
PISTES :
1. Cluster One (5:58)
2. What Do You Want From Me (4:21)
3. Poles apart (7:04)
4. Marooned (5:28)
5. A Great Day For Freedom (4:18)
6. Wearing The Inside Out (6:48)
7. Take It Back (6:12)
8. Coming Back To Life (6:19)
9. Keep Talking (6:11)
10. Lost For Words (5:14)
11. High Hopes (8:31)
FORMATION :
David Gilmour
(guitares, chant)
Nick Mason
(batterie)
Richard Wright
(claviers, chant)
AVEC
Jon Carin
(claviers)
Bob Ezrin
(claviers, percussions)
Dick Parry
(saxophone ténor)
Guy Pratt
(basse)
Tim Renwick
(guitares)
Gary Wallis
(percussions)
Sam Brown
Carol Kanyon
Rebecca Leigh-White
Durga McBroom
Jackie Sheridan
(chœurs)
PINK FLOYD
"The Division Bell"
Royaume-Uni - 1994
EMI - 66:24
L'étendue de la popularité de Pink Floyd constituera longtemps une énigme pour les spécialistes du marketing, pensant avoir prouvé depuis belle lurette que rock progressif, fut-il accessible, et profits conséquents étaient deux notions incompatibles. A l'occasion de la sortie de The Division Bell, le nouvel album du groupe, Big Bang a décidé de s'essayer lui aussi à une dissection minutieuse et sous toutes ses coutures du phénomène Pink Floyd.
La pochette et sa cloche-sculpture, composée de deux profils ne formant qu'un même visage, reste tout à fait dans la tradition de l'imagerie floydienne (c'est d'ailleurs toujours la célèbre agence Hipgnosis de Storm Thorgerson qui en est responsable), même si l'effet esthétique peut paraître discutable... Le livret, pour sa part, est plus que jamais luxueux, mais on reste méfiant car le champ expressif de Pink Floyd n'a jamais été aussi étendu que celui de son imagerie esthétique... Ne doutons pas plus longtemps, et examinons dans le détail les pièces à conviction de cette affaire...
(i) Le Contexte
La sortie d'un album de Pink Floyd est un événement à part pour le monde du rock progressif. Pourquoi ? Pink Floyd ne s'est jamais vraiment réclamé de ce mouvement; et, de fait, il ne s'y est qu'épisodiquement affilié par son propos musical. Ensuite, il faut bien convenir que Pink Floyd constitue, dans le paysage musical actuel, un phénomène exceptionnel.
Voici en effet un groupe qui, depuis maintenant 27 ans, poursuit un itinéraire musical qui lui est propre, rencontrant tantôt le succès massif (Dark Side Of The Moon, The Wall, chacun vendu à plus de 20 millions d'exemplaires), tantôt l'indifférence (The Final Cut), le plus souvent des ventes confortables (Atom Heart Mother, Wish You Were Here, A Momentary Lapse Of Reason), sans qu'on puisse vraiment l'accuser d'opportunisme ou de concessions commerciales éhontées, ou prétendre que ces succès ou échecs aient vraiment bouleversé la sérénité de sa démarche musicale.
Certes, la musique de Pink Floyd n'a jamais été d'une complexité folle ni ses textes d'un propos outrancier ou choquant (mis à part le virulent manifeste anti-thatcherien The Final Cut). Il n'en demeure pas moins étonnant qu'elle déclenche une adhésion si massive auprès du public généralement esclave des modes et engouements éphémères et superficiels...
Alors, comment expliquer l'exception Pink Floyd ? Elle tient, pour la France en tout cas, à trois raisons principales :
- la première est bien évidemment l'exceptionnelle longévité de la formation qui, même si elle n'a rien de la linéarité de celle d'un groupe comme les Rolling Stones, lui vaut un prestige certain et démontre sa capacité réelle d'adaptation aux exigences de son temps (psyché en 67, expérimental en 69, planant en 71, révolté en 77-79...)
- la seconde est un statut particulier, privilégié, auprès du public français, en gros depuis Ummagumma, qui vaut au Floyd ce privilège unique de voir sa musique transmise de génération en génération - ne sont-ils pas nombreux, ceux qui parmi nous ont découvert ce groupe par leur grand frère voire... leurs parents ?!?
