
PISTES :
1. Kian (5:30)
2. Libertas (4:00)
3. Human Beans (4:39)
4. Eldorado (1:50)
5. Grande Espírito (8:47)
6. Sweet Water (6:28)
7. Rapsódia Cigana (6:20)
8. País Dos Sonhos Verdes (13:54)
FORMATION :
Bauxita
(chant)
Lincoln Cheib
(batterie)
Ivan Correia
(basse)
Augusto Rennó
(guitare)
Marcus Viana
(chant, violon, clavier, mandoline)
INVITÉS
Helder Araujo
(sitar [7])
Inès Brando
(claviers [7])
Firmino Cavazza
(violoncelle [6])
Fernando Campos
(guitare [2])
João Gumaraes
(batterie [3])
Milton Nascimento
(chant [4])
Nenen
(batterie [7])
Decio Ramos
(percussions [8])
Paulo Santos
(percussions [7,8], chœurs [1,3,5])
SAGRADO CORAÇÃO DA TERRA
"Grande Espírito"
Brésil - 1994
Sonhos & Sons - 51:28
Quatrième album pour Sagrado, et le "Cœur de la Terre" bat encore... peut-être un peu plus fort aujourd'hui.
Née il y a une dizaine d'années, la formation menée par Marcus Viana (auteur, compositeur, claviériste et violoniste) a révélé à nos oreilles une autre richesse musicale du continent sud-américain, et du Brésil en particulier : un courant symphonique et progressif d'une beauté incontestable... bien loin des rythmes chaloupés ou de la samba des carnavals ! Miracle des melting-pots culturels...
A partir du milieu des années 80, Sagrado a montré la voie, et nombre de formations sont depuis apparues (Dogma, Quaterna Requiem, III Milenio...) ou réapparues (Quantum, O Terço, RVM...) par le biais de compagnies de disques fraîchement écloses, et conscientes du potentiel créatif de ces groupes, comme de l'existence d'un public certes restreint, mais suffisamment répandu à travers le monde pour leur (re)donner confiance...
Dès son premier album éponyme, Sagrado (Coração Da Terra) fournissait une œuvre de tout premier plan, à l'impressionnante palette instrumentale et vocale (pas moins de 20 musiciens et chanteurs avaient participé à son élaboration !) et au symphonisme délicieusement "précieux". Rarement un groupe "moderne" n'aura si bien mérité cet adjectif. De la sensible introduction "Asas" au final bouleversant d'"A Vida Eterna", ce disque est une merveille indispensable.
Trois ans plus tard, au printemps 1987, Flecha poursuivait dans la même veine, autour d'un groupe plus restreint. Mais la musique avait encore gagné en ampleur; et si la première partie ("As Cançoes") laisse percevoir un côté plus "chanson" (ici sans aucune connotation péjorative), la seconde ("As Sinfonias") laisse éclater, comme son nom l'indique, un symphonisme extraordinaire qui culmine avec "Cosmos X Caos" et son envolée de violon tout bonnement indescriptible de grandeur musicale.
Il faudra ensuite attendre quatre longues années avant de retrouver Sagrado pour Farol Da Liberdade, qui amorce un virage sensible dans la carrière du groupe. Car la musique acquiert une énergie nouvelle sur certains titres ("Dança Das Fadas", "Farol Da Liberdade"), et l'album présente le premier morceau chanté en anglais ("The Central Sun Of The Universe", également présent sur la compilation Muséa Seven Days Of A Life, sortie deux ans plus tard), hymne à l'amour, à la paix, à la fraternité, d'une beauté confondante. Et toujours ces perles de pure délicatesse ("Olivia", écrite par Viana pour la naissance de sa fille, que l'on entend babiller, "Amor Selvagem"). La musique de Sagrado coule de source avec une limpidité et une simplicité qui sont l'apanage des grands artistes - et Marcus Viana mérite ce titre. Difficile de trouver même un petit défaut dans son œuvre de bout en bout passionnante.
