BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Michael Sadler - Clear pochette

PISTES :

1. Who's Sorry Now (4:46)
2. Who's Foolin' Who (4:58)
3. Too Much Time on my Hands (4:46)
4. I'm Not The Enemy (5:21)
5. Can't Let Go (3:56)
6. Lonely (4:03)
7. One Minute (4:33)
8. In The Name of Love (4:02)
9. Why We Lie (4:47)
10. One Heart (4:10)
11. Surrender Your Heart (6:19)
12. Clear (4:57)

FORMATION :

Michael Sadler

(claviers)

Chris Frazier

(batterie)

Tim Emmons

(basse)

Lino

(guitares)

Marcus Deml

(guitares)

Thomas Schmitt-Zijnen

(claviers)

Fred White
0Will Wheaton
Valerie Pinkston
Lynn Fiddmont

(chœur)

MICHAEL SADLER

"Clear"

Canada - 2004

MSI Records - 56:47

 

 

Après le probant dernier opus de Saga, Network, on pouvait légitimement avoir des craintes quant à la parution dans la foulée du second album solo de son chanteur. On imaginait en effet mal Michael Sadler avoir gardé pour lui quelques unes de ses meilleures compositions. En d'autres termes, la réussite de Network ne condamnait-elle pas Clear à l'anonymat, tant d'un point de vue artistique que médiatique !?... De plus, les essais infructueux ces dernières années des autres membres de Saga (Ian Crichton, Jim Gilmour, et Michael Sadler lui-même) nous avaient laissé un goût, comment dire..., pas vraiment amer, plutôt pas de goût du tout... C'est donc avec la plus grande prudence que je me suis risqué à jeter une oreille sur Clear. Et franchement, ma méfiance s'est avérée très vite erronée, car autant le dire d'entrée : cet album est souvent très bon, parfois excellent.

La force de Clear se résume en une phrase : Sadler est allé à l'essentiel pour lui donner vie. Les compositions sont directes et sans fioritures inutiles, mais constamment inspirées. Les mélodies, par leur puissance et leur versatilité, tiennent parfaitement la route tout au long des douze présentes compositions. Une envoûtante énergie, toute en éruptions retenues, se dégage ainsi de Clear, ne laissant jamais l'auditeur s'extirper de cette superbe pop-progressive.

Pour tout dire, Sadler parvient totalement, grâce à son charisme de chanteur-compositeur, à faire oublier les «signatures» typiques de Saga telles les épiques solos de guitare de Ian Crichton... Le véritable tour de force du chanteur de Saga réside dans sa capacité à agir sans complexe et en toute simplicité, sans jamais chercher à en rajouter. Les morceaux, avant tout des chansons, appartiennent pourtant miraculeusement à l'univers du groupe canadien. Clear apparaît parfois clairement comme une œuvre paradoxale, s'éloignant puis se rapprochant de ses racines, tels les soufflets d'un accordéon ivre... Et c'est bel et bien là que se situe la genèse de sa réussite !

Bien évidemment, Michael Sadler, dont la voix a rarement été aussi puissante et belle à la fois, s'est ici entouré de talentueux musiciens (dont son fils, sa fille et sa femme !), qui offrent une unité des plus positives, chacun allant dans le sens des compositions sans chercher à faire de l'esbrouffe pour se mettre inutilement en avant... Le progressif tire pourtant souvent sa quintessence de musiciens virtuoses, tirant le reste du groupe vers le haut, mais ici la recette est exactement l'inverse. Cette unité, soyeuse et efficace, représentera donc la force ou la faiblesse de Clear au yeux de ses auditeurs. Force est néanmoins de constater que Michael Sadler a réussi son pari, celui d'offrir un savoureux complément à Network. Car, si Clear est indéniablement accessible, il n'en demeure pas moins fouillé et ne pourra en ce sens aucunement désapointer les aficionados du meilleur Saga.

Frédéric BELLAY & Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)