- enfin, et c'est sans doute l'aspect qui est le plus retenu par les médias, Pink Floyd jouit d'une solide réputation de nec-plus-ultra du modernisme en manière de techniques sonores et de "spectacle total"; il ne fait guère de doute qu'une bonne partie des spectateurs des concerts du groupe - et dans une moindre mesure des acheteurs de ses disques - sont attirés en priorité par ce côté spectaculaire.
Ces bases de réflexion étant jetées, on comprend mieux pourquoi, depuis la fin du mois de mars, de grandes affiches ont envahi les panneaux publicitaires, comme c'est rarement le cas pour des groupes de rock, et que les places pour les concerts français du groupe l'été prochain sont déjà en vente depuis le début de l'année. Pink Floyd est sans nul doute un phénomène commercial de premier ordre.
Il serait possible de disserter sur des pages entières de tout ceci, sans même évoquer la musique du groupe; c'est d'ailleurs ce que font la plupart des grands médias lorsqu'ils se penchent sur le groupe.
Mais la musique proposée par Pink Floyd mérite sans aucun doute elle aussi qu'on s'y attarde. Mais, avant cela, penchons-nous un instant sur ses instigateurs...
(ii) Les Musiciens
Pink Floyd, aujourd'hui, c'est bien sûr surtout David Gilmour. Depuis le "départ" de Roger Waters, que d'aucuns (et lui le premier) considèrent toujours comme l'âme du groupe, Gilmour a repris le flambeau après avoir cédé au fil des albums du terrain face à un Waters qui s'accaparait textes, compositions et chant, pour ne laisser au beau David qu'un rôle de guitar-hero/chanteur occasionnel, cette situation culminant dans The Final Cut en 1983.
La renaissance du groupe en 1987, après de nombreux procès, pouvait apparaître comme une revanche personnelle de Gilmour sur Waters qui l'avait trop longtemps bridé et qui ne pouvait se cantonner à une carrière solo plutôt anonyme ("je n'ai pas passé 20 ans à me faire un nom", déclara-t-il alors fort justement, "je les ai passés à populariser le nom de Pink Floyd !"). Sorte de troisième album solo du guitariste, ce disque lui permettait de bénéficier de la notoriété du groupe tout en gardant pour lui seul la direction artistique de celui-ci.
Mais ce raisonnement apparaît aujourd'hui comme superficiel. Car, à la surprise générale, Gilmour n'est plus le seul maître à bord, et en l'occurence rien ne semblait l'obliger à atténuer son hégémonie sur le groupe.
Car le premier fait marquant concernant The Division Bell, c'est incontestablement le retour de Rick Wright sur le devant de la scène. Co-compositeur, voire unique compositeur dans un cas, de 5 des 11 morceaux, souvent très présent au piano et à l'orgue, chanteur soliste même sur son "Wearing The Inside Out" (première composition depuis 1975, premier morceau chanté depuis "Time" en 1973...), c'est à une véritable résurrection du personnage qu'on assiste, même si sa présence, encore une fois, est un peu noyée dans le flot des session-men de tout poil (Jon Carin, Bob Ezrin et Gilmour tiennent aussi les claviers). Même si on peut le trouver un peu hésitant, mal assuré, on ne pourra s'empêcher de saluer dans sa prestation un écho agréable des meilleurs moments du groupe.
On ne peut guère en dire autant de Nick Mason, dont le travail sur cet album est à la limite du pitoyable. Certes, ce batteur n'a jamais eu une grande envergure, et d'ailleurs il a délibérément choisi de s'effacer depuis longtemps, faisant appel dans ses moments de paresse à des remplaçants (Jeff Porcaro sur The Wall, Andy Newmark sur The Final Cut, Carmine Appice sur A Momentary Lapse..., le sommet étant atteint maintenant avec l'adjonction permanente d'un second batteur sur scène et, maintenant, en studio...). Mais tout de même, ne pouvait-on pas espérer mieux ? Car, même discret, on avait connu Mason plus ambitieux, que ce soit dans Pink Floyd (sur Ummagumma Live ou Meddle notamment) ou lors de ses collaborations extérieures, avec la scène de Canterbury et en particulier Robert Wyatt, par exemple. On se surprend donc à ne trouver ici aucune trace de cette ouverture d'esprit de laquelle on était en droit d'attendre des progrès, fussent-ils modestes... Il n'en est hélas rien : jeu simpliste, sonorité artificielle (malgré un technicien sonore de bon augure, à savoir Clive Brooks (ex-Egg)...). La question se pose donc : que fait Nick Mason dans Pink Floyd ? Réponse de l'avocat de David Gilmour : "Monsieur Mason est le seul membre originel du groupe à ne l'avoir jamais quitté. C'est donc une caution indispensable pour mon client"... Et je n'invente qu'à moitié...
