BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Queensrtche - Operation Mindcrime II

PISTES :

1. Freiheit Ouvertüre (1:36)
2. Convict (0:08)
3. I'm American (2:53)
4. One Foot In Hell (4:13)
5. Hostage (4:30)
6. The Hands (4:37)
7. Speed Of Light (3:12)
8. Signs Say Go (3:17)
9. Re-arrange You (3:11)
10. The Chase (3:10)
11. Murderer? (4:34)
12. Circles (2:59)
13. If I Could Change It All (4:28)
14. An Intentional Confrontation (2:32)
15. A Junkie's Blues (3:42)
16. Fear City Slide (4:58)
17. All The Promises (5:11)

FORMATION :

Geoff Tate

(chant)

Michael Wilton

(guitare, chœurs)

Mike Stone

(guitare, chœurs)

Eddie Jackson

(basse, chœurs)

Scott Rockenfield

(batterie, percussions)

INVITÉS

Ronnie James Dio
(chant)

Pamela Moore
(chant)

Miranda Tate
(chant)

QUEENSRŸCHE

"Operation Mindcrime II"

États-Unis - 2006

Rhino - 59:08

 

 

Nous vous avions longuement parlé du groupe américain, précurseur du hard prog actuel, dans notre cinquante-et-unième livraison, particulièrement de leur chef d'œuvre, le mythique Operation : Mindcrime. Et voilà que les musiciens proposent rien moins qu'une suite à cet album considéré par beaucoup comme une des pierres de touche du heavy metal le plus ambitieux. L'opération est risquée, et parmi les raisons que l'on peut invoquer, outre une actualité politique qui motive plus que jamais le chanteur Geoff Tate, notoirement anti Bush, le recul du succès commercial du groupe depuis une bonne dizaine d'années est sans doute pour beaucoup.

Queensrÿche a donc soigné la forme : une pochette dans le droit fil de celle du premier volet (jusqu'à la présentation des titres au verso), une ouverture instrumentale avec une batterie marquée, quelques bruitages et dialogues, la présence d'un orchestre symphonique et de Pamela Moore, duelliste de Geoff Tate sur l'excellent «Suite Sister Mary» de 1988, jusqu'à une prise de son évoquant les années 80 (la production apparaissant avec un certain manque de puissance, cependant). L'essentiel, en tous les cas, reste le contenu artistique. Et de ce point de vue, on peut dire que dans l'ensemble, le compte y est. A côté de titres bien marqués metal, tels «I'm American», taillé pour les radios, avec son rythme soutenu et son refrain facilement mémorisable, l'obsédant «Signs Say Go» ou le plus lent «One Foot In Hell», on trouve des compositions plus ambitieuses.

On peut ainsi signaler «Speed Of Light» et son tempo plus posé, avec une petite séquence instrumentale ouvrant sur un premier échange Moore/Tate, et le doublé «Hostage»/«The Hands», dont l'alternance acoustique-électrique est du plus bel effet, et sur lequel Tate passe du très grave au plus aigu. De «Re-Arrange You» à «Fear City Slide», d'ailleurs, huit morceaux se succèdent qui composent l'apogée du disque. Les arrangements orchestraux y sont plus développés, les contrastes plus marqués (sur «Murderer ?», l'introduction délicate, et la conclusion tranchent avec les couplets et refrain plus lourds), et on y trouve quelques perles : «The Chase», duo au sommet entre Geoff Tate et le grand Ronnie James Dio, qui incarne le Dr X, «If I Could Change It All» et le puissant «A Junkie's Blues» aux accents épiques, tout droit sortis de la BO d'un film de David Lynch, sans oublier un interlude de deux minutes, «Circles», où la guitare se fait frippienne...

Dommage que la ballade «All The Promises», très fade, échoue à conclure l'album en beauté. Les musiciens font en tous les cas preuve d'un dynamisme louable, de Geoff Tate, impérial, à Scott Rockenfield, au jeu de batterie toujours plus subtil qu'il n'y paraît, en passant par le bassiste Eddie Jackson, souvent mis en valeur au mixage. Tout au plus peut-on dire que Michael Wilton et Mike Stone restent un cran en dessous de Chris de Garmo, malgré de bons soli de guitare, et que les arrangements orchestraux de Ashif Hakik n'égalent pas ceux du regretté Michael Kamen. Mème si ce second volet ne parvient pas au niveau du premier, auréolé désormais du voile de la légende et immortalisé dans la gangue du temps écoulé, il partage avec lui une indéniable ambition artistique, et s'impose comme le meilleur disque de Queensrÿche depuis Empire...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)