
PISTES :
1. Evening Games (16:45)
2. Never Never (7:02)
3. Rush (5:47)
4. Love Is Around You (5:39)
5. Why (6:59)
6. Beautiful World (9:05)
7. Evening Overture (10:38)
8. Take It As It Is (3:39)
9. Ill Follow The Rain (bonus) (3:25)
10. You Know And I Know (bonus) (6:44)
FORMATION :
Wojtek Szadkowski
(batterie, percussions)
Robert Amirian
(chant)
Sarhan Artur Kubeisi
(guitares)
Krzysiek Palczewski
(claviers)
Przemek Zawadzki
(basse)
SATELLITE
"Evening Games"
Pologne - 2005
Metal Mind - 75:43
Il y a deux ans, Satellite faisait quasiment l'unanimité avec son premier album, A Street Between Sunrise And Sunset, en nous proposant un néo-progressif chatoyant et hautement inspiré, à mi-chemin entre le Marillion des débuts et Collage, groupe polonais mythique du milieu des années 90 qui s'était réapproprié le genre avec beaucoup de personnalité. Rien d'étonnant à cela (et enchaînement facile pour le chroniqueur), me direz-vous, puisque la plupart des musiciens de Satellite sont en fait issus de ce dernier groupe. Mais peut-être ne l'a-t-on pas suffisamment souligné à l'époque, Satellite est aussi, et surtout, l'œuvre d'un seul homme, le batteur Wojtek Szadowski, auteur de la totalité de son répertoire ainsi que des paroles. Certes, son apport en tant que compositeur était déjà important au sein de Collage, mais on mesure maintenant mieux la richesse de son inspiration, d'autant qu'elle confère à ce projet musical une unité et une cohérence sans faille.
Car ce qui frappe à l'écoute des albums de Satellite, outre une production d'une irréprochable propreté (voire un peu clinique sur les bords), c'est l'absence totale de fautes de goût. On aura beau chercher, rien ne fâche dans ce néo-prog mélodieux et lyrique à souhait, flirtant avec les poncifs du style sans jamais s'y engluer ni les caricaturer. Et ce n'est pas le nouvel opus, Evening Games, qui contredira ce constat. Autrement dit, la grande classe, de quoi réconcilier les mélomanes les plus exigeants et les tenants d'une certaine accessibilité mélodique. Sans réinventer le genre, on peut dire que Satellite le remet sérieusement au goût du jour, en le dépoussiérant notamment de ses atours les plus datés, à savoir ces sonorités numériques rustiques que l'on croirait tout droit sorties des années 80 (ce qui n'ôte toutefois pas au son un côté parfois un peu artificiel, mais avec les moyens d'aujourd'hui dirons-nous...). Sans vouloir faire un méchant jeu de mots, Satellite est peut-être à l'avant-garde d'une sorte de mouvement néo-néo-progressif, dans lequel on pourrait également ranger les talentueux Hollandais de Knight Area.
Malgré tout, ce relatif manque d'aspérités peut aussi se retourner contre son auteur, car il n'est pas évident que le lyrisme des compositions, pourtant souvent envoûtantes, compense l'extrême prudence dont elles font preuve dès qu'il s'agit de sortir un peu des rails, ou tout simplement de se donner à fond dans de grands mouvements de ferveur. Comme l'indique le titre du présent opus, Szadowski privilégie une nouvelle fois le clair-obscur et les ambiances nostalgiques, pour un résultat pas toujours d'une grande gaieté, voire un peu désenchanté, mais se développant sur de longues compositions à tiroirs, avec une alternance de refrains méditatifs et de rebondissements instrumentaux qui devraient prévenir toute lassitude (en particulier sur «Evening Games» et «Evening Overture», les deux principales 'suites' de l'album, respectivement 16:45 et 10:38). On ne peut s'empêcher quand même de le trouver un poil plus timide que sur le précédent album, privilégiant des formats parfois plus carrés et vite circonscrits (sur «Never Never» ou «Rush»). Dommage, également, que les soli pourtant nombreux et variés ne communiquent pas davantage de fièvre.
Changement notable dans le line-up du groupe (au moins symboliquement), Mirek Gil, guitariste historique de Collage qui officiait partiellement sur A Street..., disparaît ici totalement au profit de Sarhan Artur Kubeisi, dont le jeu coulé et sinueux n'a par ailleurs rien à lui envier. Du reste, on retrouve le chant irréprochable de Robert Amirian, dont le ton toujours juste sais se marier à la musique en en soulignant les climats avec subtilité, sans effets inutiles. Tout juste peut-on regretter l'utilisation de plus en plus massive des percussions électroniques qui, si elles se justifient souvent pour compléter des ambiances un brin contemplatives, accentuent encore la froideur de la production, déjà signalée plus haut.
Au total, malgré les quelques réserves exprimées précédemment, Evening Games, s'avère une probante réussite, qui ne manquera pas de combler ceux qui s'étaient déjà laissés séduire par A Street..., et pourrait même valoir au quintette polonais un surcroît de reconnaissance (si tant est qu'il en soit encore pour ignorer son talent...). A noter que l'édition limitée propose deux titres bonus qui ne déparent en rien l'objet, dont une sympathique ballade intitulée «I'll Follow The Rain». Aussi raffinée que limpide, la musique de Satellite possède une classe et une modernité qui fait défaut à nombre de formations au regard du genre honoré. C'est dire si elle s'impose presque naturellement dans le dessus du panier, avec une évidence qui balaye presque toutes les objections. Du caviar pour les oreilles, voilà qui est dit...
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)

