BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Proximal Distance pochette

PISTES :

1. Algol (7:53)
2. The Shaman (8:03)
3. Gypsy (11:23)
4. Contemplation (3:17)
5. Flashback To Now (4:40)
6. Deep Space Intermission (5:36)
7. Leaves Fall (3:50)
8. Journey Of Truth (5:33)
9. Coherence (7:54)
10. Expanding Universe (14:16)

FORMATION :

Gregg Johns

(chant, guitare, basse, claviers)

Jeff Hamel

(guitare, basse, claviers)

Jessica Rasche

(chant)

Todd Sears

(batterie)

Jeremy Mitchell

(batterie)

EXTRAITS AUDIO :

PROXIMAL DISTANCE

"Proximal Distance"

États-Unis - 2010

Autoprod. - 74:19

 

 

En 2008, Jeff Hamel et Greg Johns, respectivement leaders des groupes Majestic et Slychosis, commencent à travailler ensemble sur un projet d'album, qui aboutit en 2010 à la formation du groupe Proximal Distance et à la sortie d'un disque éponyme, composé de dix morceaux pour un total de 74 minutes. La présence des deux multi-instrumentistes, par ailleurs excellents guitaristes, couplée à celle de Jessica Rasche, chanteuse au sein de Majestic, et au partage des partitions de batterie entre Todd Sears et Jeremy Mitchell (tous deux issus de Slychosis), laisse supposer la création d'une œuvre technique, inventive et forcément ambitieuse, quoique résolument moderne et mélodique.

Et de fait, dès le premier morceau, Johns et Hamel frappent un grand coup. Totalement instrumentale, cette pièce s'ouvre sur les majestueuses textures symphoniques d'un ensemble - synthétique - de cordes, avant que l'arrivée solennelle des autres instruments n'appelle un solo de guitare puissant et lyrique, tout en fières cavalcades qui évoquent le Neal Morse de Sola Scriptura. Bénéficiant d'une partition de clavier plus atmosphérique, le morceau se prolonge ensuite sur un solo aérien aux portes de l'hypnose floydienne, qui confirme l'une des constantes de l'album : la guitare est à n'en pas douter l'instrument privilégié de la formation, qui saura user de toute la variété de ses modes d'expression.

Avec l'arrivée de la voix sur "The Shaman", l'album gagne encore en densité, et s'oriente vers des contrées plus mélodiques, dont la découverte passe par des lignes de chant fluides, gorgées de chaleur et d'émotion, et surtout immédiatement appréhensibles. L'écriture des partitions d'accompagnement se caractérise par une finesse, une précision qui autorisent un réel travail d'arrangement ; "Gypsy" se fait l'écho de cette richesse qui, loin d'apparaître comme artificiellement greffée au squelette sans vie de constructions purement cérébrales, s'éprouve sensuellement, chair généreuse offerte aux morsures amoureuses de soli lumineux, aux caresses délicates d'une guitare acoustique ("Leaves Fall").

Aux côtés de ces morceaux tout en courbes langoureuses, Proximal Distance propose, avec les trois derniers titres de l'album, des pièces plus agressives, drapées de guitares saturées, malmenées par une basse énergique et rugueuse. Mais le travail sur la variété des registres reste le principal atout du groupe, qui dans "Coherence" offre une plongée dans l'univers des musiques électroniques, tandis que le final d'"Expending Universe", après une courte parenthèse new-age, se déploie autour d'un solo croisé entre les deux guitaristes, qu'ensauvage, dans un premier et ultime accès de rage, la double pédale du batteur.

Néanmoins, Proximal Distance n'est pas exempt de tout défaut. Si Jessica Rasche a les moyens de pousser sa voix, elle en abuse parfois et perd en nuance ce qu'elle gagne en puissance. Dans "Flashback to Now", cet effet de style oscille entre réussite incontestable chargée de réminiscences ayreonnienne sur les refrains, et interventions plus putassières qui ne sont pas sans rappeler... Shakira ! Par ailleurs, les titres 4 à 6, plus courts, forment un ensemble un peu faible qui néglige l'inventivité de l'écriture pour ne retenir que la portée émotionnelle des soli et mélodies vocales. À titre d'exemple, "Deep Space Intermission" ne peut laisser indifférent, mais, convenu et prévisible, agacera rapidement l'auditeur en quête d'un minimum d'originalité.

Au final, Proximal Distance propose un premier album riche, cohérent et varié. Si la prise de risque peut parfois sembler minimale, l'attention portée à la fois à l'écriture et à la recherche d'une intensité émotionnelle permanente, fait de ce disque une œuvre dense que sauront apprécier les nostalgiques des 70's ainsi que les adeptes d'une esthétique progressive plus contemporaine.

Alex CAMPENS

(chronique parue dans Big Bang n°77 - Octobre 2010)