BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

Part 1 - The AfterLifeCycle Sequence
1. Introduction (1:13)
2. Dead On A Car Park Floor Pt 1 (5:33)
3. Afterlife What? Pt 1 (4:52)
4. Gears Meshing With Dandelions (2:00)
5. Dead On A Car Park Floor Pt 2 (1:58)
6. Moving Lights In A Tunnel (3:40)
7. Afterlife What? Pt 2 (2:36)

Part 2 - I Think Therefore Nothing
8. Music For Burglars (1:20)
9. Cogito Ergo Zip (5:20)
10. If We Fail To Respond (3:10)
Part 3
11. Run In Rings (6:20)
12. Coming Up Roses (8:27)
Part 4 - AfterLifeCycle Conclusion
13. Lifecycle (6:09)
14. Flower King Of Flies (bonus, orig. The Nice) (6:23)
15. The Third Person (bonus) (10:47)

FORMATION :

Sam Baine

(claviers, guitare rythmique, voix)

Andy Tillison

(claviers, batterie électronique, guitares, voix)

Jonathan Barrett

(basse)

Lee Duncan

(batterie)

Graham Young

(guitares)

PARALLEL OR 90 DEGREES

"AfterLifeCycle"

Royaume-Uni - 1997

Cyclops - 69:50

 

 

Avec un tel nom de groupe, on pourrait s'attendre à un album de rock bien basique et surtout bien carré... Le propre du rock progressif n'est-il pas en effet de préférer les diagonales aux parallèles et autres angles droits, et de surtout savoir prendre la tangente ?... Alors, à notre tour, sachons éviter les préjugés : la musique reste bel et bien le seul critère apte à confirmer ou non la pertinence du patronyme qu'ont choisi ces cinq Anglais...

Une première écoute révèle un rock progressif moderne et plutôt original, qui semble s'être fixé pour objectif de visiter différentes atmosphères par différents moyens, même si certaines constantes sont bel et bien présentes (guitare saturée et orgue très présents, production cosmico-climatique), qui assurent la cohérence de l'ensemble. Bref, on peut rapprocher la démarche de Parallel Or 90 Degrees (PO90 pour les intimes...) de celle de ses compatriotes Vulgar Unicorn, voire Porcupine Tree.

Il existe un certain contraste entre séquences chantées et instrumentales. Les premières reposent sur des mélodies plutôt linéaires, mais assez efficaces. Andy Tïllison, leader, claviériste et unique compositeur du groupe, assure cette tâche avec un bonheur variable : un peu plat dans les passages les plus intimistes, il est plus convaincant lorsque la musique est plus enlevée. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'intérêt d'AfterLifeCycle est davantage à rechercher dans ses copieuses parties instrumentales.

Celles-ci se caractérisent par un souci atmosphérique clairement affiché, sans pour autant déparer les autres dans la mesure où elles reposent globalement sur les mêmes trames harmoniques et les mêmes tempos. Elles s'avèrent en fait plus abstraites, consistant en un travail de recherche sonore à base d'enchevêtrements de riffs, de nappes, de bruitages et de rythmes. Le résultat est tour à tour proche d'un hard-rock 70's à la Deep Purple, d'un space-rock planant façon Gong (la guitare glissando inspirée de Daevid Allen), d'atmosphères plus introverties et inquiétantes, et même d'une simili-techno délurée et incisive...

Le plus étonnant est que cet audacieux mariage, a priori des plus incongrus, fonctionne plutôt bien. Il parvient en effet éviter tout mauvais goût, et à installer des climats d'une savoureuse suggestivité. Avec toutefois une réserve qui n'en est peut-être pas une, à savoir que cette musique semble appelée à prendre sa pleine dimension sur scène, avec des effets lumineux adéquats... Si la mayonnaise prend, il manque les amuse-gueule à tremper dedans !...

Si l'impression générale est positive, on peut néanmoins regretter quelques maladresses ici et là. Des transitions souvent un peu artificielles, notamment entre les sept sous-parties de la suite-titre (22 minutes), se résumant à des bruitages; la conclusion, amenée d'une façon suspecte et qui n'apporte rien, de «I Think Therefore Nothing» (cartésianisme nihiliste ?). Quant à la reprise de «Flower King Of Flies», obscure chanson de The Nice, elle est sans doute récréative sur scène, mais demeure des plus anecdotiques sur CD.

Bref, on serait tenté de parler de découverte prometteuse, mais le terme serait mal approprié dans la mesure où le groupe de Leeds est déjà l'auteur d'un premier album (The Corner Of My Room, dont un extrait est également proposé en bonus), fabriqué uniquement à la demande grâce à un graveur de CD et donc jamais réellement sorti, et où Tillison a fait partie depuis près de vingt ans de divers groupes, dont Gold Frankincense and Disk Drive (GFDD), auteur de quatre albums entre 1987 et 1992. Souhaitons donc surtout à PO90 qu'à l'avenir, sa musique fasse plus encore mentir ce bien curieux patronyme...

Olivier VIBERT

Deux questions à Andy TILLISON :

Peux-tu nous dire quelques mots à propos du concept de l'album ?

Le thème général est l'orgueil. La suite-titre se place du point de vue d'un homme étendu sur le sol, mort, dans un parking, et pourtant toujours capable de percevoir ce qui se passe autour de lui, et surtout de réfléchir sur sa vie passée. Il se rend ainsi compte que sa mort ne va pas vraiment changer quoi que ce soit, n'aura aucun effet sur personne à part quelques parents et amis tristes. Tout ça pour dire que nous nous croyons souvent plus importants que nous le sommes vraiment, et que nous prenons des gens comme Beethoven, Lady Di, Shakespeare ou Jeanne d'Arc comme encore plus importants, alors que si un jour un météorite détruisait la Terre, personne dans l'univers ne saurait rien de ces gens là, toutes les croyances et religions s'envoleraient en fumée, et pourtant l'univers n'en serait guère affecté, comme il y a trois ans quand Jupiter a été heurté par des météorites. S'il s'était passé la même chose sur Terre, nous serions tous morts aujourd'hui. De l'humanité, il ne resterait que les messages et dessins du satellite Voyager, perdus quelque part dans l'espace...

La chanson «Run In Rings» traite de la suffisance qu'on rencontre souvent dans le milieu du rock, tous ces gens qui croient qu'ils peuvent changer le monde, alors qu'ils se laissent entièrement manipuler et récupérer par le système et deviennent un rouage d'une machine à produire du fric. «Coming Up Roses» est dans une veine similaire, mais parle des législatives de mai dernier en Grande-Bretagne.

Tu as composé, arrangé et produit l'ensemble de AfterLifeCycle. Peut-on réellement, à propos de P090, parler de «groupe» ?

A l'origine, il s'agit d'une collaboration entre moi-même et Sam Baine. Nous avons d'ailleurs réalisé l'essentiel de The Corner Of My Room à deux. Graham Young (guitares) nous a rejoints sur la fin. Jonathan Barrett (basse) et Lee Duncan (batterie) sont arrivés pendant l'enregistrement de AfterLifeCycle. Je qualifierais le groupe de «semi-démocratique», dans le sens où chacun contribue aux arrangements des morceaux, mais que jusqu'ici j'ai effectivement pris en charge l'essentiel du travail. Je pense que ça changera avec le prochain album, il devrait même y avoir des titres composés par d'autres membres du groupe.

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°23 - Nov-Décembre 1997)