BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

What We Have Sown pochette

PISTES :

1. All You Need To Know (4:19)
2. Well I Think That's What You Said (5:24)
3. Take Me With You (5:07)
4. West Winds (8:52)
5. Deep Blue World (6:08)
6. What We Have Sown (27:33)

FORMATION :

Bruce Soord

(chant, guitare)

Wayne Higgins

(guitare)

Steve Kitch

(claviers)

Jon Sykes

(basse)

Keith Harrison

(batterie)

THE PINEAPPLE THIEF

"What We Have Sown"

Royaume-Uni - 2007

Cyclops - 57:22

 

 

Comme il le lui dit lui-même, Bruce Soord vit 24 heures sur 24 pour The Pineapple Thief. Pas étonnant donc de voir paraître un nouvel album un an à peine après le superbe et émouvant Little Man. Pourtant le bonhomme a un job en dehors de la musique, une vie de famille, etc. Quand la passion domine, rien ne semble plus insurmontable.

Mais en réalité, What We Have Sown n'est pas un véritable nouvel opus du groupe. Au départ, il devait s'agir d'un double album avec d'une part une compilation d'archives studio, et d'autre part l'enregistrement d'un concert (à priori le ROSFest 2006). Bruce Soord étant du genre perfectionniste, il s'est mis à retravailler certaines de ces archives, conservant un morceau par-ci, ajoutant une nouvelle partie par-là. Finalement, la tournure des titres ayant pris un caractère presque totalement inédit, il a décidé de se consacrer exclusivement à une sortie studio, repoussant à plus tard celle d'un album live (qui prendra peut-être la forme d'un DVD).

A l'écoute du résultat, on se dit que bien lui en a pris car What We Have Sown recèle d'excellentes compositions (cinq de 4:19 à 8:52 et la dernière culminant à 27:33), largement à la hauteur de ses productions récentes et en aucun cas à considérer comme des rebuts améliorés.

Dès "All You Need To Know", on reconnait le style du groupe dans son format le plus chanson mais diablement efficace. Mais la suite va prendre une voie un peu différente, beaucoup plus basée sur la répétition de climats, avec de longues séquences instrumentales dominées par la guitare acoustique et des sonorités de claviers électroniques. La musique devient introspective, feutrée, amène à se laisser emporter en oubliant tout son environnement au passage. Il faut tenter d'oublier ses repères, profiter du violon plaintif de "Well I Think That's What You Said", suivre la transe qui habite "West Winds". Si les parallèles avec Porcupine Tree et Radiohead sont toujours un peu de mise, que ce soit dans la construction musicale ou la manière de chanter, il s'agit bien de parallèles, donc des lignes qui ne se rejoignent jamais ! The Pineapple Thief redevient finalement plus proche de Vulgar Unicorn (sans doute est-ce l'âge de certaines compositions qui joue) ou de Persona Non Grata (incarnation plus récente mais éphém"re de ce même groupe constitué essentiellement de Bruce Soord et Neil Randall). Seul "Deep Blue World", un peu trop aux confins de la linéarité, est décevant et met un frein à l'enthousiasme. Mais ce qui suit va vite remettre les pendules à l'heure.

Car le morceau-titre est une envoûtante composition fleuve, le sac et le ressac de thèmes planants à souhait, bercés de nappes de Mellotron, de motifs rythmiques répétitifs mais ô combien efficaces, d'accalmies presque silencieuses et de remontées en puissance, d'envolées de guitare électrique. C'est long, lent, hypnotisant, délassant pour peu qu'on s'y laisse embarquer. Car entendons-nous bien, ce n'est pas parce que le morceau frôle la demi-heure qu'il faut en faire un monument du rock progressif ! Pas au sens habituel tout au moins. "What We Have Sown" ne doit pas être vu comme un nouveau "Close To The Edge", même s'il possède les mêmes vertus capables d'emporter l'auditeur dans un monde nouveau connu de lui seul. On est ici plus proche d'une vision progressive à la Godspeed You! Black Emperor, mais en moins tendue et sombre. Car il émane de cette composition un sentiment plutôt positif, lié à un bien-être baigné de nostalgie... Chacun fera évidemment son interprétation (plus ou moins fumeuse, je vous le concède !), mais personne ne pourra rester indifférent.

Une fois encore, The Pineapple Thief frappe un grand coup avec un album inattendu. On a peine à imaginer que Bruce Soord et sa bande continuent à rester dans l'ombre de formations plus médiatiques mais pas vraiment plus talentueuses. Et dire qu'ils sont déjà en phase finale de préparation d'un "véritable" nouvel opus studio (prévu pour le printemps 2008) ! Souhaitons-leur de parvenir à s'extirper toujours un peu plus du milieu désespérément "underground" dans lequel ils sont confinés : s'il y a bien un groupe qui mérite actuellement un supplément de reconnaissance, c'est bien The Pineapple Thief.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°68 - Hiver 2007-2008)