
PISTES :
1.
Wingspread (5:48)
2. The Way Of Things (3:36)
3. Typhoons Decide (5:19)
4. A Little More Like Me (5:17)
5. Solitary Man (8:11)
6. Life Has Just Begun (3:34)
7. Dependence Day (4:45)
8. Seasong For The Moominpappa (7:35)
9. You Can Never Tell (4:49)
10. Big Black Secret (6:56)
11. Power Place (4:57)
FORMATION :
Patrik Lundström
(chant, guitares)
Fredrik Lindqvist
(basse, bouzouki, mandoline, dulcimer)
John Nordgren
(batterie, percussions, guimbarde, chant)
Jon Gamble
(claviers, harmonica, chant)
RITUAL
"Ritual"
Suède - 1995
Muséa - 60:48
Depuis quelques temps, toute réalisation progressive en provenance de Scandinavie attise notre curiosité de façon irrésistible. Engouement bien compréhensible à l'écoute d'albums qui, sans conteste, resteront comme des œuvres majeures de la décennie en cours (un véritable état de grâce créatif et collectif qui, souhaitons-le, sera durable).
Il n'en paraît pas moins excessif et un peu prématuré de parler d'un véritable renouveau de la scène progressive Scandinave. Celle-ci est encore trop jeune, et nombre de formations ont encore à confirmer les espoirs placés en elles : auteurs de premiers albums plus que prometteurs, White Willow et Anekdoten, en particulier, doivent passer le cap difficile du second (cap qui fut fatal à Änglagård, quant à sa pérennité et non à son art - soyons précis).
Reste que, pour les nouveaux groupes, la tâche va être rude afin d'égaler les ténors, dont le niveau qualitatif et créatif moyen est très élevé (avec comme seul bémol, une influence 70's peut-être parfois trop présente, bien que parfaitement assimilée). Par "égaler", je n'entends surtout pas "copier", et il me semble dangereux d'associer uniquement à ces pays nordiques une musique tour à tour sombre et volcanique, pastorale et raffinée : bien que leur convenant parfaitement, cette voie n'est pas la seule envisageable pour les formations progressives de ces régions.
Ritual, nouveau quatuor suédois, l'a compris, et propose une musique qui tranche nettement avec celle de ses compatriotes, à tel point que des comparaisons stylistiques basées sur des considérations uniquement géographiques ne seraient guère pertinentes. De même, il ne faudrait pas déduire trop vite de son nom que cette formation propose une musique rituelle ou empreinte de mysticisme : les ambiances sont au contraire chaleureuses et légères !
En fait, le propos musical de Ritual est assez accessible et évoque beaucoup plus les États-Unis que la Suède : mélodies simples (et parfois simplistes), refrains accrocheurs, chœurs sirupeux (à la Echolyn ?), bref un ensemble plutôt pop et se voulant manifestement très professionnel. Nos quatre suédois peuvent certes se le permettre, alignant de nombreux atouts qui renforcent leur crédibilité commerciale : production excellente, musiciens à la technique irréprochable, chanteur brillant et officiant dans un anglais de très bonne qualité (à saluer, c'est trop rare !)... Et pourtant, l'écoute de l'album ne s'avère guère captivante.
Qu'ils soient dynamiques ("Wingspread" (5:48) ou "Solitary Man" (8:11), brillamment exécutés, et qui s'approchent très clairement du prog américain, voire du hard-prog) ou acoustiques ("The Way Of Things" (3:35) ou "A Little More Like Me" (5:17), à la couleur folk, voire carrément folklorique, mêlant violon, flûte et mellotron), tous les morceaux, malgré leurs différences de style, souffrent des mêmes carences : mélodies manquant singulièrement de finesse (surtout dans les refrains), des idées nombreuses mais trop rarement développées (un solo de guitare par ci, un autre de piano par là), à l'exemple de ce "Big Black Secret" (6:56), symphonique et ambitieux, qui malgré une énergie certaine, n'arrive jamais à décoller et à prendre de l'ampleur (l'ensemble de l'album garde un aspect un peu primaire et bourru).
A ces défauts qui concernent plus la forme que le fond (le potentiel est là, c'est certain !), s'en ajoute un autre, qui est de taille : le chanteur Patrick Lundström, bien qu'excellent, a une tendance exaspérante à saturer l'espace sonore. Ses apparitions sont tellement nombreuses (une véritable logorrhée !) qu'il ne laisse quasiment aucune place aux développements instrumentaux ! A tel point que Fredrick Lunquist (basse, mandoline, bouzouki), Jon Nordgren (batterie) et Johan Gamble (claviers, mellotron, piano) se voient réduits le plus souvent à un rôle d'accompagnateurs, servant une musique totalement dirigée par Lundström qui, de surcroît, officie également à la guitare, principal instrument soliste... Bref, ce n'est sans doute pas un hasard si la photo du recto du CD le montre seul sans ses petits camarades...
Ces onze morceaux (de 3:34 à 8:11), sans être désagréables, sont trop peu ambitieux et ne sortent que top rarement du cadre "chanson" (couplet/refrain). Même les titres les plus "folk" manquent de recueillement, déviant parfois vers la chanson à boire (cf. le final de "Seasong For The Moominpappa", proche d'un "Yellow Submarine" : mauvais goût garanti !)...
Sérieusement, Ritual a un réel potentiel (du moins, on croit le deviner), et il est d'autant plus regrettable de le voir œuvrer dans la facilité. On a cette désagréable impression que les objectifs du groupe semblent plus porter sur les ventes potentielles que sur la qualité musicale. Mais tous les espoirs sont permis, et si Ritual réussit à trouver un style mieux défini et plus profondément personnel, il peut légitimement espérer accéder un jour au Walhalla du prog Viking. En souhaitant que les Walkyries ne jettent pas alors leur dévolu sur leurs personnes...
Olivier PAUTONNIER
(chronique parue dans Big Bang n°14 - Hiver 1995-96)