La force créatrice du trio est donc presque totalement le fait de David Gilmour, qui demeure très nettement le personnage central de cet album. Principal compositeur (mais par contre parolier pour le moins... négrier !), guitariste et chanteur, c'est finalement assez logique. Et, de ce point de vue, on se réjouit de retrouver un Gilmour dans sa forme des grands jours. Le chant, d'abord : autant sur scène ses limites vocales sont flagrantes (et parfois pathétiques), autant en studio, il apparaît comme un chanteur très compétent, et même émouvant malgré certains tics (intonations bluesy un peu lourdes et maniérées) tout de même plus discrets que sur le précédent album. Quant au guitariste, rien à dire sinon que figurent sur The Division Bell quelques unes des interventions les plus inspirées de sa carrière.
Voilà pour les "trois-quarts historiques" de Pink Floyd (le quatrième, on le verra plus loin, n'est pas aussi absent qu'on pourrait le croire...).
Pour ce qui est des autres musiciens, il s'agit, à la différence de l'équipe "all-star" des sessions de 1987, du groupe accompagnant nos trois vétérans sur scène depuis 7 ans, à une exception près - et en l'occurence, on ne s'en plaindra pas puisque Scott "Mister Canards" Page est avantageusement remplacé (sur disque et sur scène) par Dick "Money/Shine On..." Parry, fraîchement libéré de son caisson d'hibernation (comme, à Knebworth il y a 4 ans, Claire Torry, interprète originelle et inégalée de "The Great Gig In The Sky"...). Résumons donc : Tim Renwick (g) (entretemps membre auxilliaire de Procol Harum), Jon Carin (kb), Guy Pratt (b) et Gary Wallis (pc).
Les présentations étant faites, nous pouvons logiquement passer au plat principal...
(iii) La Musique
Le CD s'ouvre comme à l'accoutumée sur des bruitages. D'abord indéfinis, ils sont relayés par des nappes de synthés avec gazouillis d'oiseaux. Le piano balbutie quelques notes auxquelles répond la guitare. Le dialogue s'instaure et les courtes phrases échangées, peu à peu plus construites, forment de subtiles et délicates harmonies. Leur ampleur croissante débouche sur une mélodie paisible, apparemment simple mais si pure et sentie que l'émotion passe... Cette même émotion qui faisait tant défaut au boursoufflé et artificiel A Momentary Lapse Of Reason...
Vraiment, on a rarement entendu David Gilmour imprimer autant de sensibilité et d'émotion à chacune de ses notes... Ce "Cluster One" (5:58), signé Gilmour/Wright comme à la grande époque de "Shine On, You Crazy Diamond", laisse augurer du meilleur...
Malheureusement, Pink Floyd est resté fidèle à une autre de ses traditions, celle d'alterner l'excellent, le bon, le moins bon, et le franchement mauvais. Chacune de ces catégories se verra donc représentée au sein d'un album par conséquent hétéroclite. Cet aspect, présent sur chaque album du groupe de manière plus ou moins marquée, ne doit néanmoins pas influencer a priori notre jugement, car des albums comme Dark Side Of The Moon ou, dans une moindre mesure, The Wall, ont su dans le passé tirer toute la force de leur variété, pouvant être d'une certaine manière considérés comme progressifs si l'on raisonne à l'échelle d'un album entier et non plus de ses titres individuels.
