
PISTES :
1. The Dark Secret (4:13)
2. Unholy Warcry (5:53)
3. Never Forgotten Heroes (5:32)
4. Elgard´s Green Valleys (2:19)
5. The Magic Of The Wizards Dream (4:30)
6. Erian´s Mystical Rhymes (10:31)
7. The Last Angels´ Call (4:36)
8. Dragonland‘s Rivers (3:44)
9. Sacred Power Of Raging Winds (10:06)
10. Guardiani Del Destino (5:51)
11. Shadows Of Death (8:13)
12. Nightfall On The Grey Mountains (7:20)
DVD
(édition limitée) :
1. Unholy Warcry (version vidéo courte)
2. Unholy Warcry (version vidéo)
3. Unholy Warcry (version vidéo longue)
4. Documentaire sur l'enregistrement à Czlin
5. Elaboration du dragon
6. Entretien avec Christopher Lee
7. Documentaire sur l'enregistrement à Wolfsburg
8. Making of des vidéos de "Unholy warcry"
9. Enregistrement avec l'orchestre
FORMATION :
Fabio Lione
(chant)
Luca Turilli
(guitares)
Alex Staropoli
(claviers)
Patrice Guers
(basse)
Alex Holzwarth
(batterie)
RHAPSODY [OF FIRE]
"Symphony Of Enchanted Lands II
(The Dark Secret)"
Italie - 1994
Magic Circle Music - 72:52
Depuis 2002, les italiens de Rhapsody ne s'étaient manifestés à nous que par le biais d'une première compilation. Un cycle s'était achevé avec la sortie de Power of the Dragonflame, quatrième et dernier volet de la saga d'émeraude, et l'on parlait d'une réorientation partielle du style du groupe, avec en particulier un projet plus axé sur le black metal. Au final, un nouveau départ qui ressemble fort à un retour en arrière, puisque leur nouvel album s'intitule, dans la plus pure tradition d'Hollywood, Symphony of Enchanted Lands part II - The Dark Secret. Doté d'un nouveau manager en la personne de Joey DeMaio, ancien responsable du groupe Manowar, Rhapsody a d'abord sorti un mini album en juin, puis son véritable nouvel opus fin septembre. C'est donc à une analyse précise de ces parutions que nous vous invitons, afin d'essayer de comprendre quel avenir attend le groupe.
The Dark Secret, paru en juin avec le célèbre Christopher Lee en couverture, en charge de l'inévitable narration, offrait donc un avant-goût de l'album à venir. Et il faut bien dire que pour l'essentiel, on naviguait ici en terrain connu. Le premier titre, «Unholy Warcry», proposé dans une version raccourcie, combinait la traditionnelle rythmique speed metal avec des chœurs grandiloquents à souhait pour déboucher sur un refrain martial en diable : a priori, efficacité rimait ici avec facilité. Quant aux inédits, «Thunder's Mighty Roar» était un autre brûlot magnétique, avec des couplets plutôt death et un refrain entraînant, dans une veine encore plus explicitement inspirée de Vivaldi que par le passé (le thème virevoltant de guitare), tandis que «Non Ho Sonno» se présentait comme une nouvelle reprise du groupe de prog italien Goblin (déjà utilisé sur «Queen of the Dark Horizons») à base de vocalises féminines et d'arrangements de violons, pour un résultat assez atmosphérique et relativement fidèle à l'esprit de la formation.
Par contre, les deux autres avant-premières de l'album se révélaient plus intéressantes. «Guardians of Destiny» (chanté ici en anglais, alors que l'original est en italien) est une de ces ballades médiévales dont Rhapsody raffole, et il faut dire que dans le genre, cette composition s'avère très réussie, avec sa flûte festive, ses quelques accords de guitare classique et une mélodie celtisante élaborée et irrésistible, enrobée de chœurs grandioses. Quant à «Sacred Power of Raging Winds», du haut de ses dix minutes, c'est incontestablement le point fort de ce mini album : à une structure relativement classique, introduite par Christopher «Saroumane» Lee et entrecoupée de passages néo-classiques, succède une série de séquences instrumentales tour à tour orchestrales et inquiétantes, symphoniques et un peu plus élaborées rythmiquement, avec solo de clavier (sur une sonorité proche d'un Rudess), puis plus pastorales où la flûte règne en maître, avant un final en arpèges de guitare. De quoi attendre avec intérêt le disque complet !