Enfin, ce début d'année 1994 voit la parution presque surprise (n'avait-on pas ouï la rumeur de la fin de Sagrado au profit de la seule carrière de son leader ?) du quatrième opus : Grande Espírito. Le Grand Esprit qui, sur la pochette, se situe tout autant dans l'univers galactique que dans l'éveil d'un enfant à la vie (Olivia, la fille de Viana, encore), ou au sein d'une civilisation que notre monde conduit à une fragilité inacceptable. Côté musique, le Sagrado nouveau en surprendra plus d'un (si ce n'est déjà fait...), non pas au niveau instrumental (toujours cette même abondance, due en grande partie aux nombreux instruments joués par des invités : violoncelle, sitar, piano, flûte de bambou, percussions...), mais de par la présence d'un nouveau chanteur à la voix surprenante. En fait, Bauxita (c'est son nom) a un registre vocal plutôt étendu, et d'une puissance inhabituelle chez Sagrado, mais surtout, il théâtralise son chant un peu à la manière du chanteur de III Milenio. Rassurez-vous cependant, car contrairement à celui-ci, Bauxita reste audible en toute circonstance, et lorsqu'il partage le chant avec Marcus Viana, l'harmonie réalisée est superbe. Évidemment, les admirateurs de Paula Santoro seront un peu déçus d'apprendre qu'elle n'officie plus qu'aux chœurs.
L'album s'ouvre sur une nouvelle version de "Kian" (5:32), titre déjà entendu sur la toute dernière compilation brésilienne due à Record Runner, mais agrémenté cette fois de chœurs; il se poursuit avec "Libertas" (4:00), qui dévoile donc la voix rauque (rock ?) de Bauxita. Une chanson à la mélodie nostalgique, qui doit beaucoup aux parties de violon de Marcus Viana. "Human Beans" (4:40) est un titre cette fois très rock, chanté en anglais, mais qui reste de Sagrado grâce à la présence de claviers symphoniques, et d'un beau duel entre guitare et violon... (à noter, à ce propos, la présence accrue de guitares acoustiques tout au long de l'album).
"Eldorado" est un court intermède (1:50) reposant, avant la première pièce maîtresse de cet album : "Grande Espírito" (8:20). Morceau qui met ici en avant la voix, très travaillée donc, de qui vous savez, pour un ensemble tout en retenue, sans véritable débordement instrumental. Mais, avec l'emploi de très nombreuses percussions, on se croirait revenu dans certaines ambiances du tout premier album du groupe.
Le morceau suivant, "Sweet Water" (6:29), renoue avec une inspiration plus symphonique mais toujours si douce, avec une instrumentation originale, puisqu'on retrouve violoncelle, guitare acoustique et claviers en harmonie, et un final étourdissant d'envolées de violon. On ne peut pas s'en lasser !
L'avant-dernier titre, "Rapsodia Cigna" (6:40), instrumental, est une nouvelle preuve de l'extraordinaire capacité de renouvellement de l'inspiration du maestro, avec ce souci constant de faire appel à une instrumentation hors normes. On retrouve ainsi, dans la partie centrale, un sitar dialoguant avec des percussions éparses, tandis que le final, entre violon et synthétiseurs sur un thème qui va en s'accélérant, n'est rien moins qu'une rhapsodie hongroise venue du Brésil ! Ébouriffant...
Enfin, comme "The Central Sun Of The Universe" concluait Farol Da Liberdade en apothéose, c'est à nouveau une pièce épique de plus de 13 minutes qui clôt de façon magistrale ce disque en tous points remarquable ("País Do Sonhos Verdes"). Chant en introduction, puis long développement instrumental où dominent les claviers toujours très symphoniques, avant le retour de la section rythmique et du violon pour un final qui ne pouvait être que grandiose. La musique de Sagrado se passe de longs discours inutiles. Elle s'apprécie dans un état de quiétude total.
Ce quatrième album, à l'instar de ses prédécesseurs, est un jalon de plus dans l'histoire de la musique symphonique "rock" : une œuvre essentielle à ne surtout pas manquer !
Christian AUPETIT
(chronique parue dans Big Bang n°5 - Mai 1994)

