BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Jitters pochette

PISTES :

1. Interlude (2:48)
2. Standalone (5:48)
3. Threesome (4:33)
4. Enty Level (5:23)
5. Backup (5:27)
6. Jitters (6:24)
7. The Dock Of The Abyss (6:05)
8. On The Death Of Jade (7:06)

FORMATION :

Alex King

(batterie)

Matt Clark

(basse)

Andy Tillison

(claviers, guitare, chant)

Dan Watts

(guitare, claviers, traitements sonores)

EXTRAITS AUDIO :

PARALLEL OR 90 DEGREES

"Jitters"

Royaume-Uni - 2009

OmegaTunez - 43:36

 

 

De retour en Angleterre après quelques années passées dans le sud de la France, Andy Tillison semble avoir retrouvé une forme qui décuple ses activités. Après un nouvel album de Tangent (le cinquième en à peine sept années), le voilà qui remet sur pied le groupe qui l'a fait connaître dans les années 90, Parallel Or 90 Degrees. Sans doute galvanisé par l'intérêt porté à la compilation sorti début 2009 (A Can Of Worms - voir BB 73) qui a fait découvrir ce groupe à bon nombre d'amateurs de progressif, Andy Tillison a rappelé la plupart de ses acolytes passés (le batteur Alex King, le guitariste Dan Watts) et fait appel à un nouveau bassiste, Matt Clark. Parallel Or 90 Degrees (PO90 pour les intimes et pour faire plus court, bien pratique dans une chronique !) a toujours évolué comme une formation à géométrie variable (du duo de départ que le maestro formait avec sa compagne d'alors, Sam Baine, jusqu'à un effectif de six membres parmi lesquels on a pu voir Guy Manning, Ken Senior et Jonathan Barrett, actuel bassiste de The Tangent), ce qui lui a souvent permis d'insuffler à sa musique un dynamisme et une originalité décuplés.

Cette fois encore, Jitters brouille les pistes. Et le groupe continue de mélanger les sources d'inspiration. Pour ceux qui avaient gardé en tête une musique plutôt tentée par la mouvance électro-technoïde typique des années 90 (dans un cadre de rock symphonique), le choc de l'instrumental d'ouverture, le mal nommé «Interlude» (ou bien la marque d'un humour so british...) risque fort de les perturber. On a là affaire à un rock puissant et débridé qui voit la guitare asséner des riffs directement venus du métal. Cette tendance puissante se trouvera confirmée à plusieurs reprises («Backup» reprend d'ailleurs le thème d'intro, «Standalone»), mais c'est encore une fois à une vaste palette d'univers musicaux que la formation nous confronte. Autant dire que si vous n'aimez pas garder les deux pieds dans le même chausson, vous allez être servis (et gâtés).

«Threesome» est encore très hargneux mais avec des bruitages électros qui rappellent certains travaux de Devin Townsend, «The Dock Of The Abyss» utilise des paroles et le thème principal du «(Sittin' On) The Dock Of The Bay» d'Otis Redding avant de s'engager vers une voie bien plus rock, «Enty Level» profite d'une rythmique bien groovy et «On The Death Of Jade» mêle sons électro et rock symphonique. Ajoutez à cela des effluves jazzy et des réminiscences plus 70's par moments, le chant bien particulier d'Andy Tillison qui sonne moins Peter Hammill qu'à ses débuts mais n'évite pas certains excès (les gémissements horripilants de «Threesome») quand il ne s'amuse pas à mélanger des mots ou bouts de phrase en français dans le texte. Et puis ce sens de l'humour jamais très loin, comme cette fausse ambiance de concert-stadium qui se termine par la sonnerie d'un réveil et la voix encore embrumée de sommeil du facétieux compositeur («Standalone»).

L'album est assez court mais il n'y a aucun temps mort ni répit pour l'auditeur qui écoute ainsi Jitters d'une traite sans même s'en être rendu compte. PO90 n'était pas forcément attendu, encore moins avec un nouvel opus d'une telle intensité, mais le résultat s'avère tout à fait recommandable pour qui n'est pas enfermé dans un style de rock progressif figé. Un retour en force gagnant !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°75 - Avril 2010)