BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Land Of Promise (9:27)
2. Moments Of Flight (9:30)
3. Beyond The World (10:30)
4. Heartless Wilderness (8:59)
5. New Journey (9:21)

FORMATION :

Motoi Sakuraba

(claviers)

Takeo Shimoda

(batterie)

Hiroyuki Namba

(claviers [1,4])

MOTOI SAKURABA

"Beyond The Beyond"

Japon - 1996

Antinos Records - 47:49

 

 

Vous souvenez-vous de Motoi Sakuraba ? Vous savez, ce claviériste qui publia en 1990 un album au titre imprononçable (Gikyokuonsou), et qui surtout fut le mentor de Déjà-Vu, célèbre - pour nous, amateurs de rock progressif, au moins - formation japonaise auteur du superbe (mais néanmoins légèrement sur côté) Baroque In The Future... Si tout cela ne signifie pas grand chose pour vous (probablement, car les deux albums sus-cités sont quasiment introuvables aujourd'hui), à partir de maintenant ce n'est plus trop grave... Ah bon ?!?... En effet, mes propos un peu énigmatiques n'ont d'autre but que de vous faire comprendre une chose simple : Beyond The Beyond relègue au second plan tout ce que son créateur a accompli jusqu'ici.

Cette œuvre n'est effectivement pas loin d'être l'incarnation de la perfection !!! Rassurez-vous, je n'ai nullement perdu la tête... Non, en utilisant le terme 'perfection' (finalité inaccessible de toute oeuvre d'art), je désire simplement frapper et exalter votre imaginaire. Si je parle d'absence de défaut, nul doute que je paraisse plus crédible. Et pourtant, rien n'était gagné d'avance puisque Beyond The Beyond est au départ l'accompagnement musical d'un jeu vidéo !!! Aucune crainte cependant à avoir, à aucun moment ne se font ressentir d'éventuels effets de ce postulat. Bien au contraire !

Cet album, constitué de cinq longues compositions (9:27, 9:30,10:30, 8:59 et 9:21) a tout pour devenir rapidement l'une des références de notre mouvement, au même titre par exemple que ceux d'Änglagård (mais dans un style différent bien sûr). Le genre musical mis ici en vedette est très proche de ce que nous avons l'habitude de nommer 'symphonisme'. Cependant, Beyond The Beyond en dépasse très largement les frontières (les limites, penseront certains), grâce à une exploration minutieuse des différentes facettes du talent de Motoi Sakuraba (certaines séquences complexes sont admirablement maîtrisées). Celui-ci est I'homme-orchestre (unique compositeur et claviériste) de cette quête de l'absolu artistique, sorte d'ode à l'intemporalité tant le fond (une inspiration souveraine de bout en bout) confine la forme (pourtant luxuriante en nuances de couleurs) dans un rôle secondaire. Impossible par conséquent de dater cet album, c'est à dire de lui apposer de quelconques limites temporelles, rien en effet ne permet de l'assimiler à une époque précise...

Dans l'interprétation de cette fresque instrumentale, Motoi Sakuraba n'est bien évidemment pas seul à œuvrer. Il est secondé par Takeo Shimoda, le batteur qui l'accompagnait déjà sur Gikyokuonsou, et Hiroyuki Nanba, un autre claviériste qui lui prête main forte sur deux morceaux. Ce dernier est, à mon sens, essentiel dans la réussite de Beyond The Beyond, car il double Motoi ou, mieux encore, lui offre de nouveaux sons, notamment celui d'un violon Cet apport n'est nullement artificiel, et donne réellement l'impression d'entendre un violoniste (on pense ainsi fortement à Midas : ceux qui connaissent apprécieront...); de plus, il permet de faire oublier l'absence de guitare avec un naturel déconcertant...

Mais, au fait, quelle est la différence avec Gikyokuonsou et Baroque In The Future ? La maturité, serais-je tenté de répondre instinctivement... Par rapport à ses albums passés, Motoi Sakuraba donne en effet l'impression d'être, d'un point de vue artistique, totalement épanoui. Évacuées donc certaines tendances à de la virtuosité gratuite (disparues de fait les quelques velléités jazzy) ou les compositions trop denses, castrant toute possibilité de respiration pour l'auditeur... Aujourd'hui, les développements sont aérés (on y respire tout à la fois l'air rare et essoufflant des sommets, et l'atmosphère plus oxygénée et rassurante des plaines), élaborés avec intelligence (les transitions sont toujours pleines d'à propos) et pénétrants d'inspiration. Ouf ! Et je réfrène mon enthousiasme...

En vous précisant de plus que le souci mélodique est quasi obsessionnel chez Motoi Sakuraba, je vais finir par vous inquiéter (on peut effectivement penser que le fait de posséder trop de qualités est finalement un défaut...). Je vais donc clore maintenant cette chronique, en espérant ne pas vous en avoir trop dit, afin qu'une envie irrépressible de vous procurer le présent album vous saisisse. Je ne prend personnellement aucun risque, car Beyond The Beyond est capable (en ce sens, il est exceptionnel) de faire disparaître les aléas liés aux goûts musicaux des uns et des autres. Essayez, vous verrez.. Vous adorerez !!!

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°17 - Automne 1996)