BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

10000 Days pochette

PISTES :

1. Lifeline (5:37)
2. Book Of Lies (5:44)
3. Sideways (4:53)
4. Can’t You See Me Now (6:12)
5. Corkentellis (7:12)
6. More Than I Deserve (5:22)
7. Sound Advice (5:17)
8. 10,000 Days (4:31)
9. It Never Ends (6:10)

FORMATION :

Michael Sadler

(chant, claviers)

Ian Crichton

(guitare)

Jim Crichton

(basse, claviers)

Jim Gilmour

(claviers, chant)

Brian Doerner

(batterie)

SAGA

"10,000 Days"

Canada - 2007

InsideOut - 50:58

 

 

Ce nouvel album de Saga possédait d’emblée une valeur particulière, qui rend sa perception peut-être plus délicate : il s’agit en effet du dernier avec Michael Sadler au chant. La pochette, très réussie, évoque d’ailleurs à merveille cette fin de toute une époque pour le groupe, à travers la métaphore d’artéfacts en ruine découverts sur Mars par des spationautes du futur... Quant au titre, il évoque justement le laps de temps écoulé depuis les débuts du groupe, allusions que déclinent également certaines des paroles. Pour ce chant du cygne (sic), on attendait donc un disque au moins aussi bon que son prédécesseur, Trust (voir notre n°61). On devra finalement se contenter d’un opus légèrement moins convaincant que son devancier, notamment du fait de sa moins grande homogénéité.

Malgré tout, on y retrouve souvent Saga en pleine interprétation du style de musique qui a fait sa gloire, avec de surcroît une section rythmique particulièrement dynamique, soudée et bien mise en valeur. Néanmoins, certaines  chansons donnent l’impression parfois trop prégnante d’être calquées sur des compositions antérieures, avec un air de déjà entendu aggravé par une inspiration mélodique en retrait comparativement à l’excellence de la grande majorité des titres de Trust. «Can’t You See Me Now» tranche davantage avec cette impression, même si le côté répétitif des couplets risque fort de ne pas convaincre tous les fans de Saga. En ce qui concerne les morceaux les plus vitaminés, «Lifeline», avec sa pulsation vitale prenante (malgré un refrain légèrement bancal), «Sideways» surtout, qui risque fort de faire un malheur sur scène, et le conclusif «It Never Ends» (re-sic) avec ses soli bien balancés et un refrain plaisant, s’avèrent les plus remarquables et les plus à-mêmes de nous faire amèrement regretter le départ de Sadler...

Pour le reste, l’entraînant «Sound Advice» ou le sautillant «Book Of Lies», pour agréables qu’ils soient, déclinent une recette bien rodée, sans le lyrisme ou l’emphase qui donnent une patine décisive aux meilleures compositions de Saga. Il convient toutefois de noter des soli relativement copieux tout au long du disque, un élément essentiel qui participe de sa valeur intrinsèque. Quant aux deux ballades, «More Than I Deserve» manque quelque peu de tonus, avec un refrain qui peine à décoller, et on lui préfèrera «10,000 Days», au refrain caressant, même si la profondeur d’un «Images» ou d’un «Believe» n’est pas égalée.

En fait, le meilleur titre du disque est sans contestation possible celui qui s’avère... instrumental, un comble pour la dernière réalisation avec Sadler, car le moins que l’on puisse dire est que Saga n’est a priori pas un grand amateur du genre. Les sept minutes de «Corkentellis» confirment la bonne santé de la paire de solistes Ian Crichton/Jim Gilmour, avec des thèmes emberlificotés à souhait et des envolées débridées; ce titre s’impose ainsi comme une excellente surprise et, sans nul doute, comme le plus typiquement progressif que le groupe canadien ait engendré à ce jour.

Au final, la nostalgie qui a présidé à la découverte de ce nouvel opus (le dernier d’une époque, c’est certain...) a évidemment joué un rôle essentiel dans notre appréciation. Entre indulgence et exigence, ces deux sentiments se mêlant intimement, difficile d’obtenir un avis tranché et pointu. 10,000 Days est indéniablement un bon album, qui atteint parfois des sommets rarement côtoyés par son auteur ces dernières années, mais il lui manque clairement ce souffle épique et régulier que l’on était en droit d’attendre pour fêter dignement le départ de sa figure de proue depuis ses débuts... Et maintenant, “place à l’avenir” !

Jean-Guillaume LANUQUE & Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°68 - Hiver 2007-2008)