ce moment, je travaille sur le mixage final. En fait, je n'écoute pas que du prog, et je crois qu'il est bien plus difficile d'écrire douze courtes chansons plutôt que trois suites épiques. J'ai pris un risque avec cet album il me semble...

L'édition limitée de 12 Stories Down avec le second CD 8 Days Later est déjà quasiment épuisée. Quand on constate la qualité de ce second CD, on se dit qu'il est bien dommage de ne pas en faire profiter plus de monde. Comptes-tu rééditer cet album ainsi que 8 Days... (qui était le second CD accompagnant Variations On A Dream) ?

Cette fois, 8 Days Later sera repressé et chacun aura le choix entre l'édition simple de 12 Stories Down ou la double avec 8 Days Later. Je sais que beaucoup de gens se sont plaints du tirage trop limité de 8 Days... Mais à ce moment-là, l'idée du label était d'offrir un second CD sur le premier pressage de 1000 copies, avec des inédits ou des enregistrements en concert. Pour moi, cela ressemblait plutôt à une escroquerie, alors je me suis dit : que pourrais-je bien faire qui vaille le coup... mais en huit jours ??? Alors j'ai eu l'idée de réaliser un album complet en seulement une semaine. A ma grande surprise, la plupart des morceaux tenaient la route et des gens ont même préféré ce CD au principal, Variations On A Dream ! Au fond, je pense que 8 Days... fonctionne parce que c'est une œuvre imposante - de toute façon, s'imposer des contraintes de temps implique de ne plus passer huit heures sur une piste d'enregistrement de tambourin, ce qui est plutôt bien, non ?

Entretien réalisé par Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)