BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Sky Moves Sideways Phase One (18:37)
2. Dislocated Day (5:24)
3. The Moon Touches Your Shoulder (5:40)
4. Prepare Yourself (1:54)
5. Moonloop (17:04)
6. The Sky Moves Sideways Phase Two (16:46)

FORMATION :

Steven Wilson

(guitare, claviers, chant)

Richard Barbieri

(claviers)

Colin Edwin

(basse)

Chris Maitland

(batterie, percussions)

PORCUPINE TREE

"The Sky Moves Sideways"

Royaume-Uni - 1995

Delirium Records - 65:33

 

 

Comme nous vous l'annoncions dans le précédent numéro, voici donc le troisième album studio de Steven Wilson et son Porcupine Tree (sans compter les mini-CD, compilations, K7 live déjà parus, et je vous passe son parcours avec No Man).

Un CD luxueusement présenté (boîtier transparent, photos couleur et N&B toujours aussi mystérieuses, CD-picture en édition limitée pour les plus rapides) qui marque également les véritables débuts de Porcupine Tree sous la forme d'un groupe.

En effet, depuis un peu plus d'un an, Steven Wilson est entouré de Richard Barbieri (claviers, ex-acolyte de David Sylvian dans Japan), Colin Edwin (basse) et Chris Maitland (batterie) : une formation qui permet à cette musique, jusqu'à présent générée en tous points en studio, de vivre enfin sur scène, dans des arrangements souvent plus rock et moins atmosphériques (cf. "Spiral Circus" sur la K7 live éditée par le fan-club). Et devant l'enthousiasme que cette nouvelle voie ouverte à Porcupine Tree procure à Steven Wilson, on attendait avec impatience cet album propice à de nouvelles collaborations (Duffy, parolier des deux albums précédents, ayant disparu de la circulation depuis deux ans !).

En fait, le renfort créatif attendu est des plus minimes : tout l'album est composé par le seul Wilson, à l'exception d'un titre, en l'occurrence une version légèrement retravaillée de "Moonloop" (qui est en fait les 4/5 du mini-CD du même titre !), co-écrit ou plutôt co-improvisé avec Edwin, Maitland et un percussionniste, Rick Edwards. Et il interprète seul trois titres (soit le quart de l'album)...

Etrange, non ? Mais cela peut s'expliquer par le fait que les compositions de The Sky Moves Sideways ont été entreprises dès la fin de l'enregistrement d'Up The Downstairs (donc à partir de l'été 1993), avant même que Wilson n'invite d'autres musiciens à se joindre à lui. Lorsque ceux-ci sont arrivés, il n'y avait plus qu'à enregistrer... On peut donc espérer à l'avenir plus de relations d'écriture entre ces musiciens. La preuve en est le fameux "Moonloop" qui, bien que ce soit avant The Sky..., est un travail commun réalisé par une chaude journée de l'été 1994.

Cette composition-phare (17:00) est du reste assez représentative des deux tendances qui habitent l'album. D'une part, de longs passages très planants, très calmes, et de l'autre une pulsation rock phénoménale, ni hard, ni grunge, mais un peu des deux à la fois (le final ahurissant !), avec au milieu de tout cela, ces moments déroutants pour certains : rythmes 'dance' (mais je le précise à nouveau, sans aucune comparaison avec le "tambourinage" insipide et insupportable dont nous abreuvent les radios !), musique pop...

On retrouve ainsi ces diverses composantes dans le morceau-titre, divisé en deux parties de durées sensiblement égales, pour une durée totale de 35 minutes. Longue introduction presque new-age, puis enchaînement avec une partie chantée ponctuée de rythmes hypnotiques, accélération de tempos, fusion des genres, guitares saturées... tout ce qui fait le style propre à Porcupine Tree se retrouve dans cette composition-fleuve ! Au départ, il était même question de concentrer l'album entier sur ce titre (d'abord intitulé "Is... Not ?"), mais Steven Wilson n'étant parvenu qu'à la durée citée plus haut, cette idée ne put aboutir. Trois autres morceaux (de 1:54 à 5:40) complètent donc l'album. Le premier ressemble à s'y méprendre à du... Ozric Tentacles, du point de vue rythmique, même si le jeu de guitare de Wilson est différent de celui d'Ed Wynne; le second commence comme une ballade avant de partir dans un délire de samples "classiques", et le troisième est une courte transition à la guitare pour enchaîner sur "Moonloop".

Globalement, la réussite est une nouvelle fois au rendez-vous : la musique proposée par Porcupine Tree reste à l'heure actuelle unique en son genre, par son audace et son originalité, dérangeantes et/ou enthousiasmantes. Fidèle à ses ambitions de départ, Steven Wilson continue à faire "progresser" sa musique, même si le style qu'il a choisi est déjà une marque identifiable. Ainsi, cet album, plus encore qu'Up The Downstairs, est-il propice à une plus large diffusion. Car loin du délirant premier album On The Sunday Of Life, on assiste ici à une sorte d'édulcoration musicale plus encline à satisfaire les masses d'aujourd'hui. L'expérimentation, les recherches des débuts s'estompent pour aboutir à une œuvre peut-être plus fine et moins dense (sans perdre de sa richesse), donc a priori plus "facile" à écouter.

On attend maintenant la suite avec, pourquoi pas, une participation plus active du groupe (et je propose également à Steven Wilson d'intégrer Suzanne Barbieri, dont les chœurs sur la seconde partie de "The Sky..." sont sublimes mais trop peu utilisés !). Réponse dans quelques mois, si le rythme de production ne faiblit pas.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°11 - Mai/Juin 1995)