
PISTES :
1. That’s As Far As I’ll Go (4:36)
2. Back To The Shadows (5:16)
3. I’m OK (5:36)
4. Time To Play (3:31)
5. My Friend (3:19)
6. Trust (5:44)
7. It’s Your Life (4:10)
8. Footsteps In The Hall (3:25)
9. Ice In The Rain (5:01)
10. You Were Right (4:05)
11. On The Other Side (4:56)
FORMATION :
Michael Sadler
(chant)
Jim Critchon
(basse)
Ian Critchon
(guitares)
Jim Gilmour
(claviers, chant)
Brian Doerner
(batterie)
SAGA
"Trust"
Canada - 2006
InsideOut - 49:26
Le désormais fameux label allemand a sans doute réalisé un vieux rêve en signant Saga, un groupe dont le succès en Allemagne n'est plus à prouver, comme en témoignent d'ailleurs les dates de leur nouvelle tournée. Cela ne semble pas avoir troublé les musiciens canadiens, au vu de la pochette de leur nouvel opus studio, le dix-septième : on y retrouve en effet une nouvelle fois le logo de leur âge glorieux, et une déclinaison particulièrement réussie de leur créature extra-terrestre fétiche sous un angle artisanal. Inutile de préciser que tous ces éléments sont de fantastiques promesses pour les fans indéfectibles que nous sommes quant au caractère «progressif» de Trust... Comment imaginer en effet que le groupe canadien ne poursuive pas l'entreprise de réhabilitation de son âge d'or, entamée il y a quelques années déjà avec Full Circle (1999) et House Of Cards (2001), entachée par le décevant Marathon (2003), mais heureusement poursuivie sur (le malgré tout inégal) Network (2004)...
La découverte de Trust s'effectue donc avec une sérénité et une confiance que les écoutes successives ne viendront pas contredire... Onze compositions sont ainsi au menu de cet opus, toutes comprises entre trois et cinq minutes, et font de ce dernier un sans faute assez incroyable. Aucun morceau n'est en effet de trop, et l'esprit de Worlds Apart ou Silent Knight n'est même guère éloigné de certaines compositions, sur lesquelles le groupe développe un prog spatiolo-FM de la plus belle étoffe. Trust nous permet ainsi de redécouvrir quelques unes des caractéristiques stylistiques qui ont fait le succès du groupe : en premier lieu, le retour des claviers comme instruments solistes (le somptueux solo de «Back to the Shadows» en est le meilleur exemple), une guitare sinueuse et rageuse, le chant charismatique de Sadler, et des breaks instrumentaux aussi courts que séduisants. La mixture fonctionne ici à merveille, tant le dosage semble avoir été particulièrement soigné, et les mélodies travaillées, avec de surcroît des riffs accrocheurs et une section rythmique plus intéressante que sur Network.
Les titres pêchus («It's Your Life», le premier single, «Trust» ou le resserré mais bien rock «Footsteps in the Hall»), majoritaires, alternent ainsi avec des compositions au tempo plus moyen («Time to Play», au charme lancinant) et même une ballade intimiste («My Friend» et ses arrangements de clarinette, chanté par Jim Gilmour), le tout avec des intonations et des sonorités fortement évocatrices des premiers albums du groupe («Ice in the Rain» à lui seul en témoigne). Pas d'ennui ni de faute de goût à l'horizon, mais au contraire des morceaux taillés sur mesure pour devenir de futurs classiques des concerts de Saga : l'entraînant «That's As Far As I'll Go», aux multiples thèmes vocaux, «Back to the Shadows», ses couplets aériens à souhait avec un refrain plus incisif, l'excellent «I'm OK», véritable hymne fédérateur, et «You Were Right», avec un équilibre entre claviers et guitare qui enchâssent un refrain lumineux irrésistible. Les passages instrumentaux sont enfin régulièrement plus consistants. Il en est ainsi du break central du titre éponyme (soli successifs de clavier et de guitare) ou de celui, brillant, de «I'm OK». Est-ce sa brillante escapade en solo qui a dopé Jim Gilmour (voir la chronique dans ce numéro), toujours est-il qu'il se fend d'arrangements bien présents (un peu plus originaux sur l'introduction d'«On the Other Side») et, nettement plus qu'à l'accoutumée, d'envolées de claviers appréciables (remarquables sur «Back to the Shadows» et «Ice in the Rain», et même sur «Footsteps in the Hall» conjointement avec la guitare électrique). Ian Crichton, pour sa part, se fend de soli plus convaincants que ses plus récents, avec un grain de flamboyance en prime.
Vous le voyez, difficile ne pas céder au charme rageur de cet opus, qui flirte avec les plus grandes réussites passées du groupe. Au point que certains titres soutiennent ici parfaitement la comparaison avec quelques unes des pièces légendaires de Saga. Pas de «Ice Nice» ou de «Don't Be Late» ici certes (le groupe canadien était alors en apesanteur dans un monde parallèle...), mais un album qui démontre que son auteur a en grande partie retrouvé l'inspiration de ses vertes années. Cette facette du courant progressif, assez typée, n'est certes pas la plus ambitieuse, mais connaît avec Saga le plus efficace des représentants... Plus que jamais, nous pouvons donc dire : «In Saga we trust !»...
N.B. : En bonus de l'édition limitée, chère à InsideOut, on trouve un DVD contenant un documentaire sur le making of du disque.
Jean-Guillaume LANUQUE et Olivier PELLETANT
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

