BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Out Of Myself pochette

PISTES :

1. The Same River (12:01)
2. Out Of Myself (3:43)
3. I Believe (4:14)
4. Reality Dream (6:15)
5. Loose Heart (4:50)
6. Reality II (4:45)
7. In Two Minds (4:38)
8. The Curtain Falls (7:59)
9. OK (4:46)

FORMATION :

Piotr Grudzinski

(guitare)

Mariusz Duda

(chant, basse, guitare)

Piotr Kozieradzki

(batterie, percussions)

Jacek Melnicki

(claviers)

EXTRAITS AUDIO :

RIVERSIDE

"Out Of Myself"

Pologne - 2004

Autoprod. - 53:16

 

 

Sans trop m'avancer, je peux parier que cet opus va occuper une très bonne place dans bon nombre de classements des meilleurs albums de l'année. Œuvre d'un jeune groupe Polonais jusqu'ici inconnu (ils ne vont pas le rester longtemps !), cet album n'est rien moins qu'une réussite majeure, un de ces disques qui vous marquent pour longtemps. Cela rend ma tâche de chroniqueur d'autant plus difficile que le coup du chef d'œuvre, on vous l'a déjà fait plein de fois et que les déceptions sont parfois/souvent (rayez la mention inutile) au rendez-vous. Laissez-moi donc vous éclairer sur la musique du groupe, juste après vous avoir précisé quelque chose qui vous rassurera peut-être : à la première écoute, je n'ai pas été plus emballé que ça !

Par contre, dès la seconde, il y a eu un gros déclic, et j'ai oublié tout ce que j'avais pu penser juste avant (donc impossible pour moi de vous l'écrire !). Pour faire simple, imaginez un croisement entre Collage (leurs compatriotes disparus) et Porcupine Tree, Pain of Salvation, ou l'Opeth de Damnation. Des premiers, ils ont gardé le goût de l'emphase symphonique avec de grosses nappes de synthétiseurs, et des autres, cette habileté à fusionner les styles les plus divers, que ce soit la pop, la chanson acoustique ou le metal énervé. Sans oublier un guitariste qui sait ce qu'une envolée lyrique veut dire, et croyez-moi il en abuse (bien) à bon escient.

Rien qu'avec le premier morceau, le dantesque «The Same River» (12 minutes), vous voilà emportés dans un tourbillon sonore exceptionnel : longue introduction instrumentale avec une progression en puissance splendide, envolée de guitare superbe (tout juste peut-on regretter une transition un peu décalée mais ce n'est finalement pas très grave), parties chantées brillantes, beaux contrastes rythmiques, et un final magnifique de beauté lyrique (les adjectifs manquent !). Tout ce qu'on adore dans le progressif est là !

Et la suite ne déméritera pas, faisant simplement apparaître un autre versant que semble affectionner ce quatuor, à savoir celui de la ballade acoustique intimiste. L'album (8 autres compositions sont au programme, dont 2 instrumentales, entre 3 et 7 minutes) passe donc d'un style à l'autre, ou intègre ces deux orientations au sein d'un même morceau. Et le résultat est toujours somptueux. Ces musiciens s'y entendent pour échafauder des montées en puissance phénoménales, ou pour vous toucher au plus profond du cœur et de l'esprit par des moments d'une pureté insondable.

Instrumentalement, rien à redire, tout est parfait. Les claviers sont le plus souvent moteur d'un symphonisme tant grandiose que puissant (d'où la référence évidente à Collage); la guitare électrique est l'instrument soliste de premier plan, souvent lyrique et parfois plus rageuse; la guitare acoustique accompagne le plus souvent les parties intimistes (on saisit alors toute l'influence qu'ont pu apporter des groupes comme Porcupine Tree ou Pain of Salvation, notamment pour ce qui est de mêler les parties électriques énervées et les plages d'accalmie bouleversantes); et la section rythmique est puissante sans être metal, avec beaucoup de bonnes idées brillantes (ah ces coups de cymbales sur «The Same River» par exemple). Quant à la voix (c'est le bassiste qui chante), elle est incroyable de chaleur et de puissance, avec des accents à la Mikael Akerfeldt (Opeth) saisissants de mimétisme. Et elle se met de manière confondante au service de la musique (c'est plus souvent l'inverse !), notamment lors de quelques montées de rage... qui finissent par des vocaux presque «death» (mais rien à redire, on attend presque ça avec soulagement !!!).

Plus le temps passe, plus les écoutes s'accumulent (car voilà le genre de CD qu'on a envie de se repasser en boucle et en boucle), et plus cet album devient incontournable. Il est tentant d'en écrire plus, mais d'un autre côté, il est bon de laisser la place au plaisir de votre découverte. Riverside est déjà grand, et on ne peut que souhaiter un avenir radieux à cette formation qui nous enchante de si belle façon dès son premier album. Ouf of Myself est un chef d'œuvre, finalement, c'est dit !

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)