
PISTES :
1. Woodrose (5:19)
2. Half Of Everything (6:31)
3. Korea (10:01)
4. Travel Candy (5:40)
5. Stand My Ground (6:26)
6. Moontripper (4:42)
7. Fractions (14:03)
FORMATION :
Filip Norman
(guitares, chant, instruments à cordes ethiques)
Federico de Costa
(batterie, chant, percussions)
Robin Kvist
(chant, flûte)
Patrik Persson
(basse, Moog)
INVITÉS
Niklas Barker
(Mellotron)
Joakim Svalberg
(clarinette, Moog)
Mats Öberg
(Moog)
Dennis Berg
(electronic bite alarm)
Simon Steensland
(theremin)
Per Wikström
(percussions)
EXTRAITS AUDIO :
QOPH
"Pyrola"
Suède - 2004
Kaleidophone Records - 50:25
Nous vous parlions, lors du dernier numéro et de l'article concernant Liquid Visions et son rock psychédélique protéiforme et de haute volée, des liens étroits qu'il demeurait possible d'établir entre le psyché et le prog; eh bien Qoph et son second album (et le premier chanté en anglais), Pyrola, pourrait tout à fait servir de chaînon manquant entre les deux styles. En effet, bien que nos Suédois puisent ouvertement leurs références et influences dans un heavy-rock à fortes consonances psychédéliques, ils le font avec une concision, un sens du break et de la mélodie typiquement progressifs, et se rapprochent, en particulier, de la récente (enfin, qui dépasse allègrement la décennie d'âge tout de même) école Scandinave.
On peut donc d'ores et déjà affirmer que Pyrola s'adresse à une frange de mélomanes des plus épanouis allant des adeptes d'Anekdoten ou Landberk aux furieux fans de Liquid Visions ou Five Fifteen en passant par les nostalgiques de ces groupes 70's estampillés heavy-psyché comme les Hollandais de Cargo, les Israéliens de Jericho, les Anglais de Led Zeppelin (à tout seigneur, tout honneur) ou les Américains de Captain Beyond. Oui, Captain Beyond, voici un groupe qui revient souvent dans les conversations musicales en ce moment, beaucoup de groupes pop britanniques actuels se réclamant du super-groupe (cf. la célèbre Revue de Presse de Pnilippe Babo) et qui, rien que dans le présent magazine, est cité au moins trois fois ! (Areknamés, Lucifer Was et Qoph, donc.)
Ouvrons donc, si vous le voulez bien, une courte parenthèse afin de vous rappeler (apprendre ?) la courte carrière de ce groupe a part. Bien qu'assez obscure aujourd'hui (la faute en incombant à un label, Capricorn, les faisant tourner avec un autre de leur poulain : Allman Brothers Band, ayant forcement un public différent) on peut qualifier Captain Beyond de «super-groupe» puisqu'il est composé d'ex-membres d'Iron Butterfly, de Deep Purple et du Johnny Winter Band, excusez du peu ! Auteurs de deux albums vraiment particuliers (nous passerons sous silence le troisième, sans grand intérêt et ayant eu la malchance de naître à une époque moins propice au rock défricheur, 1977) Captain Beyond (1972) et Sufficiently Breathless (1973), le groupe proposait (sur le premier album surtout) un heavy-rock vraiment original et à fortes velléités «cosmiques» : chant aérien, guitares incroyables aux effets multiples et rythmique puissante et hypnotique, le tout offrant un album concept constitué de longues suites de courts titres enchaînés (le second, voyant le renfort de percussions et de claviers est plus accessible mais moins original).
Et bien, Pyrola est en partie dévoué aux fastes du premier album du capitaine de l'au-delà, ainsi qu'à quelques riffs bien sentis, «zeppeliniens» en diable. Ici aussi, les guitares mènent la danse et offrent les sons les plus variés (très rock, acides, acoustiques, tendus, «à la Hillage» etc....), la batterie sait aussi bien être puissante qu'aérienne à la demande des thèmes, et la basse soutient parfaitement les deux compères, elle est même capable de se mettre en avant lorsque le besoin s'en fait sentir. Quant au chant, il est plus qu'honorable voire même bon, il lui manque seulement un «chouilla» de charisme mais difficile de résister aux comparaisons avec Rod Evans ou Robert Plant, n'est-ce pas ?
Et le progressif dans tout ça, demanderez-vous ? Il est surtout introduit par les instruments «externes» au quartet de base. Flûte, harmonica, clavinet, harmonium, sitar ou congas mais aussi le moog de Mats Oberg (la moitié du duo Mats/Morgan, normal, Pyrola est enregistré chez eux !), le Mellotron de Nicklas Barker (Anekdoten) ou le theremin de Simon Steensland, tous confèrent à l'album une plus grande variété de sons et créent un mélange de genres plus proche de l'idée que l'on se fait du rock progressif. Chaque morceau (au nombre de sept et compris entre 4 et 14 minutes dont un instrumental) est agrémenté au moins d'un de ces instruments qui, ajoutés au savoir-faire du groupe finissent de nous faire penser que nous tenons un très bon exemple de compromis réussi entre heavy-psyché et rock progressif.
Seul petit bémol : alors que le superbe «Korea» et ses cinq minutes (au milieu de dix) de fastes spatiaux sous haute énergie (à la Gong, grande époque) se présente sans conteste comme le meilleur titre de Pyrola, l'autre grand morceau de l'album, «Fractions» (14:01) peine, lui, à vraiment décoller et paraît bien longuet. Cinq ou six minutes, voilà la durée idéale dont Qoph (la lettre «Q» en hébreux, au fait, et une carte du Tarot, également) a besoin pour s'exprimer. Mais ne boudons pas notre plaisir, pensions-nous le groupe séparé, Kalejdoskopiska Aktiveteter datant de 1998, que le revoici et en meilleur forme que jamais. Vite ! un nouvel album pour confirmer !
Fabien CLAIR
(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)


