
PISTES :
1. Awakening (6:50)
2. Chasing Rainbows (6:07)
3. Playing The Game (4:14)
4. Aching Hunger (6:45)
5. Sacred Shape (6:38)
6. Fallen Angels (6:25)
7. Shadows Of The Mind (7:18)
8. With Cold Glass (4:43)
FORMATION :
Rachel Jones
(chant, percussions)
Dylan Thompson
(chant, guitares)
Gareth Jones
(chant, claviers)
Matthew Cohen
(basse)
Lee Wright
(guitares)
Vinden Wylde
(batterie)
EXTRAITS AUDIO :
THE REASONING
"Awakening"
Royaume-Uni - 2007
Comet - 48:58
Quelle belle et inattendue découverte que ce groupe ! Formé par Matthew Cohen, bassiste un temps membre de Magenta (et à l'origine d'un autre groupe plus obscur et, pour tout dire, peu convaincant, Erasmus), The Reasoning propose un rock mélodique à coloration progressive comme je crois n'en avoir jamais entendu ! Une musique à la fois simple, directe, superbement produite, admirablement chantée, et suffisamment riche pour mériter qu'on s'y attarde. Ce que nous allons faire de ce pas.
The Reasoning est né en 2005, fruit de la collaboration de musiciens déjà bien expérimentés. Après avoir quitté Magenta, Matthew Cohen fait la connaissance du guitariste-chanteur Dylan Thompson et tous deux commencent à écrire des chansons. Au fur et à mesure, ils sont rejoints par un autre guitariste, Lee Wright, un claviériste-chanteur, Gareth Jones (lui aussi membre d'Erasmus), un batteur, Vinden Wylde, puis au dernier moment par l'ex-chanteuse de Karnataka, Rachel Jones. Tout ce petit (et joli) monde se remet donc au travail et parvient assez vite à composer un album complet, qui voit la participation amicale du guitariste de Marillion Steve Rothery, ce dernier ayant également amené avec lui Dave Meegan qui prend en charge le mixage de l'album. Comme quoi le monde de la musique est décidément bien petit.
Si la présence de musiciens invités prestigieux n'est pas forcément garante d'une œuvre impérissable, Steve Rothery a rarement été pris en défaut quant à ses choix en la matière : qu'on se rappelle du premier album de nos compatriotes d'Arrakeen ou du premier Jadis. Et ce n'est donc pas Awakening qui ternira son curriculum vitae, loin de là. Car les huit titres (de 4:13 à 7:18) qui composent cet album sont tous de splendides chansons, gorgées d'énergie, animées d'une pulsation rock diablement entraînante, et au rendu sonore bluffant de précision. Le travail de Dave Meegan est assez phénoménal car chaque instrument ressort parfaitement et à chaque instant, que ce soit les solistes (guitares essentiellement, claviers parfois) ou la section rythmique bouillonnante (splendide jeu de basse notamment).
Si les claviers apportent souvent une assise symphonique lorsque les synthétiseurs sont en action (avec des sons modernes épatants), c'est surtout le piano que Gareth Jones utilise en solo, à la manière cristalline d'un John Hawken (Renaissance et Illusion). Ce parfum années 70 est confirmé par un nombre conséquent de solos de guitare pleins d'un lyrisme très "Pink Floydien", voire évoquant justement John Knightbridge, le guitariste d'Illusion (le groupe formé par d'anciens membres, entre autre, de la première mouture de Renaissance). Cette ressemblance est particulièrement frappante sur «Playing The Game», morceau à la densité émotionnelle inversement proportionnelle à sa longueur. Mais en dépit de ces références un peu passéistes, le groupe sonne très actuel, alternant titres vraiment rock avec mid-tempo plus apaisés, quand il ne mélange pas les deux. Il n'y a guère que le morceau de conclusion, «Within Cold Glass», qui soit vraiment plus calme, avec un superbe violon en introduction (qui n'est pas sans rappeler le Darryl Way version calme de Curved Air - tiens encore une référence aux années 70 me direz-vous !) et une courte mais si belle envolée de guitare de devinez qui...
