
PISTES :
1. Aeropause (2:22)
2. Goshens Remains (4:04)
3. Apprentice Of The Universe (6:56)
4. Bright Ambassadors Of Morning (9:31)
5. The Exact Colour (6:25)
6. I) Voices In Winter (10:29)
II) In The Realms Of The Divine
7. Bullitts Dominae (6:57)
8. I) The Twyncyn (3:50)
II) Trembling Willows
9. I) He Tried To Show Them Magic
II) Ambassadors Return
CD bonus (éd. InsideOut) :
1. In Aurelia
2. Borgens Vor
3. The Exact Colour
4. The Twyncyn/Trembling Willows
5. Golden Clothes
FORMATION :
Jon Courtney
(chant, guitare, claviers)
Chloe Alper
(chant, basse)
Jamie Wilcox
(chant, guitare)
Jim Dobson
(chant, claviers, guitare, basse, violon)
Andrew Courtney
(batterie)
PURE REASON REVOLUTION
"The Dark Third"
Royaume-Uni - 2006
Sony BMG (Rééedit. InsideOut) - 55:37
On en rêvait, Sony l'a fait. Onze ans après sa brève idylle avec Echolyn, la major vient de signer un nouveau groupe progressif, anglais celui-ci et totalement inconnu jusque-là. Evénement donc même s'il convient de le relativiser sachant que ce premier album de Pure Reason Revolution connaît pour l'instant une distribution géographiquement limitée. Mis sur le marché uniquement en Grande-Bretagne à sa sortie en avril, il a atterri sur le sol américain en juillet (dans une édition à la forme et au contenu quelque peu différents) mais n'a toujours pas officiellement débarqué sur l'hexagone.
Fondée en 2003 par cinq étudiants de l'Université de Westminster, cette jeune formation a enregistré deux CD single et un EP (Cautionary Tales For The Brave) en 2005 avant de réaliser The Dark Third. Si ce titre évoque d'emblée pour vous un légendaire album de Pink Floyd, eh bien sachez que le morceau d'ouverture, «Aeropause», ne saura vous contredire tant il semble s'être échappé de Dark Side Of The Moon. Cet instrumental (le seul au programme), au demeurant fort réussi, ne brille pas particulièrement par son originalité et n'est aucunement représentatif de ce qui va suivre. La suite est en effet d'un tout autre acabit même si l'ombre du Floyd ne cesse de planer au-dessus des huit compositions, comme ce bout de texte, «a million bright ambassadors of morning», directement piqué à "Echoes" et qui, posé sur une mélodie imparable (une parmi tant d'autres), revient hanter notre esprit à plusieurs reprises.
Pure Reason Revolution, que l'on nommera PRR pour gagner du temps et de la place, s'est en fait nourri de multiples influences pour créer cette œuvre d'une remarquable fraîcheur et dont le point fort est incontestablement le travail effectué au niveau des voix. Harmonies vocales et chœurs façon Beach Boys, autre source d'inspiration avouée, le résultat est souvent brillant, Chloe Alper et Jon Courtney démontrant de réelles compétences et se complétant à merveille. Il faut dire que l'on a que trop rarement l'occasion de s'enthousiasmer pour le chant dans un album qualifié de progressif. Car, soyons bien d'accord, The Dark Third peut tout à fait porter cette étiquette. Certes, il n'y pas ici de longues envolées instrumentales, de nappes de Mellotron ni de soli incandescents et les parties chantées prédominent, conférant à l'ensemble un indéniable accent pop, mais la complexité de l'écriture, les changements de rythmes, la richesse thématique, les arrangements truffés de claviers, l'habileté des musiciens... bref, vous avez compris. Et n'oublions pas les contrastes, au cœur de chaque morceau, servant à illustrer le concept (car il en faut bien un pour faire un bon album prog, non ?!), réflexion sur la frontière entre rêve et réalité. Avec le patronyme que le groupe s'est choisi, en référence a la Critique de la Raison Pure d'Emmanuel Kant, il est vrai qu'on avait de sérieuses chances de tomber sur des philosophes en herbe.
Nous sommes ainsi invités à méditer mais aussi à participer activement. Traverser des états antinomiques et pourtant complémentaires. Aux plages atmosphériques héritées du rock planant et de la pop 60's répondent des déchaînements à base de voix puissantes et/ou de riffs dévastateurs (à la limite du heavy), le tout sur un fond sonore vaguement space-rock. Une ferveur qui renvoie à Led Zeppelin ou Nirvana mais aussi et surtout, plus près de nous, à Pocurpine Tree, Oceansize (autre formation britannique de talent, auteur de deux excellents albums à la croisée des genres pop, metal, psyché, post-rock) ou encore Muse. Avec ce dernier, PRR partage notamment un sens du spectaculaire et de l'emphase symphonique (renforcée par les interventions du violon), à la différence près qu'il se montre moins aguicheur et ne se soucie guère des formats. Cela ne devrait pas empêcher les amateurs de pop rock anglaise de l'adopter (c'est déjà le cas Outre-Manche), car au-delà de sa sophistication et de son essence seventies, il sait se montrer accessible, efficace et moderne. Saluons au passage la qualité de la production, signée Paul Northfield (Rush, Queensrÿche, Smashing Pumpkins...), dont la précision et la clarté soulignent chaque nuance.
Dès son premier album, PRR s'affirme comme un grand espoir du mouvement progressif et mérite assurément une large reconnaissance. Sans révolutionner le genre, il réussit là où beaucoup se sont fourvoyés, dans la tentative de traduire l'ambition artistique d'une époque révolue en un langage actuel. Tout en rendant hommage à leurs glorieux aînés, ces jeunes Anglais parviennent à transcender leurs influences et, par conséquent, à nous surprendre. Espérons que Sony ne les abandonne pas en chemin et que leur entente ne prenne pas prématurément des airs de «je t'aime, moi non plus». En attendant la suite, apprécions The Dark Third comme il se doit, c'est à dire comme une œuvre capable de mettre nos sens en éveil et de nous faire rêver, si tant est que le tiers de notre vie que nous passons à dormir ne suffit pas.
Yann CARREAU
(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)

