
PISTES :
1. Submissive (18:06)
2. Gentry (5:23)
3. Very Strange (19:13)
4. The Voice (piste bonus) (3:59)
FORMATION :
Steff Dorval
(chant)
Simon Caron
(guitares)
Pierre Massicotte
(claviers)
Mathieu Gosselin
(basse)
Perry Angelillo
(batterie)
RED SAND
"Gentry"
Canada - 2005
Autoprod. - 46:42
Simon Caron n'aura pas tardé à donner une suite à son premier opus fort sympathique, Mirror of Insanity (voir BB 54). Très influencé par le Marillion des débuts (donc avec Fish au chant), cet album démontrait des qualités de compositeur et d'instrumentiste (l'homme est guitariste) plus que prometteuses, et derrière l'hommage certes un peu appuyé se profilait l'émergence d'une personnalité à suivre de près dans le registre du prog classique et mélodique. Gentry, deuxième album de son groupe Red Sand, conforte notre opinion à bien des égards, même si l'ombre du maître plane encore pas mal alentour.
Avec un effectif totalement remanié (nouveau chanteur, nouveau claviériste et nouvelle section rythmique), le groupe nous ressert un univers certes bien balisé, mais globalement mieux construit et plus personnel. La voix de Stéphane Dorval utilise ainsi bien moins les tics de Fish, même si elle possède une bonne dose de théâtralité (chant en anglais avec une pointe d'accent québécois). Les arpèges de guitare «à la Steve Rothery» sont moins systématiques, par contre les solos sont toujours aussi lumineux et là personne ne s'en plaindra (on aurait plutôt tendance à en redemander). Les morceaux sont mieux construits dans leur continuité (2 longues pièces de 18:06 et 19:13 plus un titre central plus court de 5:24 au beau solo de guitare), et l'impression de collage artificiel du précédent album a quasi-complètement disparu, même si l'alternance très «Marillionnienne» de passages fiévreux puis de retour au calme demeure bien présente.
L'album est essentiellement constitué des deux suites «Submissive» et «Very Strange», la première comportant maintes envolées de guitare lyriques au possible, la seconde un peu plus orientée claviers (avec nappes de mellotron à gogo), et les deux jouant constamment sur des contrastes entre parties dynamiques et parties apaisées. Le chant y tient une bonne place, avec des mélodies accrocheuses, une recherche permanente d'émotions (un brin trop chargée parfois) et le souci de raconter une histoire plutôt que d'enchaîner les couplets-refrains habituels. Mais ce sont les nombreuses et longues parties instrumentales qui captivent encore plus, non pas pour leur virtuosité (même si la compétence des musiciens n'est pas à remettre en cause), mais pour leur quête de pureté mélodique, un souci visiblement permanent dans la façon de composer de Simon Caron.
Dans le créneau choisi, la musique de Red Sand est particulièrement réussie et devrait enthousiasmer tout un chacun. Bien sûr on peut espérer que l'identité propre du groupe (si celui-ci se stabilise dans sa formation) s'affirme et se démarque encore plus de son modèle, mais à part ça, on ne voit guère de critique à formuler. Ah si, une production un peu plus puissante serait pas mal non plus. Rendez-vous est déjà pris pour un troisième album.
NB : Je passe quasi sous silence le morceau bonus du premier pressage, une chanson très mièvre qui n'apporte strictement rien et dont on peut très bien se dispenser.
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

