BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Bornlivedie (1:41)
2. Signify (3:26)
3. The Sleep Of No Dreaming (5:24)
4. Pagan (1:34)
5. Waiting Phase One (4:24)
6. Waiting Phase Two (6:15)
7. Sever (5:30)
8. Idiot Prayer (7:37)
9. Every Home Is Wired (5:08)
10. Intermediate Jesus (7:29)
11. "Light Mass Prayers" (4:28)
12. Dark Matter (8:57)

FORMATION :

Steven Wilson

(guitare, claviers, chant)

Richard Barbieri

(claviers)

Colin Edwin

(basse)

Chris Maitland

(batterie)

PORCUPINE TREE

"Signify"

Royaume-Uni - 1996

Delirium Records - 62:02

 

 

Peu avant sa sortie, et pour présenter ce nouvel album, Steven Wilson déclarait que Signify serait "très puissant", parce qu'avec le recul, il trouvait son prédécesseur, The Sky Moves Sideways, un peu trop calme et pesant. Aucun doute là-dessus, le dernier né du désormais bien installé quatuor Wilson-Barbieri-Maitland-Edwin, est beaucoup plus «rentre-dedans» que ses grands frères : il suffit pour s'en convaincre d'écouter le fameux morceau-titre, un instrumental de 3:30 à vous scotcher au mur-même si on reste très loin de Metallica (comparaison ici ou là...) !!! La mélodie de ce morceau, à vous faire balancer la tête comme les compères de «Wayne's World», est imparable, la guitare de Steven Wilson plus délurée que jamais, nappée dans les vagues de synthés hallucinantes de Richard Barbieri, et rythmée à une cadence infernale par la paire Colin Edwin-Chris Maitland, dont la clarté du son et la précision de la frappe me laisse pantois (et bonjour les rythmes impairs !).

A considérer les sept premiers titres de cet album (qui en compte au total douze, de 1:34 à 8:59), je serais tenté de dire, à l'instar de nombre de confrères de plume, que Porcupine Tree a réalisé là son œuvre la plus aboutie, et que plus rien ne devrait venir entraver la marche vers le succès de cette extraordinaire formation. Sans se départir de son sens de la dérision (Steven Wilson recule devant toute allusion trop intellectuelle !), comme le prouve une fois de plus le titre introductif (qui nous invite à nous asseoir confortablement, avec une tasse de café, et à savourer pleinement la musique à venir !), le groupe assène les compositions sans faiblir, où morceau tendu et fiévreux alterne judicieusement avec plage synthétique bruitiste. Pour le fan (qui avait déjà acheté le mini-CD Waiting), il y a quand même une déception à re-découvrir les deux phases de ce titre, dans des versions très proches, mais leur qualité devrait subjuguer ceux qui ne les connaissaient pas. Steven Wilson, qui reste le principal compositeur, est passé maître dans l'élaboration de titres à la fluidité évidente, sachant ménager des progressions dont on ne se lasse pas. Sa guitare, tour à tour psychédélique, floydienne ou rageuse, domine l'instrumentation, tandis que Richard Barbieri, se contente, si je puis dire, d'enrober les mélodies de nappes synthétiques souvent très spatiales (très peu de jeu délié ou de solos véritables). La rythmique est quant à elle de grande classe, avec une mention spéciale pour le magistral Chris Maitland.

Cet album aurait dû rallier tout le monde à sa cause, et permettre au «progressif» de sortir un peu plus de la confidentialité (rappelons que Steve Wilson est un amateur convaincu de 'prog' !). Hélas, au-delà du septième titre, la qualité faiblit un peu, et s'établit de façon plus disparate. Les oreilles les plus délicates vont encore souffrir (comme elles ont déjà souffert sur d'autres albums de Porcupine Tree !), mais même les amateurs les plus acharnés (dont je suis - l'aviez-vous remarqué ?) ne pourront nier que l'ennui s'installe sur certains titres. Curieusement, ce sont justement ceux qui voient la collaboration à l'écriture de tous les musiciens. «Intermediate Jesus», vraisemblablement une «jam-improvisation» un peu terne, «Light Mass Prayers», composition de Maitland minimale (et surtout sans batterie, un comble !) qui passe inaperçue, et «Idiot Prayer», co-écrit par Wilson et Edwin, qui use d'un rythme techno après nous avoir faussement charmé sur un air de flûte ! Même «Every Home Is Wired», malgré son propos intéressant (sur notre cyber-futur !), reste une chanson pop un peu trop mièvre, et «Dark Matter», l'ultime (et plus long) titre, se perd dans un fondu final exaspérant de lenteur.

Bon, tout n'est pas à jeter dans ces derniers morceaux quand même, mais il est regrettable que l'intensité, la puissance, de toute la première moitié de l'album, se soient ainsi dispersées. Les compositions de The Sky Moves Sideways étaient peut-être trop longues, mais leur progression inéluctable, qui amenait à un déchaînement total, forçait l'admiration. Si Steven Wilson (dont on peut souhaiter finalement qu'il demeure le principal compositeur) parvient à l'avenir à conjuguer le sens de l'épopée de The Sky Moves Sideways avec la concision fulgurante de Signify, aucun doute qu'il nous ponde le chef-d'œuvre dont on le sent capable...

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°18 - Hiver 1996-97)