Il y a donc dans The Division Bell à peu près autant de styles de compositions que de morceaux, et il ne fait aucun doute dès le départ que notre jugement final résultera d'une confrontation des points positifs et négatifs, et non d'une impression générale. Quelles que soient les qualités que nous apprécions dans Pink Floyd, nous finirons par laisser de côté certains morceaux trop en opposition avec nos goûts.
Ainsi, l'amateur de rock progressif (qui, de toute façon, n'a jamais vraiment trouvé totalement son compte dans la musique du groupe) en viendra vite à éviter les trois morceaux les plus "commerciaux", gorgés de ces chœurs féminins racoleurs que l'on aimerait bien voir disparaître au plus vite des recettes floydiennes, et servis sur un tissu rythmique désespérément carré... "What Do You Want From Me ?" (4:22), "Take It Back" (6:13) et "Keep Talking" (6:11) sont typiques du nouveau style de Pink Floyd dans ce qu'il a de plus désagréable, et qui avait été inauguré dans A Momentary Lapse Of Reason par "Learning To Fly" et surtout "One Slip". "Take It Back" (le premier simple tiré de l'album), en particulier, avec sa rythmique simpliste et sa ritournelle facile, sonne comme du sous-U2... Il est vrai qu'ils ont, par la force des modes, une bonne partie de leurs publics respectifs en commun. Les solos inspirés de David Gilmour et la mise en valeur subtile de ceux-ci par Rick Wright sauvent néanmoins ces morceaux de la totale insignifiance, en leur insufflant une indispensable et minimale touche de sincérité.
Ce manque de spontanéité n'est hélas pas le seul défaut de cet album. Certains morceaux, en effet, semblent purement et simplement bâclés. "Coming Back To Life" (6:19), par exemple, débute par une belle mélodie divinement chantée, mais est gâché, par la suite, par un rythme carré qui a tout d'un pis-aller. "Wearing The Inside Out" (6:49), le morceau solo de Rick Wright, souffre du même défaut. Se situant dans la lignée de son sympathique album Wet Dream (1978), avec son ambiance intimiste, son saxophone aux sonorités chaudes, son chant pas très assuré mais que l'on sent sincère, il s'avère très inégal : autant la séquence d'accords qui accueille couplets et solo de guitare (l'un des plus beaux de l'album) séduit, autant le refrain, accompagné à nouveau de ces chœurs féminins décidément envahissants, sonne creux et fade. Les paroles, écrites par Anthony Moore mais que l'on devine "soufflées" par Wright, parlent d'un retour à la vie après un long silence - et il est vrai que cette voix semble venue d'outre-tombe. C'est pourquoi l'on se doit d'être plus indulgent avec ce morceau de par sa valeur symbolique.
Le symbolisme, c'est sans doute ce à quoi aspire dans un autre genre "A Great Day For Freedom" (4:18), ballade pianistique relatant la chute du Mur de Berlin. A moins d'y voir une allusion au second degré au célèbre album du groupe (ou au concert de Waters sur les lieux il y a quelques années), on ne pourra trouver que maladroit ce désir de Gilmour de se muer en commentateur social. Ce texte mièvre et convenu, dont l'emphatisme est renforcé par les accords solennels du piano, fait bien pâle figure face à la plume acerbe et puissante de Waters.
Mais il serait un peu rapide de ne voir dans les textes de Gilmour qu'inepties alambiquées et sentimentalisme naïf. Dans "Lost For Words" (5:15), chanson acoustique très dylanienne dans l'esprit, on assiste en effet à un règlement de compte plutôt expéditif (rappelant le "How Do You Sleep ?" de John Lennon) entre le guitariste et son ancien complice, qui y est décrit comme un paranoïaque masochiste, se complaisant dans son personnage de "loser". Gilmour, malgré un style littéraire très maniéré, ne manque pas d'humour lorsqu'en chantant le dernier vers, il singe avec une grande réussite les intonations vocales de Waters...
Mais tout cela demeure, globalement, d'un intérêt limité. Heureusement, l'inspiration, la vraie, est parfois au rendez-vous. Hormis le morceau d'introduction, trois morceaux sortent indéniablement du lot pour leur beauté mélodique et leur caractère plus "progressif" (ne le surestimons pas, tout de même...). "Poles Apart" (7:05) d'abord, morceau mélodique dans la grande tradition des "A Pillow Of Winds" et autres "Comfortably Numb", enrichi d'un superbe passage instrumental laissant la part belle à l'orgue Hammond, est parmi ce que l'on peut attendre de mieux du Floyd actuel.
