
PISTES :
1. Dead In The Water (5:27)
2. God Bless The Child (4:45)
3. Wilting Violet (4:41)
4. Wait (3:26)
5. Run A Mile (6:43)
6. Little Man (3:43)
7. November (6:50)
8. Boxing Day (3:58)
9. God Bless The Children (2:01)
10. Snowdrops (5:58)
11. We Love You (8:46)
FORMATION :
Bruce Soord
(guitare, chant, programmation)
Jon Sykes
(basse, chœurs)
Wayne Higgins
(guitare, chœurs)
Keith Harrison
(batterie, chœurs)
Steve Kitch
(claviers)
THE PINEAPPLE THIEF
"Little Man"
Royaume-Uni - 2006
Cyclops - 56:22
À l'écoute du cinquième album de la bande à Bruce Soord, on pourra constater une nouvelle fois que les meilleures œuvres sont, hélas, souvent créées dans la douleur. Le "Little Man" en question est en effet le bébé prématuré que la compagne du musicien a mis au monde en février dernier, et qui n'a malheureusement pas survécu. On ne peut bien sûr pas imaginer quelle tristesse a du s'emparer du cœur de ses parents, et combien il doit s'avérer difficile de reprendre le cours, jamais plus normal, de la vie. A notre niveau de chroniqueur, il parait encore plus difficile de juger quoique ce soit. Comment attribuer une valeur à la "représentation" artistique d'un tel événement ? Mais si l'artiste qu'est Bruce Soord a su vaincre son propre désarroi, le moins qu'on puisse faire pour lui et sa famille, est peut-être d'en faire autant, et de finalement considérer Little Man comme un album avant tout, et de prendre ses onze pièces de musique pour ce qu'elles sont : une expression artistique à un moment donné de ce qui constitue la vie des hommes: la vie, la mort, la douleur, le bonheur, la peine, etc.
Après cette tragédie, Bruce Soord s'est donc enfermé dans son studio, et il s'est mis à composer, le plus simplement du monde, armé d'une guitare acoustique et de sa voix. Les 11 morceaux (de 2:02 à 8:46 dont un instrumental) dégagent ainsi une forme de simplicité évidente, étoffée par la suite grâce à des arrangements plus tortueux auxquels l'ensemble du groupe a pu participer.
Les textes sont évidemment tous orientés vers l'absence de cet enfant, les questionnements et les doutes, les regrets et les trop courts instants de bonheur. La voix de Bruce Soord évoque toujours fréquemment celle de Thom Yorke, mais en moins geignarde, et le chant est souvent plus murmuré que fortement déclamé. Les contrastes entre ce chant plutôt doux et la musique qui l'accompagne sont donc nombreux. Car si la simplicité mélodique des compositions a été mentionnée, ce n'est pas pour autant que celles-ci sont plates et linéaires. Ce serait mal connaître Pineapple Thief et son approche résolument progressive, même si ce groupe lorgne plus du côté de la pop et du rock sophistiqué que des grandes envolées symphoniques. Little Man s'inscrit donc musicalement dans la continuité de 10 (ou 12) Stories Down (paru en 2004), mais avec encore plus de sensibilité, plus d'originalité, et plus de profondeur.
L'utilisation de la batterie est notamment sortie d'un contexte purement rythmique marquant le tempo, et participe entièrement aux thèmes mélodiques; de même que la présence fréquente de mains frappées en guise de percussion apporte une touche inédite et inhabituelle. On peut également saluer le mixage qui donne une impression de relief profond à la musique (un peu comme une image en relief qu'on comparerait à une simple image "à plat"). Souvent douce et apaisée (“Writing Violet”, “Little Man”, “Boxing Day”), la musique est également capable de s'emballer vers es contrées plus rock (“Run A Mile”, “November” ou l'excellent court instrumental “God Bless The Children”) et montre des élans de lyrisme splendides (“Wait”, “Snowdrops”, “We Love You”). L'album est parfaitement équilibré entre parties chantées et instrumentales, et aucun titre plus faible ne fait retomber l'intérêt de l'écoute.
Autant dire que Little Man est sans doute l'album de The Pineapple Thief le plus totalement réussi, et à même de séduire le plus grand nombre. Lorsqu'on écoute la musique de ce groupe, il y a un bon nombre d'éléments qu'on a l'impression d'avoir également entendu chez d'autres groupes actuels plus connus, mais pas forcément avec autant de talents dans la mise en œuvre ! Et pourtant le groupe de Bruce Soord reste dans l'ombre, toujours fidèle au "petit" label Cyclops (sans doute à la grande joie de son patron Malcolm Parker). Un mystère de plus dans ce monde de la musique toujours aussi difficile à cerner.
Au-delà de son contexte fortement émotionnel, Little Man s'avère donc une œuvre superbe, et bien évidemment recommandable à chacun. La face brillante d'une sombre tragédie...
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006/2007)