Mais peut-être plus encore que la musique, ce qui fait à mon sens la très grande force et la spécificité de ce groupe, ce sont les capacités vocales des trois chanteur(se)s et leurs utilisations au sein des compositions. On aurait pu croire par exemple que du fait de son expérience avec Karnataka, Rachel Jones soit la chanteuse "leader" par excellence, or il n'en est rien. Elle et ses deux acolytes font jeu égal, et c'est justement la complémentarité des uns et des autres qui donne toute leur valeur (et leur saveur) à ces chansons. Car bien souvent, ils chantent tous les trois des parties différentes, à tour de rôle, conjointement, ou bien se font écho les uns aux autres. Le résultat, comme sur le morceau-titre qui ouvre l'album de la plus belle des façons, «Aching Hunger» ou «Shadows Of The Mind» est tout bonnement superbe, entre la voix rock'ailleuse de Dylan Thompson, celle plus aiguë et douce de Gareth Jones, et la sensuelle Rachel Jones (qui amène aussi une belle couleur folk celtique). Vous pourrez me dire que les groupes à trois voix sont rares, mais à ce niveau d'excellence, il n'y en a même pas d'autres !
Pour son premier album, The Reasoning fait plus que m'éveiller : il m'enchante, me bluffe, m'époustoufle par son pouvoir de séduction mélodique tant musical que vocal (peut-être même plus sur ce point). Vivement la suite !
Christian AUPETIT
Entretien avec Rachel JONES :
Plusieurs parmi vous ont fait partie d'autres groupes avant de former The Reasoning. Comment se sont déroulées vos rencontres ?
Après son départ de Magenta fin 2005, Matthew (Cohen) a rencontré Dylan (Thompson) au cours d'une session d'enregistrement en studio, et ils se sont si bien entendus qu'ils ont aussitôt décidé de créer leur propre formation. Lorsqu'ils ont eu quelques compositions pratiquement finalisées, Matthew est allé chercher Lee (Wright) et Gareth (Jones), avec qui il avait travaillé par le passé. Et après quelques changements de batteur, Vinden (Wylde) nous a rejoints à titre permanent en 2006. De mon côté, j'avais décidé de faire une pause par rapport à la musique suite au split de Karnataka en 2004, mais j'ai été si enthousiasmée par la musique et l'esprit de groupe qui régnait au sein de The Reasoning que j'ai finalement décidé de les rejoindre.

D'après le livret de l'album, vous semblez très "proche" de Matthew Cohen. N'est-il pas un peu délicat de mêler vie privée et travail au sein d'un groupe ? Et y a-t-il un lien de parenté entre vous et Gareth Jones ?
Matthew et moi vivons en couple depuis 2005, alors, oui... nous sommes effectivement très proches ! (rires) Une expérience précédente m'a montré que c'était une mauvaise idée de mélanger le plaisir et le travail, mais je suis heureuse de constater que le contraire m'est offert aujourd'hui ! Quant à Gareth, il n'y a pas de lien familial. Il s'agit d'une homonymie.
Comment êtes-vous entré en relation avec Dave Meegan, producteur bien connu des fans de Marillion ? Et avec Steve Rothery qui joue sur un de vos morceaux ?
J'ai rencontré Steve il y a plusieurs années lors d'un concert de Karnataka. Il m'a écrit l'année, dernière, pour savoir si j'étais toujours impliquée dans le domaine musical, et il s'est proposé de m'aider dans le cas où j'aurais un projet qui se monterait. Nous l'avons donc invité à écrire et enregistrer le solo de guitare de «Within Cold Glass», et voilà ! Matthew et moi sommes fans de Marillion depuis toujours, nous avons donc réalisé un très grand rêve en ayant la chance de travailler avec Steve. Le rapprochement avec Dave Meegan est aussi un résultat de cette collaboration. Dave a une oreille incroyable pour notre style de musique, et il a fait un boulot formidable au niveau de la globalité du son de l'album. Nous sommes totalement enchantés par le résultat final. Nous espérons bien sûr travailler de nouveau avec eux dans le futur.
