
PISTES :
1. Deadwing (9:46)
2. Shallow (4:17)
3. Lazarus (4:18)
4. Halo (4:38)
5. Arriving Somewhere But Not Here (12:02)
6. Mellotron Scratch (6:56)
7. Open Car (3:46)
8. The Start Of Something Beautiful (7:39)
9. Glass Arm Shattering (6:12)
FORMATION :
Steven Wilson
(chant, guitare, piano, basse, claviers, dulcimer)
Richard Barbieri
(claviers, synthétiseurs)
Colin Edwin
(basse)
Gavin Harrison
(batterie, percussions)
INVITÉS
Mikael Åkerfeldt (Opeth)
(guitare, chant)
Adrian Belew (King Crimson)
(guitare)
PORCUPINE TREE
"Deadwing"
Royaume-Uni - 2005
Lava/Atlantic - 59:34
Comme me le faisait remarquer un ami à l'issue du concert parisien du groupe dans un Elysée-Montmartre plein à craquer : «il est loin le temps du Dunois !». C'est vrai qu'entre la première apparition des anglais en 1998 dans ce fameux petit théâtre parisien et la sortie de Deadwing en 2005, Porcupine Tree a fait beaucoup de chemin. Et c'est tant mieux que les portes du succès (même s'il est encore relatif) s'ouvrent enfin pour eux. On ne s'étonnera donc pas de constater qu'avec ce nouvel opus, Steven Wilson capitalise sur ses nombreux acquis plutôt que de chercher à explorer de nouveaux territoires musicaux comme il a pu le faire par le passé. Accordons-lui le temps de souffler un peu avant, n'en doutons pas, d'être de nouveau surpris à l'avenir.
Les neuf titres (de 3:46 à 12:03) de l'album ne créent donc pas vraiment la surprise, ni n'apportent véritablement de nouveauté dans la discographie déjà conséquente du combo. On pourrait même dire que Deadwing se «contente» de dresser un bilan de toute l'histoire du groupe, mais en saisissant au passage la quintessence de chaque période. Ainsi, difficile de ne pas penser au psychédélisme des débuts à l'écoute de «Glass Arm Shattering»; on retrouve la tendance pop de Lightbulb Sun ou Stupid Dream sur «Lazarus» ou «Open Car»; l'influence metal d'In Absentia est omniprésente sur «Shallow»; quant au morceau-titre qui ouvre l'album, il évoque à bien des égards le morceau «Signify», avec son riff de guitare puissant et ses nappes de claviers en fusion. Bien sûr, il est réducteur de se limiter à ces quelques exemples, tant beaucoup de morceaux possèdent en leur sein la totalité de ses diverses influences. Il est clair que Steven Wilson se nourrit, tant dans son travail de musicien protéiforme (au sein de ses nombreux projets parallèles) que grâce à ses expériences de producteur, de multiples sources d'inspiration, et leur cumul lui procure la matière à composer une œuvre de plus en plus riche et variée. Qui ne rêverait de parvenir un jour à écrire un titre aussi parfait que «The Start Of Something Beautiful», un sommet de l'album ?
Côté performances, le chant de Wilson est à la fois une faiblesse et une force. C'est une faiblesse car on se dit souvent que plus de puissance et plus de personnalité rendraient les titres rock encore plus percutants (il n'y a qu'à entendre la différence avec les interventions vocales de Mikael Akerfeldt, le leader d'Opeth), mais d'un autre côté, si un gros brailleur était de service pour les moments les plus heavy, on aurait l'impression d'entendre un énième combo de métalleux et la musique en pâtirait. Steven a toutefois considérablement relevé le niveau depuis In Absentia, et l'expérience Blackfield en est une démonstration encore plus éclatante. Gavin Harisson est plus puissant et métronomique que jamais, peut-être un peu trop parfois... On aimerait par moments un peu plus de subtilité. Colin Edwin est égal à lui-même, quoiqu'un peu en retrait, tout comme Richard Barbieri, moins prolixe en sons inédits. La guitare demeure la reine des débats, et il est compréhensible que le groupe s'adjoigne les services d'un second guitariste sur scène (en la personne de John Wesley que je ne serai guère étonné de retrouver un jour comme cinquième membre en studio). Adrian Belew, invité de marque de l'album, se fend d'ailleurs d'un solo d'anthologie très «crimsonien» à la fin du morceau «Deadwing». Quant à la production, elle est tout bonnement fabuleuse. Tout est clair et limpide, chaque son peut être apprécié à sa juste valeur à n'importe quel moment. Steven Wilson pourrait se contenter de vivre de cette activité là ! On notera d'ailleurs que le mixage en 5.1 est celui qu'il préconise (on peut à ce propos rappeler que la base de l'album est un scénario de film que Wilson a co-écrit avec un de ses amis, Mike Bennion, ceci peut expliquer cela). Votre serviteur ne l'ayant néanmoins pas écouté dans ces conditions, je ne vous en dirai pas plus.
Deadwing se révèle donc comme un album en tous points irréprochable (une fois de plus serai-je tenté de dire), très justement équilibré entre puissance et calme, entre morceaux à l'accès immédiat et plages plus sophistiquées, même s'il n'échappera à aucun fan de progressif que de «progressif», justement, il n'en est pas beaucoup question... C'est peut-être là une voie nouvelle à explorer pour Porcupine Tree. Bien sûr, on ne parle pas du prog classique qui remonte le temps, mais à l'heure où des Mars Volta font éclater une nouvelle fois les barrières musicales et redorent le blason d'un terme honni depuis plus de vingt ans, un coup d'éclat de nos amis anglais ne serait pas pour nous déplaire. A bon entendeur...
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)

