
PISTES :
1. Chances Are #1
2. Generation 13 (Theme #1)
3. All Will Change
a) The Cross (Home #3)
4. Danger Whistle
a) Leave Her Alone
5. I'll Never Be Like You
a) My Name Is Sam
6. The 13th Generation
7. The Cross
8. The Learning Tree
9. I'll Never Be Like You (Once Again)
10. Snake Oil
a) We Hope You're Feeling Better
11. My Name Is Sam (Your Time is Up)
12. Generation 13 (Theme #2)
13. Where Are You Now?
a) Screw'em
14. No Strings Attached
15. All Will Change
16. The Victim
17. One Small Step
a) Sam's New Friend
b) We Hope You're Feeling Better
18. Chances Are #2
FORMATION :
Michael Sadler
(chant)
Jim Crichton
(basse)
Ian Crichton
(guitares)
Jim Gilmour
(claviers)
Steve Negus
(batterie)
SAGA
"Generation 13"
Canada - 1995
Bonaire - 68:50
Moins d'un an après le très décevant Steel Umbrellas, voici Generation 13. Le premier, ciblé rock-FM, était non seulement sans ambition, mais - plus grave ! - sans intérêt (cf. Big Bang n°12). Le second étonne dès l'introduction : nous voici embarqués pour un périple dont on croyait le Saga des années 90 incapable...
L'émotion transparaît en effet dès le premier titre, "Chances Are #1" (1:42), dégageant une douce mélancolie... On y sent Michael Sadler (chant) pratiquement au bord des larmes... Ce frémissement sensitif est rapidement court-circuité par la guitare de Ian Crichton - qui a retrouvé sa verve inventive et subtilement héroïque -, ravageuse comme une lame de fond sur "Generation 13 (Theme #1)" (2:42), et l'arrivée progressive de l'instrumentation traditionnelle de Saga. Puis, soudainement, les orchestrations classiques du "Panorama City Philharmonic" nous ramènent vers un lyrisme enfiévré. Nous sommes alors à la limite du 'pompiérisme', mais n'est-ce pas là finalement l'envers inévitable du symphonisme le plus émotif...
Treizième CD du groupe (en comptant les compilations), Generation 13 emprunte en fait son titre à un livre de Neil Howe et Bill Strauss (on remarquera, non sans une petite pointe d'humour "clin-d'œil", les accointances nominatives des auteurs avec certains musiciens bien connus...) : 13 Gen Abort Retry Ignore Fail. Le présent album a été composé (en grande partie), réalisé et produit par le bassiste Jim Crichton, fondateur du groupe en 1977, frère de Ian (qui, soit dit en aparté, vient de sortir son premier album solo, sous le nom de Ian Crichton Band - tendance hard...); on remarquera qu'au fil du temps, Jim a pris une importance croissante, devenant progressivement le leader de fait.
Les soixante dix minutes de Generation 13 sont par ailleurs couronnées par un seul et unique morceau, scindé de façon quasiment alchimique (bruitages, narrations, ambiances très étranges...) en 25 courtes parties (de 0:35 à 5:20). Cette longue suite de thèmes est auréolée de textes assez sombres, inspirés par notre peu glorieuse fin de siècle. Une noirceur ciblée sur un américanisme omniprésent qui semble avoir marqué nos cinq rescapés. Le sujet interpelle de par ses références au temps jadis (celui de l'après-guerre), symbolisé par le style de vie et de pensée qu'arboraient nos grands-parents sous forme de sagesse et d'art de vivre, et aujourd'hui rendu désuet par l'arrivée massive d'un matérialisme débordant... (sic !).
L'ambiance générale surprend également par sa diversité et son ampleur ainsi que, par moment, un petit quelque chose de dérangeant : "My Name Is Sam (Your Time Is Up)" (2:34) et "Generation 13 (Thème #2)" (2:38) par exemple, où les voix parlées sont carrément frigorifiantes, presque 'maléfiques'. On remarque au fil de l'album que la voix de Michael Sadler a retrouvé une authenticité quelque peu altérée ces dernières années. Quant à la musique à proprement parler, elle surprend à la première écoute par son ampleur symphonique, laquelle s'exprime plus particulièrement sur "One Small Step" (3:25), "Sam's New Friend" (2:30), le mémorable "We Hope You're Feeling Better" (en deux parties - 4:57 et 1:21), ainsi que le sublime et majestueux "I'll Never Be Like You (Once Again)" (3:59), sans doute l'une des pièces maîtresses de l'ensemble de l'œuvre de Saga.
Les moments fiévreux passent le relais à des plages d'accalmie vraiment très belles. La rythmique s'avère impeccable, la symbiose basse-batterie étant sans faille et d'une grande efficacité (mais cela n'est pas nouveau !). Le jeu de Steve Negus est à la fois débridé et métronomique à souhait; là aussi, à l'instar des autres membres, le batteur a retrouvé un souffle nouveau. Seul le pourtant doué claviériste Jim Gilmour semble étonnement en retrait (le syndrome Jobson aurait-il été digéré ?), puisque les parties d'orgue, nombreuses qui plus est, sont interprétées par Michael Sadler. Il semblerait en fait que la composante 'claviers' ait été quelque peu délaissée au profit de l'orchestration symphonique (ah !!! les vrais violons...). Quant à la séquence finale (10 minutes environ), elle laisse pantois et boucle avec brio une œuvre ambitieuse et globalement réussie : un calme post-apocalyptique s'instaure alors... un brin d'espoir à l'horizon...
Pour être complet, il convient de noter la parfaite mécanique de Saga, et le cisèlement minutieux d'un travail enregistré "live" en studio (ce qui est certainement pour beaucoup dans le côté très vivant de l'album). Un disque somme toute pessimiste (par son thème), éclatant, voire lumineux (de par l'inventivité de ses compositions) et, il faut le dire, avant-gardiste. La réussite commerciale n'étant pas ici du tout certaine (vu l'ambition de l'œuvre et les aléas de la distribution...), il reste à espérer que l'intention purement artistique et sincère de Generation 13 sera au moins reconnue...
Au final, cet opéra-rock fait figure de jalon salutaire dans la carrière du groupe, faisant suite à des opus négligeables, à l'intérêt quasi-inexistant. Generation 13 est donc certainement le meilleur album de Saga depuis Heads Or Tales - belle réussite , puisque c'était tout de même il y a douze ans... -, même s'il ne peut décemment pas rivaliser avec les quatre œuvres de jeunesse (sans connotation péjorative bien sûr) de son géniteur...
Qui qu'il en soit, Saga nous a redonné envie de croire en son talent ! N'est ce pas là l'essentiel... ?!
Frédéric BELLAY
(chronique parue dans Big Bang n°20 - Hiver 1995/96)

