BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Waning Season
2. Prayers Of The Highland
3. The Resonance Of The Throne
4. The Punishment Of The Submerged
5. Five Fathers Resurrection
6. The Enlightening March Of The Argonauts

FORMATION :

Roberto Sgorlon

(guitares, chant)

Paolo Paroni

(claviers, piano)

Fabrizio Morassutto

(batterie, percussions)

Paolo Maestrutti

(basse)

Fabio Giacomello

(guitare acoustique)

Annalisa Malvasio

(chant)

QUASAR LUX SYMPHONIÆ

"The Enlightening March Of The Argonauts"

Italie - 1997

WMMS - 45:25

 

 

Souvenez vous, il y a déjà près de trois années, une jeune formation italienne parfaitement inconnue nous livrait, en guise de première œuvre, rien moins qu'un magistral opéra rock. Aujourd'hui bien sûr, les qualificatifs élogieux utilisés à la sortie d'Abraham peuvent paraître exagérés; rappelons néanmoins l'événement majeur qu'il fut à l'époque pour mettre en perspective son successeur. Car, même avec le recul, cette œuvre titanesque demeure l'un des projets les plus fous de ces dernières années, auquel seules certaines parties vocales empêchaient de prétendre au statut d'œuvre majeure de notre mouvement.

Quasar Lux Symphoniæ lui donne donc (enfin !) une suite dans un contexte bien moins favorable qu'en 1994. La concurrence s'est faite plus rude et le niveau qualificatif des réalisations progressives, même moyennes, a considérablement augmenté. Le groupe italien se trouve donc face à deux échéances quasi vitales pour sa pérennité : confirmer non seulement les espoirs placés en lui en réalisant un cligne successeur à son premier opus, mais aussi plus simplement prouver (voire trouver) sa place dans l'élite du paysage progressif contemporain.

Malheureusement, Quasar Lux Symphoniæ n'a pas vraiment réussi à négocier de manière convaincante le virage tant redouté du second album (car faisant appel à une nouvelle dimension créative pas toujours facile à gérer : la pression du public). Pourtant, toutes les cartes semblaient en possession du quintette italien (le guitariste additionnel, Fabio Giacomello, a été intégré comme membre à part entière) : un énorme talent et une réelle personnalité. Sans renier le propos musical proposé sur Abraham, le groupe a semble-t-il, et c'est courageux, décidé de ne pas se répéter et d'explorer une voie différente qui, disons le tout de suite, est nettement moins ambitieuse et enthousiasmante. Délaissant l'art lyrique pour une forme plus classique et plus typiquement progressive, (The Enlightening... étant un concept album), la musique reprend logiquement (et heureusement, vous comprendrez bientôt pourquoi) ses droits, les parties vocales (de part la nature du projet) ayant perdu leur rôle central.

Si les deux principaux compositeurs sont toujours présents : l'excellent Paolo Paroni (claviériste) et le moins brillant Roberto Sgorlon (guitariste et hélas, trois fois hélas, chanteur...), leur conception musicale a pas mal évoluée et l'inspiration semble, quand à elle, s'être édulcorée. Si l'on retrouve, au fil de ces six titres (de 4:41 à 10:38), toujours ces superbes séquences emphatiques et symphoniques qui avaient donné cette dimension si savoureuse à Abraham, elles ne sont désormais dévolues qu'aux seuls claviers, la guitare, dont le son s'est durci, se faisant l'instrument d'une approche plus brute. Cette mise en forme rappelle ainsi les sonorités archéologiques et brumeuses d'un label comme Black Widow...

Cette facette quelque peu «Seventies revival» étant très amplifiée par la production d'une rare médiocrité, on en vient à se demander si la réalisation de ce nouvel album n'a pas souffert de quelques soucis d'ordre financier... A croire même qu'il puisse s'agir d'une vulgaire démo, tant le son manque de relief, notamment au niveau de la batterie et surtout de la guitare, toujours à saturation maximale (en prise directe ?). J'en conviens, s'arrêter aux seules déficiences sonores auraient mis au ban de nos colonnes nombre de formations «incontournables» qui ne jouissent bien souvent pas de conditions d'enregistrement optimales. Les compositions, si elles sont agréables et assez complexes, ne parviennent que rarement à décoller vraiment. Les différents thèmes semblent s'enchaîner dans la plus parfaite anarchie, les transitions étant parfois assez houleuses.

D'évidence, le groupe est plus à l'aise quand, à l'image d'un orchestre symphonique, il joue le rôle d'assise musicale au service d'un propos littéraire et vocal conséquent. Dans un mode d'expression plus orthodoxe, d'un strict point de vue progressif, Quasar Lux Symphoniæ a bien du mal à créer une musique cohérente et imagée.

Mais il y a plus grave, cet album souffre d'un défaut qui peut s'avérer définitivement rédhibitoire : je veux parler du chant de Sgorlon, qui est assez consternant. Déjà pas très brillant sur l'opus précèdent, notre homme avait néanmoins eu l'intelligence de se faire épauler par cinq autres chanteurs, rendant ainsi sa prestation un peu plus discrète. Désormais vocaliste en titre (seule Annalisa Malvasio, bien plus convaincante, continue à le seconder épisodiquement), le bougre nous assène une démonstration de son registre qui, il faut bien l'avouer, se résume à une mélopée de vocalises plaintives et totalement insupportables. Écoutez (si vous êtes très courageux ou parfaitement inconscient), l'introduction du bien nommé «The Punishment Of The Submerged» (6:38), vous serez vous aussi submergé et puni à l'écoute d'un tel désastre. A tel point que, dès qu'il prend la parole, l'on demande grâce, avec une attente frénétique, qu'il veuille bien s'arrêter de roucouler...

Plus que de la déception, c'est un véritable sentiment de frustration qui envahit l'auditeur à l'écoute de The Enlightening March Of The Argonauts. Quasar Lux Symphoniæ y gâche de bien futile manière l'immense talent qu'on peut légitimement lui prêter. C'est d'autant plus dommageable que les parties de claviers (tour à tour synthétiques ou acoustiques) sont superbes et grandioses. Nous ne saurions donc que trop conseiller à Sgorlon de se trouver un remplaçant, même à temps partiel, ou alors de prendre quelques cours de chant, ce qui au vu du travail à effectuer, s'avérera une tâche, non seulement probablement très longue, mais surtout extrêmement coûteuse...

Olivier PAUTONNIER

(chronique parue dans Big Bang n°22 - Septembre/Octobre 1997)