Vient ensuite l'instrumental "Marooned" (5:28), fortement réminiscent du "Ice" de Camel. Ce morceau n'atteint peut-être pas les sommets extatiques du groupe d'Andy Latimer (c'est tout simplement parce que sa construction harmonique est un peu trop limitée et répétitive), mais Gimour met tant de cœur dans son solo - réellement magnifique - que l'on sort profondément ému et rêveur de son audition.
Enfin, l'album se termine avec "High Hopes" (8:32). Si The Division Bell est si difficile à globaliser, c'est (comme nous l'avons déjà dit) avant tout à cause de son trop grand éclectisme qualitatif et stylistique, mais également car ce titre de clôture est réellement superbe. Difficile d'avoir un avis définitif sur un repas mitigé quand le dessert est d'un succulente saveur.
Cette dernière composition, introduite par un mélange très évocateur de sons de cloches (les mêmes qu'au début de "Fat Old Sun", avec en plus... la mouche d'Ummagumma - sauf que cette fois elle n'est pas violemment écrasée par une tapette...) et de notes pianistiques cristallines, montre un Pink Floyd ayant retrouvé toute la puissance émotionnelle de "Shine On, You Crazy Diamond". Gilmour, au chant expressif au point d'évoquer les intonations de Fish sur Vigil..., nous gratifie, au terme de ces mélopées vocales, d'un de ses plus beaux solos, mis de plus en relief par l'orchestration de Michael Kamen. Réellement superbe et finalement dérangeant au regard de son inégalée (sur le reste de l'album) et haute inspiration; en quelque sorte, la cerise sur un gâteau pas assez cuit...
(iv) Verdict
Il ne s'agira bien évidemment pas, dans cette conclusion, de revenir sur nos impressions à l'écoute de The Division Bell. Nous allons plutôt essayer de replacer Pink Floyd dans le contexte progressif actuel. On se bornera pour cela à énoncer deux évidences :
- La première est que Pink Floyd n'est guère en situation de rivaliser avec la scène progressive actuelle, son album présentant une cohérence et une qualité artistique bien moindre que nombre de parutions récentes dans ce genre.
Le problème est peut-être simplement que Pink Floyd n'a pas vraiment envie de prendre le risque de jouer une musique vraiment audacieuse. Et pourtant... ce groupe ne jouit-il pas d'une marge de manœuvre pour le moins confortable (une vente de plusieurs millions d'exemplaires sur son seul nom est assurée quoi qu'il arrive !) ? Alors, pourquoi ne nous gratifie-t-il pas d'une musique plus travaillée et donc plus profondément touchante ?
Plus qu'un refus farouche de la prise de risques, on préférera y voir une preuve que travail effectif sur cet album n'a en fait vraisemblablement pas, malgré une si longue absence, été très long. Or, Pink Floyd n'est jamais meilleur que quand il bosse dur. Lorsqu'il lui fallut plus de deux ans pour accoucher de Wish You Were Here, il produisit un album qui est sans doute, avec "Echoes", sa plus belle réussite, même si à l'époque il fut perçu comme un manque d'inspiration.
- La seconde, qui rétablira les mérites du groupe, est que Pink Floyd, contrairement à d'autres "anciens" qui proposaient pourtant il y a vingt ans une musique plus ardue que lui, est resté fidèle à certaines valeurs artistiques hautement respectables. Si on compare The Division Bell à We Can't Dance de Genesis ou Union de Yes, deux albums entièrement soumis aux critères commerciaux, on n'en appréciera que plus les bouffées d'air pur que sait nous garder Pink Floyd, même s'il s'acquitte également par ailleurs de ses obligations mercantiles. Ne serait-ce que pour cette attention finalement rare, Pink Floyd mérite notre indulgence.
Aymeric LEROY
(merci
à Laurent MÉTAYER et Olivier PELLETANT)
(chronique parue dans Big Bang n°5 - Mai-Juin 1994)

