BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Retrospective pochette

PISTES :

1. Earthsong (10:45)
2. Man (5:14)
3. Judgement Day (9:16)
4. Dreams (6:09)
5. World Reveal (8:49)
6. Starry Night (6:05)
7. Urban Flight Delight (6:53)
8. Taking My Time (8:26)
9. The Fool (5:23)

FORMATION :

Tore Bø Bendixen

(chant, claviers, guitare, basse)

Ann-Kristin Bendixen

(chant)

Tommy Berre

(guitares électrique et acoustique)

Harald Skullerud

(percussions)

Ole Staveteig

(guitare)

Odd Harald Jensen

(batterie)

RETROHEADS

"Retrospective"

Norvège - 2004

Unicorn Records - 67:00

 

 

Avec un tel patronyme et un tel titre d'album, ce groupe norvégien annonce clairement la couleur. Retroheads, formé en 2003 à l'initiative de Tore Bø Bendixen, producteur de radio et de télévision, ex-membre de Fruitcake et grand amateur de rock progressif, a choisi de remonter le temps. Welcome back to the seventies.

Pour mener à bien ce 'retour en arrière', faute de disposer d'instruments d'époque, la technologie numérique a été utilisée pour recréer les sonorités analogiques des claviers. Sans dégager la chaleur des Mellotron, MiniMoog, ARP et autre orgue Hammond, l'échantillonnage donne un résultat assez convaincant. Il ne faut toutefois pas s'attendre à un habillage totalement 'rétro', d'autant que la production et la guitare électrique tranchante confèrent à l'ensemble une certaine (paradoxale ?) modernité.

Tore Bø Bendixen témoigne de sa passion pour le progressif, et en particulier celui de l'âge d'or. Un peu à la manière de Roine Stolt, il puise son inspiration dans les années 70 tout en cherchant à agrémenter ses compositions d'une touche personnelle. Ici les influences sont aisément reconnaissables, Pink Floyd, Camel et Genesis en tête mais certains passages peuvent aussi évoquer Gentle Giant, Gong, Eloy, Hawkwind ou encore des formations plus récentes comme les Flower Kings, The Tangent, RPWL... En fait, à l'écoute de Retrospective, une bonne dizaine de noms (plus ou moins connus) peuvent venir à l'esprit, et ceux-ci peuvent différer en partie d'un auditeur à l'autre. Pourtant cet album ne se résume pas à une suite de clichés, de banalités ou de clins d'œil. S'il ne propose rien de franchement novateur, il renferme des mélodies soignées, des atmosphères soyeuses, des nuances subtiles et un souffle authentique.

Le style est ouvertement symphonique, parfois à consonance rock, parfois plus planant, et toujours d'un constant raffinement. Point de grandiloquence. Le chant, tenu par le maître de cérémonie mais également par son épouse Ann-Kristin (sa voix céleste ne manque assurément pas de charme), est sobre et pas envahissant, c'est à dire qu'il laisse libre cours à de conséquents développements instrumentaux. Ceux-ci prennent la forme d'envolées collectives, de séquences spatiales, de soli de Moog ou d'épanchements de la guitare, à la fois lyrique et incisive, le tout étant soutenu par une section rythmique idoine, quelques riffs metal étouffés, des strates de Mellotron... On se serait par contre volontiers passés des quelques enregistrements sonores (voix de cosmonautes de la NASA, pleurs de bébé, bruits de pas...), pour le moins superflus.

Retrospective se veut avant tout un hommage au rock progressif, une sorte de déclaration d'amour. On le sait, ce genre d'exercice, malgré la sincérité et la bonne volonté de ses auteurs, n'a pas toujours donné lieu à de vraies réussites. Retroheads s'en tire avec les honneurs. Plaisant à défaut d'être bouleversant, son premier album devrait trouver un public parmi les adeptes d'un symphonisme à la fois rétro et racé. A bon entendeur...

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)