BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Ingenting (2:09)
2. Liten Dialektik (10:10)
3. Sucken (1:14)
4. Långt Ner I Ett Kannihål (Liten Tuva Stjälper Ofta Stort Lass) (4:13)
5. Kom Lite Närmare (1:30)
6. Musmjölkningmaskinen (6:36)
7. Influenser (6:58)
8. Klossa Knapitatet (1:23)
9. Ramlösa Kvällar (5:30)

FORMATION :

Coste Apetrea

(guitares électrique et acoustique, chœurs)

Hasse Bruniusson

(batterie, chœurs)

Lasse Hollmer

(piano, accordéon, yodel, chant)

Lasse Krantz

(basse, chœurs)

Brynn Settels

(accordéon [8])

SAMLA MAMMAS MANNA

"Klossa Knapitatet"

Suède - 1974

Silence - 39:43

 

 

Ecouter un album de Samla Mammas Manna nous replonge immédiatement vingt ans en arrière, dans une ambiance festive, mi-anarchique, mi-expérimentale. Ah ! Ces pittoresques années 70 ! Mais attention aux apparences : s'il ne manque pas d'humour et de légèreté, Samla n'en demeure pas moins un groupe ambitieux, désireux d'explorer des contrées musicales encore inviolées...

Dans la chronique de Måltid (1973) du Big Bang n°6, Lars Hollmer nous avait expliqué quelques-uns des fondements de la personnalité musicale du groupe : une inspiration souvent puisée dans la tradition nationale suédoise, issue d'un anti-américanisme militant (la guerre du Vietnam fait alors encore rage...), et un fort intérêt pour le mouvement progressif anglais.

Ajoutez à cela l'humour iconoclaste des quatre suédois - Coste Apetrea (guitare), Lars Hollmer (claviers, accordéon et chant), Lars Krantz (basse) et Hans Bruniusson (batterie) - qui s'exprime aussi bien au travers d'excentricités rythmiques inouïes que dans d'hilarants délires vocaux (plus rares, et c'est quand même mieux, que sur Måltid), et vous aurez une idée de ce troisième album, authentique réussite, sans doute la première oeuvre véritablement aboutie de la carrière longue et polymorphe de la bande d'Uppsala.

Ce qui emporte définitivement l'adhésion, en plus de la densité et de la qualité des compositions (9 titres de 1:14 à 10:10), c'est la foi, l'énergie quasi viscérale qui semble animer le quatuor. Combinée à une maîtrise instrumentale sans faille, qui lui permet d'assumer sans le moindre complexe les digressions 'folklo' les plus ringardes ("Lang Ner I Ett Kaninhal") ou les délires les plus tordus ("Kom Lite Narmare"). Samla inspire à la fois de l'admiration et de la sympathie, car il sait alterner des moments très 'terre-à-terre' et d'autres de pure extase musicale, comme dans l'épique et apocalyptique "Liten Dialektik", le sommet de ce Klossa Knapitatet, dont le titre aux accents marxistes ("mort au capital !") n'est sans doute pas, lui non plus, dénué d'un certain second degré.

Ce troisième album, Samla Mammas Manna allait révéler le groupe à un plus large public, notamment à l'étranger, ce qui explique sans doute son intégration, à la fin des années 70, au mouvement 'Rock In Opposition', rassemblement de formations combinant recherche musicale et convictions politiques très ancrées à gauche... Qui a dit que les deux allaient forcément de pair ?

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°13 - Septembre/Octobre 1995)