Une caractéristique originale de The Reasoning est de compter trois chanteurs dans ses rangs. Cela doit être assez exigeant d'un point de vue écriture. Comment abordez-vous cet aspect spécifique ?
Oui c'est très certainement inhabituel ! D'un point écriture et enregistrement toutefois, c'est plus un atout qu'une gageure. Nous avons tous les trois des voix très différentes, donc très faciles à distinguer. Ce qui signifie que nous pouvons partager le chant suivant les morceaux. Le travail sur les harmonies est également quelque chose de très spécial. Nous travaillons beaucoup ensemble, tant au moment de l'écriture que de l'enregistrent, et je crois que nous nous complétons très bien les uns les autres suivant les tâches à accomplir.
Avec un nom de groupe comme le vôtre ("the reasoning" signifiant le raisonnement, ndr), on peut imaginer que votre conception de la musique ne s'arrête pas au seul divertissement. Pouvez-vous nous dire brièvement quels sont vos sujets d'inspiration ?
Pour la plupart, les chansons traitent de sujets liés à la spiritualité, mais aussi à tout ce qui a trait à la condition humaine, à la signification même d'être humain. Nous sommes tous très fascinés par cet aspect, et nous tendons d'ailleurs à avoir une approche plutôt philosophique de la vie ! Nous aurions souhaité inclure les paroles des chansons dans le livret, mais nous avons du y renoncer pour des raisons purement financières. Nous avons monté notre propre label, et lorsqu'on est indépendant, sans soutien d'une grosse maison de disques, il y a des luxes qu'on ne peut (malheureusement !) pas se permettre. Mais les retours que nous avons concernant Awakening sont tels que pour le prochain album, nous serons certainement en mesure d'offrir un livret plus complet, avec les paroles cette fois.
Votre musique est visiblement influencée par des groupes comme Pink Floyd, Pendragon, ou encore la musique celtique. Y a-t-il des influences particulièrement importantes pour vous ?
Nous avons tous une forte culture rock, et un passé musical lié au monde du rock, mais nos influences sont très éclectiques. Bien qu'on puisse déceler à l'occasion des moments d'inspiration Floyd-esques, je pense que notre son est très ancré dans notre époque. Et puis, il semble que le public que nous touchons est très varié, alors cela reflète finalement notre palette d'inspiration.
Comment voyez-vous votre affiliation au genre "progressif" ? Pensez-vous qu'il est gênant d'être rangé dans telle ou telle catégorie ?
Avoir une "étiquette" d'appartenance à un style musical particulier a des côtés positifs et négatifs. Nous sommes assez méfiants par rapport au terme "progressif", car il a tendance à être perçu aujourd'hui comme signifiant "rétro", en référence aux années 70. J'estime que notre musique est bien construite, mélodique et émotionnelle, mais aussi accessible, avec un potentiel commercial non négligeable. Cela ne nous intéresse pas d'écrire et de jouer des suites extravagantes de 20 minutes ! A choisir, je préférerais que The Reasoning soit rangé sous la bannière du "classic rock", avec une approche résolument originale.
Vous avez déjà des concerts programmés en 2008. Et Matthew me confiait être déjà au travail sur le deuxième album. Avez-vous plus de précisions sur ces divers projets ? Pourra-t-on vous voir en dehors du Royaume-Uni ?
Oui, le prochain album est déjà sur les rails, et nous avons encore plein d'idées en cours de mise au point. Nous avons l'intention de jouer beaucoup en 2008, et nous comptons bien venir jouer en Europe et aux USA également. La meilleure (et la plus agréable !) façon de se faire connaître et d'élargir notre public est de jouer sur scène, d'amener la musique au public, et de lui montrer nos capacités. Nous espérons vous voir tous très bientôt !
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°66 - Été 2007)


