
PISTES :
1. Hole In The Sky (8:22)
Part 1: Fly
Part 2: Crawl To You
2. Who Do You Think We Are (4:15)
3. Wait Five Years (3:00)
4. What I Need -
Part 1: Leaving (1:56)
Part 2: What I Need (5:19)
5. In Your Dreams (6:47)
6. It's Alright (5:21)
7. Crazy Lane (4:43)
8. Fool (5:27)
9. Hole In The Sky
Part 3: The Promise (2:39)
10. Spring Of Freedom (5:52)
11. Farewell (5:50)
12. God Has Failed (2:16)
FORMATION :
Phil Paul Rissettio
(batterie)
Chris Postl
(basse)
Karlheinz Wallner
(guitares)
Yogi Lang
(claviers, chant)
RPWL
"God Has Failed"
Allemagne - 2000
Tempus Fugit - 61:56
Il y a à peine une dizaine d'années, cet album aurait, à coup sûr, déchaîné les foudres de la critique progressive. Il prévalait encore, à cette époque, l'idée que seul un regain d'originalité pure pouvait tirer les musiques progressives de leur marasme. Le clonage était donc d'autant plus condamné qu'il s'avérait fréquent et ne donnait lieu qu'à de médiocres productions.
A Big Bang, en dépit de ces constatations nous sommes toujours partis du simple postulat qu'aucun des modèles avérés ne peut être présupposé indépassable. Aujourd'hui, les maîtres ne sont pas forcément surpassés, mais il est désormais admis que l'originalité n'est, à elle seule, ni un critère de qualité musicale suffisant, ni même une valeur indispensable. Ainsi, il ne viendrait aujourd'hui à l'idée de personne de remettre en cause la valeur d'un groupe comme Anekdoten, dont la dette envers King Crimson est notablement reconnue.
Bref, l'optique de RPWL s'inscrit dans cette logique d'affiliation clairement assumée. Même le nom de ce groupe est censé nous l'avouer, puisque outre les quatre noms des musiciens, comme on l'aurait deviné, il est censé évoquer quatre morceaux de Pink Floyd (je vous laisse deviner lesquels). Quand l'on sait d'autre part, qu'il a d'abord débuté par des reprises, dont l'une («Cymbaline»), particulièrement réussie, figurent sur le récent Signs of Life - A Tribute to Pink Floyd, on se doute que ses premières propres compositions ne vont pas briller par une quelconque innovation.
Le procédé peut paraître facile. Il n'empêche que le modèle des quatre musiciens n'est que bien rarement imité, et surtout (le 'tribute' le prouve) ne donne que très rarement lieu à de très bons morceaux franchement influencés. Des groupes comme Eloy, Porcupine Tree, ou Ayreon ont certes bien lorgné dans cette direction, et avec réussite, mais pour proposer au final une musique incontestablement originale. Ce qui est certes à leur honneur, mais le fait est que personne ne réussit totalement en exploitant à fond cette filière.
Dès le premier morceau, «Hole In The Sky» (8:22), RPWL met les pieds dans le plat. Le mimétisme est à ce point parfait que c'en est presque choquant. Mais encore une fois, n'y voyons aucune immoralité. Après tout si Pink Floyd se révèle trop paresseux pour assurer lui-même la suite de son œuvre (cf. David Gilmour jouant les utilités pour Paul McCartney), il est en fin de compte pour lui-même positif que d'autres prennent le relais, le soulageant d'un effort créatif dont il n'est peut-être plus capable ou le stimulant par un challenge qui l'invite à reprendre les devants.
Pour mieux définir la musique proposée par les Allemands, signalons qu'elle doit sa réussite, à une bonne dose de sagesse (ils ont pourtant prouvé, avec la reprise de «Cymbaline», qu'ils maîtrisaient leur sujet) et à sa relative modestie.
En clair, RPWL a réalisé son album avec le même objectif que David Gilmour lorsque celui-ci a décidé de ressusciter Pink Floyd sans Roger Waters, c'est-à-dire en récupérant l'imaginaire de ce groupe (la seule lecture des titres de l'album est éloquente) et la dimension la plus accessible (et reproductible) de sa musique. Ainsi, il reconduit certains effets floydiens (instrumentaux mais aussi vocaux), issus des différentes époques de ce groupe, pour mieux véhiculer des compositions qui se veulent résolument ancrées dans notre temps. L'album contourne ainsi intelligemment les difficultés tout en conservant une facette attractive.
Toutefois, privés de toute prétention exploratrice, les différents morceaux ne peuvent tabler que sur leur impeccable production et leur contenu mélodique. Aussi, même si de ce dernier point de vue, tout n'est pas vraiment du même tonneau, sur l'ensemble, l'impression positive l'emporte, et l'on ne peut s'empêcher de penser qu'RPWL se doit à l'avenir de prendre davantage de risques et de nous proposer des développements plus aventureux (notamment en faisant une place plus grande aux claviers).
Nous l'invitons donc à poursuivre dans la voie qu'il s'est choisie, et à explorer plus en profondeur l'œuvre de ses idoles. Qui, parmi nous, ne serait pas emballé d'entendre sur son prochain album des morceaux dans le style d'«Echoes», aussi bien produits et maîtrisés que ceux d'aujourd'hui ? Avouons que le simple fait de se poser la question est déjà source de plaisir...
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°37 - Octobre 2000)