C'est à la rentrée que sort finalement l'album lui-même, avec douze compositions au compteur, toutes signées des deux leaders Luca Turilli et Alex Staropoli. Le français Patrice Guers est désormais intronisé comme bassiste officiel du groupe, et les intervenants extérieurs sont plus nombreux que jamais : en plus des narrateurs Christopher Lee et Toby Eddington, on trouve en effet plusieurs choristes féminines, un ensemble baroque et pour la première fois un orchestre au grand complet, recruté en république tchèque. Pour ce qui concerne le contenu musical proprement dit, le style ne surprendra pas les connaisseurs des précédents opus de Rhapsody. Néanmoins, alors que l'on pouvait s'attendre à une resucée sans grand intérêt ni originalité, tout est ici décliné à un niveau supérieur, presque sublimé.
Plus longue qu'à l'accoutumée, l'entrée en matière «The Dark Secret (Ira Divina)» mêle la narration théâtrale de Christopher Lee à une musique d'abord orchestrale et délicate, puis à des chœurs cérémonieux et des cuivres imposants : plus que jamais, la proximité avec la musique de film ou avec les opéras de Wagner s'impose. Dans un registre nettement plus prévisible, «Unholy Warcry» et «The Last Angels' Call» sont des brûlots speed aux arrangements toujours très riches et aux lignes vocales percutantes, avec des soli de guitare en arpèges et plus de soli de claviers que par le passé, pour notre plus grand plaisir. Dans cette lignée, on préférera toutefois «Never Forgotten Heroes», aux atours plus contrastés, pourvu de mélodies attachantes et avec une voix de soprano stimulante sans être véritablement originale. De même, les ballades «The Magic of the Wizards Dream» et «Guardiani Del Destino», surtout, sont puissantes mais quelque peu attendues, tout comme la ritournelle médiévale «Dragonland's Rivers».
Mais les points d'orgue du disque sont au nombre de trois. Les deux épiques de dix minutes, «Sacred Power of the Raging Winds», dont nous avons déjà parlé, et «Erian's Mystical Rhymes (The White Dragon's Order)», et les deux ultimes morceaux. «Erian's Mystical Rhymes (The White Dragon's Order)», en particulier, parvient à égaler le titre «Queen of the Dark Horizons», présent sur Rain of a Thousand Flames, par ses arrangements grandioses et ses lignes vocales lyriques, tantôt très aiguës, tantôt graves, réminiscentes de ce prestigieux prédécesseur. Quand au final en deux temps de l'album, «Shadows of Death» et le lent et solennel «Nightfall on the Grey Mountains», qui reprend le thème de «The Dark Secret», sa puissance et son charisme emportent l'adhésion.
Comme le groupe en a l'habitude depuis quelques albums, Symphony Of Enchanted Lands II est proposé à la fois dans une édition simple et dans une édition bonus, en forme de livre luxueux, avec un DVD en plus. Au-delà de l'aspect marketing bien réel, permettant de contrer le simple téléchargement, le désir de combler les fans est indéniable, de par le prix bon marché de ce packaging. On trouve sur ce DVD le clip de «Unholy Warcry» décliné en trois versions : courte (plutôt inutile), single (celle de The Dark Secret), et longue (celle de l'album). Comparativement aux précédentes tentatives de Rhapsody dans ce domaine, on sent que les moyens ont été plus conséquents. Si des côtés kitsch sont toujours bien présents (le costume de Christopher Lee en particulier), la réalisation lorgne plus vers la trilogie du seigneur des anneaux, avec de très nombreux plans de paysages naturels et en particulier de montagnes, qui surpassent en quantité le groupe en train de jouer, ou même les quelques personnages occupés à une cérémonie démoniaque. On peut même voir un hommage partiel à un cinéaste comme Dario Argento (le crâne en train de brûler), et de ce point de vue, le progrès est à saluer. Pour le reste du DVD, on a droit à un documentaire d'une quinzaine de minutes sur la réalisation de l'album, élogieux comme toujours dans ce genre d'exercice, ainsi qu'à deux courts reportages sur le tournage du clip et sur l'aspect visuel de Rhapsody.
Reste que si Rhapsody est ainsi parvenu à sauver la face d'une bien belle manière, avec un disque réussi mais dont on risque de se lasser assez vite, et laissant sur leurs positions amateurs et détracteurs du groupe, renouveler une expérience identique le temps d'un prochain album risque de s'avérer extrêmement délicat. Plus que jamais, Alex Staropoli et Luca Turilli vont devoir se surpasser pour parvenir à progresser...
Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)

