BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Valkyrie Profile 2 pochette

PISTES :

1. Movement of Distorted Causality (5:29)
2. Celestial Troupe (5:22)
3. Junk Modulation + One Error Begets Another (7:44)
4. A Motion of Finishing Blow (5:22)
5. Dancing Without Malice or Mercy (5:08)
6. A Stable Float (4:13)
7. In Order to Acquire the Light in That Hand (4:59)
8. Unrestrained Struggle (6:04)
9. Endless High-Speed Running (5:28)
10. Circumstances Leading to the Conclusion ~ To the Eternal Land ~ Multiplexed Contradiction ~ Each Lullaby (6:38)

FORMATION :

Motoi Sakuraba

(claviers)

Atsushi Hasegawa

(basse)

Toshihiko Nakamura

(batterie)

Toru Iwao

(guitare électrique)

Hiroyuki Koike

(cordes)

Hideyo Takakuwa

(flûte)

Hiroshi Shibayama

(hautbois)

Reiko Tsuchiya

(violon)

Tomio Yajima

(violoncelle)

MOTOI SAKURABA

"Valkyrie Profile 2 (Silmeria)" - Arrange Album

Japon - 2006

Team Entertainment - 56:27

 

 

Continuant  d'exploiter la veine, qui semble-t-il lui réussit toujours, des jeux vidéo, Motoi Sakuraba publie un second volume de Valkyrie Profile, six ans après le premier, encore et toujours tiré du jeu homonyme. Un nouvel album "arrangé" donc, dont le principe consiste, rappelons-le, à reprendre certains titres de la bande originale du jeu pour les arranger à la sauce progressive. Pour autant, on ne retrouve pas de véritable lien avec le premier volet, hormis peut-être des ambiances plus sombres et dramatiques qu'à l'accoutumée chez le claviériste (et une iconographie similaire).

La principale nouveauté apportée par cette nouvelle livraison provient de la présence d'un vrai groupe, constitué principalement de la section rythmique qui l'accompagne en concert depuis 2003, le bassiste Atsushi Hasegawa (qui officie également dans Gerard) et le batteur Toshihiko Nakamura, auxquels s'adjoint également un guitariste sur quelques titres. Mais ce n'est pas tout, car un véritable orchestre de chambre a également été convié, avec section de cordes, flûte et hautbois. Le résultat est un album qui sonne immédiatement plus «humain» que les dernières livraisons du claviériste, même si ce dernier a toujours su éviter la plupart des pièges du musicien solitaire, en particulier grâce une science des arrangements jamais prise en défaut.

Du point de vue purement musical, on retrouve l'alternance typique entre poussées d'adrénaline et accalmies, entre chaud et froid, contrastes qui semblent même avoir été accentués. D'un côté, les parties rock sont plus puissantes que jamais, avec une section rythmique prolixe, souvent mise en avant (plusieurs morceaux débutent par la basse, au son saturé qui rappelle d'ailleurs Gerard), et une guitare à la tonalité parfois quasi heavy. Quant aux morceaux plus directement symphoniques, ils prennent là tout naturellement une ampleur orchestrale inédite. Les titres d'ouverture et de clôture sont de ce point de vue particulièrement remarquables, célébrant l'alliance du grandiose le plus achevé avec un symphonisme bouleversant. Même si on peut parfois se sentir à la frontière entre progressif et musique classique, voire musique de film...

Au milieu de tout cela, le maître de cérémonie peut paraître légèrement en retrait, avec l'impression que le musicien s'efface à certains moments derrière le compositeur et l'arrangeur. C'est principalement le cas sur ces pièces orchestrales, même s'il y reste omniprésent en accompagnement, les titres les plus dynamiques le voyant revenir sur le devant de la scène, avec des solos jouissifs et une palette de sonorités toujours aussi riche.

Certains titres plus contrastés tentent quant à eux de mêler les deux approches, comme sur «Junk Modulation», et ses cordes plaintives flottant sur une rythmique tellurique. On peut simplement regretter qu'ils ne soient pas plus nombreux, car ils apportent un peu d'innovation dans un ensemble qui, malgré ses grandes qualités, en manque quelque peu.

Car, de même, un air de déjà entendu n'échappera pas aux habitués du claviériste à l'écoute de certains thèmes ou enchaînements d'accords. Un constat qu'il faut pourtant nuancer, car il faut avoir conscience du rythme de travail auquel est soumis le musicien, qui ne compose pas une mais souvent plusieurs bandes originales de jeux chaque année. Comme chacune comporte en général plusieurs dizaines de titres, la redite est donc inévitable, et c'est le mélomane progressif qui avant tout en pâtit. Espérons donc qu'il se décide, même temporairement, à quitter ce cadre forcément un peu fermé et formaté, pour sortir un véritable album solo à l'inspiration plus personnelle...

En attendant, Valkyrie Profile 2 (Silmeria) continue d'honorer le haut standard de qualité maintenu par Motoi Sakuraba depuis plus de dix ans maintenant, compensant son aspect peu novateur par une exécution formelle irréprochable et une brillance mélodique de tous les instants. Décidément une valeur sûre...

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)